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Grandir avec les écrans aujourd’hui ?

En un peu plus de vingt ans, l’environnement médiatique et technologique des familles s’est profondément modifié. Les enfants grandissent désormais dans un monde d’écrans. En effet, chaque famille est équipée de matériels technologiques aux nombreuses fonctionnalités, interconnectables, fixes et nomades, utilisables par chacun, quel que soit son âge. La sur-stimulation audiovisuelle précoce et la surexposition aux écrans sont source d’inquiétudes.

Je vous propose aujourd’hui de découvrir un travail de recherche sur ce sujet, une enquête menée de façon indépendante auprès de professionnels de l’enfance pour scruter les conséquences d’un trop-plein d’écrans pour la santé, le développement et le bien-être des moins de 16 ans.

Émission de Maurice Thuriau RCF Alpha

Pour écouter l’émission, suivre ce lien : https://rcf.fr/actualite/comment-grandir-avec-les-ecrans-aujourd-hui

Emission Radio France Bleue Armorique : « Les enfants et les écrans »

Aujourd’hui j’étais l’invitée de Véronique Brettes, animatrice de l’émission « La vie en bleu ». J’y ai, entre autre, présenté mon dernier ouvrage : « Grandir avec les écrans ? Ce qu’en pensent les professionnels de l’enfance » qui vient de paraître aux éditions érès.

Si vous souhaitez écouter ou ré-écouter l’émission, c’est ici : « Les enfants et les écrans »

Vient de paraître !

Grandir avec les écrans ?
Ce qu’en pensent les professionnels de l’enfance
De Elisabeth BATON-HERVE

En librairie – En savoir plus

En un peu plus de vingt années, l’environnement médiatique et technologique des familles s’est sensiblement modifié. Les enfants grandissent désormais dans un monde d’écrans. En effet, chaque unité familiale est équipée de matériels technologiques de formats divers, aux nombreuses fonctionnalités, interconnectables, fixes et nomades, utilisables par chacun, quel que soit son âge. La sur-stimulation audiovisuelle précoce et la surexposition aux écrans sont source d’inquiétudes et objets fréquents de débats.

Dans l’enquête menée de façon indépendante auprès de professionnels de l’enfance, l’auteur scrute les conséquences d’un trop-plein d’écrans pour la santé, le développement et le bien-être des moins de 16 ans. Son objectif est de considérer avec lucidité les problèmes de tous ordres occasionnés par les écrans – y compris les enjeux de l’économie du numérique et le pouvoir financier des grandes firmes impliquées dans ce vaste marché – pour mieux les prévenir. C’est seulement à cette condition que nous pourrons entrer avec les enfants et adolescents dans un usage profitable des écrans numériques.

Retrouvez tous les titres parus dans la collection 1001 et + dirigée par Patrick Ben Soussan en suivant ce lien.

Les touts-petits et les écrans, soirée d’échange

« Les chuchoteries du mardi-soir » à Guémené Penfao (44)

Le 28 janvier dernier nous étions une vingtaine, parents, professionnels et moi-même pour réfléchir ensemble à la question des écrans dans la vie des jeunes-enfants.

Voici un compte-rendu original réalisé par une maman présente lors de cette soirée. Sa « sketchnote » résume très bien le contenu de cette soirée. Et, à suivre, le témoignage d’une participante professionnelle.

Sketchnote de Sophie Le Penher

Je vous invite à découvrir également l’article qu’elle a réalisé pour son site : En résumé !

Témoignage

Depuis quelques années, certaines familles s’interrogent davantage sur la question des écrans  et, en tant  que professionnelles, nous sommes de plus en plus confrontées à cette question.

Nous constatons que les écrans font partie de la vie quotidienne des parents mais aussi des tout-petits, et ce malgré le campagne de sensibilisation menée par le gouvernement.

Notre intention est d’informer sur les risques, bien sûr, mais pas seulement. En effet, à travers cette soirée d’informations, nous avons pris conscience que nous tous étions bernés par les marques qui garantissent que nos enfants apprendront « mieux » avec leur tablette ou en regardant le dessin animé sur la chaine « adaptée » aux tout-petits.

Les apports théoriques ont permis d’appuyer notre positionnement « pas d’écran avant 3 ans » , en comprenant davantage en tant que parent et professionnelle, le pourquoi de cette directive.

Bien évidemment,  pour des raisons d’obligation de réserve professionnelle, nous ne pouvons pas nous permettre de donner des situations bien précises

Écrans : pourquoi la limite des 3 ans ? (1)

Un peu d’histoire

Le repère de 3 ans, considéré comme étant l’âge à partir duquel un enfant peut être concerné par les écrans n’est pas une limite artificielle. Il ne dit pas davantage qu’à 3 ans les enfants peuvent être seuls devant les écrans, bien au contraire ! Un petit retour rétrospectif sur la question du rapport des écrans aux enfants en bas âge a tout son intérêt.

Nous pouvons considérer cinq étapes majeures dans l’histoire des écrans vis-à-vis des enfants.

  • Avant la première loi sur la libéralisation de l’audiovisuel en France, les tout-petits n’étaient pas concernés par les écrans. Les chaînes de télévision ne s’adressaient aux enfants qu’à partir de 4 ans. Les programmes pour enfants restaient cantonnés aux jours sans école et en soirée pour accompagner l’enfant avant l’heure du coucher. On se rappelle la fameuse émission Bonne nuit les petits de Claude Laydu. Mais l’arrivée de chaînes privées change la donne. Les impératifs d’audience et de rentabilité prévalent à toute considération éducative et de bien-être.
  • À partir des années 70 et jusqu’au début des années 2000, les chaines de télévision françaises s’intéressent à la catégorie des préscolaires. Suivant en cela l’exemple de Sesame Street, une émission éducative américaine destinée dans un premier temps aux enfants dont les parents ne pouvaient s’offrir le luxe de l’école maternelle. En France l’émission Sesame Street a donné lieu à différentes déclinaisons, dont : Sesame ouvre-toi, 1, rue Sesame, 5, rue Sesame…
  • Le début des années 2000 voit les chaînes câblées et satellitaires se spécialiser dans les enfants en bas âge. Elles annoncent des programmes pour enfants à partir de 2 ans.
  • Puis, en 2005 et 2007, nous voyons arriver des chaînes s’adressant spécifiquement aux bébés à partir de 6 mois. Elles émettent 24 h/24.
  • Depuis ce sont les objets connectés qui sont mis entre les mains des tout-petits.

C’est l’arrivée des chaînes dites pour bébés qui soulève en France des interrogations. Une pétition est lancée sur Internet par le psychiatre et psychanalyste Serge Tisseron : « Pétition contre les bébés téléphages ». En parallèle, les associations familiales et d’éducation populaire, réunies au sein du collectif CIEME  (Collectif Interassociatif Enfance Médias et Éducation) interpellent le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et demandent que soit prise en compte la notion de protection. Le CSA se retourne alors vers la Direction Générale de la Santé. Cette dernière réunit le 16 avril 2008 un groupe d’experts de l’enfance de tous horizons (pédiatres, pédopsychiatres, psychologues, neuroscientifiques, etc.). Ces experts auditionnent diverses personnalités et autres spécialistes, aussi bien dans le domaine des professionnels et praticiens de l’enfance que dans celui des professionnels des médias.

A l’issue de cette journée, toutes les personnes réunies autour de la table aboutissent à la même conclusion : pas de consommation de télévision avant trois ans. Au-delà de cet âge, la prudence et l’accompagnement parental s’imposent.

L’Avis rédigé par la DGS et remis au CSA est alors le suivant : (extrait)

Aussi, la direction générale de la santé :

se prononce contre les chaînes spécifiques pour les enfants de moins de trois ans,

déconseille la consommation de la télévision jusqu’à l’âge d’au moins 3 ans, indépendamment du type de programme,

considère qu’au delà de 3 ans, chez le jeune enfant, l’usage de la télévision doit être particulièrement prudent : Les parents doivent être vigilants sur le contenu (violence, sexualité, dérision…), la  durée, les horaires, afin de prévenir les troubles liés au non respect de la maturité de l’enfant (troubles du comportement, de l’attention, du sommeil, de l’alimentation et des apprentissages, anxiété, agressivité, difficulté d’identification à la souffrance de l’autre …….).

« En conséquence, la direction générale de la santé recommande :

– la diffusion d’une large information dans les media sur les risques de la télévision pour les enfants de moins de 3 ans, en direction du grand public et des professionnels de la petite enfance (émissions thématiques, signalétique sur les écrans, documents distribués  à la naissance, mention dans le carnet de santé…),

– que les sociétés commercialisant des émissions destinées aux jeunes enfants ne puissent alléguer de bénéfices pour la santé ou le développement de l’enfant non prouvés scientifiquement,

– de compléter les connaissances scientifiques dans ce domaine par :

  1. une synthèse de l’ensemble des  études françaises et internationales publiées,
  2. l’analyse des données disponibles,
  3. l’intégration à  d’autres études (cohorte Elfe…) des questions concernant l’usage de la télévision,  notamment chez les enfants,
  4. la promotion d’études sur les aspects où les données sont insuffisantes, en particulier en les inscrivant dans les priorités des prochains programmes hospitaliers de recherche clinique (PHRC).

Voir l’avis complet de la DGS sur le site du CSA (délibération ci-dessous).

Le 22 juillet 2008, le CSA rédige une Délibération visant à protéger les enfants de moins de 3 ans des effets de la télévision.

Depuis, et avec l’abondance d’appareils connectés disponibles sur le marché, le marketing racoleur ciblant les parents de très jeunes enfants, l’avis ambigu de l’Académie des sciences faisant croire à une différence entre les écrans passifs et les écrans interactifs, la vigilance s’impose.

Qu’il s’agisse de la télévision, du smartphone ou de la tablette, la limite de 3 ans reste la plus sensée. Au-delà de cette âge, l’usage des écrans doit être particulièrement prudent, non ritualisé, et toujours accompagné. L’essentiel au fond étant de constamment privilégier des alternatives aux écrans : activités concrètes le plus souvent et le plus longtemps possible !

Liens utiles

https://www.cemea.asso.fr/spip.php?article5139

https://www.enjeuxemedias.org/IMG/pdf/annexe2_enjeux_educatifs.pdf

https://www.enjeuxemedias.org/IMG/pdf/annexe4_enjeux_juridiques.pdf

https://www.unaf.fr/spip.php?article7006

https://www.unaf.fr/spip.php?article6054

https://elisabethbatonherve.files.wordpress.com/2013/10/pas-de-tc3a9lc3a9-pour-les-bc3a9bc3a9s.pdf

https://elisabethbatonherve.files.wordpress.com/2013/10/pas-de-tc3a9lc3a9-pour-les-bc3a9bc3a9s-2.pdf

https://elisabethbatonherve.files.wordpress.com/2013/10/pas-de-tc3a9lc3a9-pour-les-bc3a9bc3a9s-3.pdf

https://www.csa.fr/Arbitrer/Espace-juridique/Les-textes-reglementaires-du-CSA/Les-deliberations-et-recommandations-du-CSA/Recommandations-et-deliberations-du-CSA-relatives-a-la-protection-des-mineurs/Deliberation-du-22-juillet-2008-visant-a-proteger-les-enfants-de-moins-de-3-ans-des-effets-de-la-television

Écrans : pourquoi la limite des 3 ans ? (2)

L’exposition aux écrans nécessite des compétences

Dans l’article précédent, nous avons rappelé l’origine de la limite de 3 ans comme constituant l’âge avant lequel les écrans, quels qu’ils soient, ne représentent aucun intérêt pour l’enfant et constituent même un risque pour son développement. Il ne s’agit en rien d’une invention marketing, mais le fruit d’échanges et d’une élaboration qui s’est construite entre scientifiques, professionnels et spécialistes de l’enfance. L’histoire le démontre fort bien, le marketing au service des grandes sociétés commerciales médiatiques et numériques tend plutôt à s’adresser aux enfants dès le berceau !

Quelques repères simples permettront à présent de discerner si l’enfant est en mesure ou non d’être exposé aux écrans. L’enfant doit avoir acquis :

  1. La marche : si ce n’est pas le cas, il est prisonnier de l’écran, car il ne peut pas décider de s’en détacher pour vaquer à d’autres occupations ;
  2. Certaines habiletés optiques, par exemple rappelons que l’acuité visuelle arrive à maturité complète aux alentours de la cinquième année ;
  3. Le langage : cela suppose un vocabulaire suffisamment riche, une capacité à construire des phrases intelligibles de façon à ce qu’il puisse s’exprimer à propos des contenus de l’écran ;
  4. La compréhension de ce qu’il regarde. C’est pourquoi la présence d’un adulte est indispensable au cours du temps consacré à l’écran ;
  5. La capacité à contenir les émotions éprouvées via l’écran : peur, tristesse, colère, joie, effroi, étonnement…

Voilà qui donne sens à la limite des trois ans ! À part la marche, avant cet âge, l’enfant n’a pas acquis les compétences requises pour être exposé aux écrans. À partir de 3 ans, ces compétences sont encore balbutiantes, c’est la raison pour laquelle il est préférable qu’il soit accompagné et que les activités alternatives aux écrans soient favorisées.

Voir la plaquette éditée par la ville de Rennes : « Les petits et l’écran. Comment faire autrement ? »

Les limites en matière d’écrans sont indicatives

Tout comme la classification des œuvres cinématographiques, la signalétique appliquée à la télévision et à celle des jeux vidéo, il s’agit, avec la limite des 3 ans, de proposer des repères et d’alerter afin de favoriser une prise de conscience et une attitude réfléchie face aux écrans.

En parallèle, il y a lieu d’informer (c’est l’objet de ce blog), de développer des lieux de formation et d’encourager à des périodes de déconnexion comme le propose le Défi des dix jours sans écrans.

Un colloque à Montréal : « Le monde de l’enfant et de l’ado bousculé »

Dans quel monde les enfants et les adolescents vivent-ils aujourd’hui ? Quel est l’incidence du numérique sur leur développement, leur comportement, leur bien-être ?

Ces questions, et de nombreuses autres, ont été réfléchies lors d’un colloque organisé par « Cerveau & Psychologie » les 9 et 10 novembre derniers à Montréal.

Pour lire le compte-rendu, rendez-vous sur le site de l’association ALERTE Ecrans.