Dessin Léna 2

Les médias ont toujours suscité craintes et controverses.

Que l’on songe au cinéma et à la télévision pour ne citer que ces deux exemples, « attention les enfants regardent » avertissait-on. C’est ce à quoi nous sommes à nouveau exposés aujourd’hui avec les technologies numériques. Étonnamment nous avons tendance à oublier que, dans le même temps, se développait également en parallèle un discours de banalisation. Or on observe que ces deux attitudes sont toujours et d’autant plus manifestes que sont concernés les enfants et les adolescents.

Qu’un(e) adolescent(e) se suicide après des échanges malheureux sur un réseau social et voici journalistes, politiques et certains acteurs de la société civile en alerte. Ce cas va alimenter la thèse de chercheurs ou spécialistes de l’adolescence selon lesquels nous devons prêter plus d’attention aux jeunes et aux risques qu’ils encourent via les moyens de communication dont ils disposent. « Attention danger » avertissent-ils. Mais ils se verront rétorquer que ce ou cette jeune n’allait pas bien. Le réseau social n’aura fait que révéler un problème existentiel déjà présent. Des chiffres viendront corroborer de telles assertions pour conclure que ce sont, somme toute, des cas rarissimes. Il est alors de bon ton de se retourner vers les parents qui se doivent d’assurer l’éducation de leurs enfants vis-à-vis des médias et technologies numériques comme ils le font dans d’autres domaines.

Or circule aussi dans l’espace social un discours accusateur à l’encontre des parents réfractaires aux technologies de communication des temps modernes. S’ils sont à ce point méfiants, c’est qu’ils ne connaissent pas suffisamment la culture numérique dans laquelle sont baignés leurs jeunes. Ils s’entendent pareillement dire que s’ils sont craintifs, effrayés par les effets potentiellement néfastes des écrans c’est parce qu’ils sont victimes d’une culture de la peur développée par certains qui tireraient bénéfice de cette situation. En réalité il est difficile de savoir qui se cache derrière ces « marchands d’anxiété ».

Au final on vous explique, chers parents, qu’il suffit de ne pas laisser votre enfant seul devant l’écran, de l’accompagner et de lui apprendre l’autonomie. La métaphore du code de la route vient renforcer cette assertion. Vous ne laissez pas votre enfant déambuler seul dans la rue, vous lui apprenez les règles de circulation, vous le prévenez des dangers potentiels auxquels il peut être exposé. Avec Internet, et ses extensions sur les téléphones mobiles, les tablettes numériques, etc. c’est la même chose. Apprenez-leur donc les règles de circulation sur la toile !

Certes ! tout cela est de bon conseil, mais est-ce suffisant ?

Oui, certains ont peur des technologies numériques pour les déviances de toutes sortes qu’elles engendrent. Inversement, d’autres personnes n’ont-elles pas peur des craintes et alertes qui s’expriment à ce sujet ? Or cette peur là n’empêche-t-elle pas de considérer la première comme un symptôme ? Risquons ici une hypothèse : de telles craintes apparaissent quand apparaît le sentiment de perte de pouvoir, de perte de contrôle.

Les ados d’aujourd’hui sont les mêmes que ceux de la génération précédente : ils expérimentent, ils développent une vie privée (en dehors de leurs parents), s’isolent dans leur chambre, traînent avec leur groupe de pairs, n’est-ce pas ce qu’ils font sur web ? Oui, encore une fois oui, mais si nous nous risquons à comparer la vie virtuelle des jeunes avec leur vie réelle et leurs aspirations, risquons nous aussi à identifier ce en quoi elles diffèrent.

Avec le numérique et Internet nous avons changé de dimension, chaque usager s’intègre d’emblée, sans en être toujours pleinement conscient, dans une communication à échelle mondiale. Les technologies numériques et les enjeux économiques qui les traversent sont sans commune mesure avec les médias qui ont accompagné les générations précédentes, lesquels étaient humainement appréhendables.

Les médias que l’on dit aujourd’hui « classiques » (presse, radio, cinéma, télévision) ont eu le temps de se laisser apprivoiser. Comment faire face, de nos jours, à l’accélération technologique et aux pressions marketing qui l’accompagnent ? De plus ces médias se sont vus appliquer des cadres réglementaires et attribuer des institutions afin de veiller à leur respect. Qui fait la loi sur Internet ? Le cercle relationnel que se construisait l’adolescent était relativement restreint, comment gérer une ou plusieurs centaines « d’amis » sur le web ? Et que dire du recours à un pseudo et à l’anonymat qui peuvent être utilisés comme un masque pour s’autoriser toutes les désinhibitions possibles. Enfin, et nous sommes loin d’en avoir terminé avec la spécificité des technologies de la communication du moment, interconnexion, accès illimité, miniaturisation rendent, il faut bien le reconnaître, plus difficile la tâche des parents et des éducateurs.

La banalisation, sous prétexte qu’il faudrait éviter de susciter la peur chez les parents, me parait tout aussi problématique que la dramatisation. Elle comporte le risque d’encourager une baisse de vigilance chez ceux qui s’y attachent et de dissuader les internautes d’exercer leur esprit critique, leur droit de regard et de citer en véritable citoyen.

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