Une association pour réduire le temps d’écran

Dans un article précédent, nous avions informé de la création d’un nouveau site internet alertecran.org. En ce début d’année, nous nous tournons vers les projets innovants intéressés par une réflexion sur la place prise par les écrans et technologies numériques dans la vie des enfants et des adolescents. C’est pourquoi nous avons demandé à Anne Lefèbvre, présidente d’ALERTE (association pour l’éducation à la réduction du temps-écran), de nous présenter cette jeune association.

moins-decran-plus-dautres-choses

Moins d’écrans c’est plus d’autres choses !

Vous êtes présidente de l’association ALERTE, pouvez-vous nous dire ce qui a motivé sa création ?

Je me suis investie plusieurs années comme parent d’élève à l’école de ma fille 40bis Manin à Paris (19e) dans l’organisation d’un « défi sans écran » qui avait été impulsé depuis 2009 sur cette école par une déléguée des parents d’élève et le directeur de l’école. Leur attention avait été attirée par des animateurs lors d’une visite de cantine au sujet de jeux de catch dans la cour de récréation, répliques de programmes audiovisuels violents et dangereux. La représentante des parents d’élèves s’est alors mise en contact avec Eco-Conseil à Strasbourg et avec le directeur d’école de la commune qui lança en 2008 en France le premier défi sans écrans dont elle avait entendu parler à la radio.

Puis j’ai contacté Jacques Brodeur qui est venu rencontrer l’équipe pédagogique et les parents élus disponibles. Le tissu associatif local, la mission ville, qui avaient précédemment été mobilisés, ont poursuivi leur action conjointe jusqu’en 2014 où nous avons coorganisé un colloque avec la fondation de Jacques Brodeur Edupax, à la salle des fêtes de la Mairie du 19e. C’est à la suite de ce colloque que nous avons fondé ALERTE, association pour l’éducation à la réduction du temps-écran en vue de soutenir durablement les valeurs de l’école.

Comme psychologue en pédopsychiatrie dans le Val de Marne, je constate tous les jours l’ampleur du challenge qui est devant nous pour aider les familles à résister au tsunami numérique : c’est donc tout naturellement que j’ai repris la présidence de cette association après le départ des deux autres membres fondateurs.

Le tout numérique ne tient pas ses promesses concernant les apprentissages. Les familles anxieuses de la réussite scolaire de leurs enfants luttent tous les jours contre l’usage exclusivement récréatif et chronophage que les enfants en font en réalité. Elles doivent être informées des dommages que cela cause d’autant plus gravement que l’imprégnation aura été précocement intensive. Orthophonistes, psychomotriciens alertent sur les retards de développement, les enseignants sur les difficultés d’attention et l’excitation ainsi que sur la perte du sens de l’effort scolaire…

 

Quel est l’objectif principal de l’association ALERTE ?

  • Soutenir l’organisation de défis sans écrans dans les établissements scolaires pour offrir aux élèves et à leurs familles une expérience de déconnexion afin de prendre conscience de la place que les écrans prennent dans la vie des enfants, des adolescents et de leurs parents.
  • Informer les jeunes et leurs familles sur les dégâts causés par la consommation excessive des écrans (télévision, ordinateur, smartphones, tablettes, platine de jeux vidéo, etc.). En effet les conséquences d’une surexposition aux écrans peuvent être très lourdes pour les jeunes : temps pris sur le sommeil, sur la communication intrafamiliale, sur la lecture, les devoirs, les activités ludiques, sportives ou créatives.  Des impacts négatifs en découlent : sédentarité, surpoids, tyrannie des publicités, difficultés cognitives, attention, concentration, mémorisation, retard de développement du langage et de la motricité fine et globale, difficulté à réguler le temps passé, puissance addictive et multiplicité des écrans, exposition à la violence, troubles anxieux, baisse de l’empathie, mimétisme, intolérance à la frustration, échec et décrochage scolaire…

 

Quels sont les projets à court et moyen terme d’ALERTE ?

Nous essayons d’organiser tous les deux ans au moins un colloque sur ces thématiques à la mairie du 19e et de soutenir indirectement des initiatives locales partout en France

 

Qui peut adhérer et comment ?

L’adhésion annuelle de soutien est de 20 euros, une adhésion collective pour un groupe scolaire de 200 euros. Cela permet de prendre en charge les frais d’impression des  plaquettes d’information aux familles. Nous avons une page Facebook et un site internet régulièrement mis à jour : alertecran.org (site),   et @ALERTE.REDUCTION.TEMPS.ECRAN (page FB). N’hésitez pas à faire  remonter vos expériences locales, nous sommes réactifs. Il est possible de nous solliciter pour des interventions ponctuelles dans les écoles et pour des conférences : un certain nombre de conférenciers siègent à notre CA. Nous diffusons aussi par mail « Les 4 temps », kit de prévention : clip vidéo, affiche et dépliant, conçus par Sabine Duflo et présentés lors du colloque d’octobre 2016.

 

Que souhaitez-vous transmettre comme message en ce début d’année 2017 aux lecteurs de ce blog ?

ALERTE et EDUPAX  organiseront en octobre 2017 un nouveau colloque sur la thématique des adolescents face aux écrans à la mairie du 19e arrondissement de Paris, nous les invitons vivement à y participer et/ou à faire remonter leurs expériences, observations et analyses.

img_1419 Merci Anne !

 

 

Les tout-petits et les écrans ne font pas bon ménage !

Entretien avec Héloïse Junier, psychologue en crèche et formatrice en psychologie de l’enfant.

Pouvez-vous nous rappeler rapidement quels sont les besoins essentiels de l’enfant entre 0 et 3 ans ?

On distingue deux grandes familles de besoins :

  • les besoins physiologiques : manger, dormir, évacuer, respirer…
  • les besoins psychologiques : besoins d’interactions avec l’adulte, d’être câliné, d’être aimé, d’être considéré avec bienveillance par l’adulte. Mais aussi le besoin d’explorer, de découvrir, de tester…

Les écrans interfèrent avec les besoins fondamentaux de l’enfant. Quant aux besoins psychologiques, ils sont souvent mésestimés voir méconnus par l’adulte alors qu’ils sont, comme les besoins physiologiques, primordiaux pour un bon développement et un bon épanouissement.

Les écrans ne nuisent pas directement aux besoins physiologiques, qu’en est-il alors du sommeil ou des repas devant la télévision ?

Ils font interférence avec. C’est-à-dire que si l’enfant regarde un écran avant de dormir, la sécrétion de la mélatonine, hormone régulatrice du sommeil, sera modifiée et de ce fait l’endormissement risque d’être retardé. Si bien que l’enfant pourra avoir des difficultés d’attention le lendemain et être plus fatigable, plus irritable. Ça ne va pas non plus l’empêcher de manger, mais il risque de moins manger ou au contraire de manger de manière plus automatique, sans réel plaisir pour l’action en cours. Or, n’oublions pas que le temps de repas est avant tout un temps de partage avec l’adulte au cours duquel l’enfant acquiert des nouveaux mots de vocabulaire. On peut dire que les écrans altèrent les besoins physiologiques de base, mais n’empêchent pas qu’ils soient assouvis.

En ce qui concerne les besoins psychologiques, les conséquences de l’exposition aux écrans du tout-petit sont-elles plus graves ?

Oui, l’exposition des enfants de moins de 3 ans aux écrans court-circuite les besoins psychologiques. Ils ne vont pas dans le même sens. Par exemple, un enfant a besoin d’être en interaction avec un adulte (ce qui est rarement le cas lorsqu’il est seul face à un écran), ce que les nombreuses études en psychologie du développement et de l’attachement ont bien mis en avant. Sans oublier que les interactions sociales sont indispensables pour le bon développement des fonctions cognitives.

Si l’enfant passe tout son temps devant un écran loin de l’adulte, les meilleures conditions pour un bon développement et un épanouissement ne seront pas réunies. Plus la consommation d’écran est importante plus les besoins psychologiques risquent d’être altérés.

Les écrans ont-ils ou non une place dans cette période de la vie ? Et si oui de quelle manière ?

Spontanément, j’aurais tendance à répondre que non ! Non, les écrans n’ont pas leur place dans cette tranche de vie. L’enfant n’en a pas besoin pour bien grandir, au contraire. En réalité, c’est un peu plus compliqué, car les parents ont besoin des écrans pour leur propre usage…

Ces écrans vont à l’encontre de leurs besoins fondamentaux. Les jeunes enfants ont besoin d’être dans la vraie vie, dans de vraies interactions avec de vrais gens et non en interaction avec Dora qui fait semblant de les écouter et de leur répondre via un écran. Eh oui, ils sont très sensibles à la réponse de leur interlocuteur. Le tout petit a vraiment besoin, dans son environnement, de personnes réelles qui lui fassent des feed-back très répétés pour bien apprendre, par essais et erreurs. Il a également besoin de manipuler de vrais objets. Sur une tablette tactile, la girafe et l’éléphant sont sensiblement identiques alors qu’en vrai, un éléphant en plastique, une girafe en tissu et un cube en bois n’auront pas le même poids, ni la même texture, ni la même odeur ! Mais ce n’est pas tout. La luminosité et la rapidité des images qui caractérisent les écrans sur-stimulent l’enfant et sur-sollicitent son attention (son système d’attention involontaire, cf. B. Harlé [1]). Entre 0 et 3 ans, les enfants n’ont pas besoin d’être sur-stimulés, leurs apprentissages sont spontanés. D’ailleurs, contrairement aux idées reçues, il ne s’agit pas que d’un problème de contenu, mais aussi d’un problème de contenant. Je m’explique : ce ne sont pas les seules images qui défilent sur l’écran qui posent un souci, c’est aussi l’écran lui-même. Même si, bien évidemment, il est bien plus déconseillé que l’enfant regarde le JT qu’un épisode de Petit Ours Brun ! Rappelons qu’à ces âges, l’enfant n’est pas en capacité de distinguer la fiction de la réalité. Il prend tout ce qu’il voit pour argent comptant.

L’écran place l’enfant dans une position passive à un âge où il devrait être actif pour découvrir son environnement. Et puis, n’oublions pas que, au-delà de l’ensemble de ces méfaits, l’écran vient voler à l’enfant du temps passé à faire autre chose de bien plus précieux pour son développement : attraper des objets et les mettre à la bouche, courir après un oiseau, construire des tours de cubes, faire quelques pas dans l’herbe… Finalement, chez le tout-petit, moins l’environnement est sophistiqué, mieux c’est !

Pour toutes ces raisons, les écrans n’ont pas leur place dans l’environnement de l’enfant. Cependant, certains parents étant très friands de ces écrans, l’objectif est de trouver un compromis qui respecte les besoins des enfants et les souhaits des parents ce qui, il faut le reconnaître,est souvent assez compliqué !

Y a-t-il une différence sensible en ce qui concerne l’exposition des enfants aux écrans entre 2 et 3 ans ? Les organisations pédiatriques américaines et canadiennes préconisent l’absence d’écrans jusqu’à 2 ans, en France la Direction générale de la santé a donné un avis qui place la limite à 3 ans.

Ce n’est pas très facile de respecter la limite des 3 ans pour les familles où il y a des fratries, par exemple. Entre 2 et 2 ans et demi, l’enfant gagne en maturité cognitive, le langage s’est déjà un peu plus développé. On peut imaginer qu’à cet âge, les enfants sont un peu plus « costauds » pour être exposés aux écrans. Cela dit, l’idéal serait, comme le préconise Michel Desmurget [2], l’absence totale d’écran. Néanmoins si on veut mettre une limite, 2 ans est un bon repère. Même si, c’est indéniable, 3 ans est encore mieux. Disons que plus cette consommation d’écrans est tardive, mieux c’est.

Quels conseils pratiques donneriez-vous aux adultes qui sont en contacts réguliers avec les enfants de moins de 3 ans ?

Les professionnels de l’enfance, de la petite enfance et les enseignants sont peu au courant des méfaits des écrans. Il faudrait donc commencer par les informer pour qu’à leur tour ils puissent sensibiliser les familles (via des articles, des affichages dans les lieux publics, des échanges informels dans les couloirs). Il faudrait envisager toute une politique de sensibilisation des parents aux effets des écrans.

Par rapport aux parents, cela dépend toujours de leur capacité à contrôler ou à tolérer la présence des écrans au foyer. Mais en tant que psychologue de crèche, je leur communique quelques conseils :

  • Pas d’écran le matin avant d’aller chez la nounou, à la crèche ou à l’école. C’est un point important. Les enfants qui regardent la télé épuisent toute leur attention et arrivent à l’école la batterie « déchargée ». Ces derniers peuvent, au cours de la journée, être plus excités, plus actifs, avoir plus de difficultés à se concentrer sur une activité, être moins tolérants à la frustration… Bien entendu, cette hyper-excitation peut ne pas être l’unique apanage des écrans et demeurer, bien souvent, multifactorielle.
  • Pas d’écran le soir avant de dormir. Regarder l’écran peu de temps avant de se coucher tend à retarder leur endormissement et à les maintenir dans un état d’excitation. Dans la continuité, il aura plus de mal à se réveiller le lendemain matin. Or, qui dit réveil difficile, dit journée plus difficile.
  • Pas d’écran pendant les repas de façon à privilégier les interactions avec l’adulte. Les repas sont des moments où l’on peut échanger, nommer les objets, partager un plaisir. Au cours des repas, les enfants apprennent tellement de nouveaux mots grâce à ces interactions privilégiées avec l’adulte, qu’il serait dommage de les en priver !
  • Pas d’écran à disposition de l’enfant : il faut utiliser un contrôle parental et éviter de mettre les télécommandes à portée de main, faire en sorte qu’il ne puisse allumer tout seul le bouton power. Et bien sûr, pas d’écran dans la chambre pour limiter les tentations et l’usage solitaire de ces nouvelles technologies.

Pour plus d’informations vous pouvez consulter le blog d’Héloïse Junier et sa communauté facebook « La psy contre-attaque » 

Voir aussi : Des bébés devant des écrans

[1] HARLE Bruno, pédopsychiatre hospitalier, région Rhône-Alpes

[2] DESMURGET Michel, TV lobotomie. La vérité scientifique sur les effets de la télévision, Max Milo Éditions, 2012.

Quels écrans, quels contenus, quels âges ? Quelques repères (2)

Le point de vue d’une psychologue

Comment gérer les écrans dans l’univers familial ? Pour Sabine Duflo, psychologue clinicienne au centre médico psychologique de Noisy-le-Grand (93), au-delà des catégories d’âges, toujours compliquées à appliquer dans les familles nombreuses, il existe des repères simples qu’elle nous livre ici. Entretien.

L’exposition des enfants aux écrans nécessite-t-elle qu’on tienne compte de leur âge ? Pourquoi ? Pourriez-vous nous donner quelques repères ?

La réponse est oui. Il est évident qu’il faut tenir compte de l’âge tout simplement parce que les capacités de compréhension et de représentation ne sont pas les mêmes à 3, 6 ou 12 ans. C’est donc extrêmement important. Il faut évaluer ces compétences, variables suivant l’âge et entre les enfants de même âge, avant de les exposer aux écrans.

Concernant les tous petits (2 à 5 ans), il existe un repère assez simple : c’est le niveau de langage de l’enfant. L’enfant doit pouvoir raconter ce qu’il a vu. Quand l’enfant ne peut pas le faire, il ne peut pas non plus se représenter ce qu’il a vu. L’image alors risque de faire effraction et de créer des excitations qui se traduiront dans la journée par de l’agitation ou par des réveils nocturnes, des cauchemars. Lorsque le petit enfant vient de regarder un dessin animé (quelque chose évidemment d’adapté) on lui demande : « raconte-moi ce que tu as vu ». Certains enfants sont capables de mettre en mots ce qu’ils ont vu, c’est-à-dire qu’ils n’ont pas de mal à retrouver la narration de l’histoire, d’autres en sont incapables.

C’est un repère important à avoir à l’esprit parce qu’on a affaire actuellement à des dessins animés (pokemon, Tortues Ninja, Power Rangers), en particulier pour les 6-7 ans, avec une succession accéléré de plans. L’enfant est capté par ces images qui vont très vite, par une bande son changeante et souvent stressante. Leurs sens sont captés mais l’aspect narratif est passé de côté. Ces dessins animés ultra rapides comportent souvent une narration assez pauvre. Bermejo Berros[1] les qualifie de « dénarrativisants » c’est-à-dire qu’ils suppriment cette possibilité de mettre en mots et sur-stimulent l’attention primaire au détriment des capacités internes de mise à distance de l’image et de représentation. Il faut pouvoir demander à l’enfant de raconter. Ceux qui ont été habitués très tôt à beaucoup d’écran, avec des films d’animation trop rapides ne sont souvent pas capables de raconter ce qu’ils ont vu et d’introduire une temporalité. Ils ne sont pas capables de distance. Et cette distance est essentielle car elle permet de penser ce qui a été perçu, de passer d’une attitude passive à un comportement actif.

Une autre compétence importante à acquérir est la distinction entre le réel et le virtuel. On fait actuellement comme si cette distinction était là d’emblée. Ce n’est pas vrai, cette compétence n’est pas innée mais acquise, et chez l’enfant bien portant elle ne l’est que vers 12 – 13 ans. C’est pour cela qu’exposer des enfants à des images violentes, des contenus inadaptés provoque un stress émotionnel intense et difficilement réversible De nombreux enfants aujourd’hui sont exposés à des contenus inadaptés de films, de jeux vidéo, et s’en vantent dans les cours d’école mais ils ne disent pas qu’ils ne parviennent pas à s’endormir seuls, qu’ils ont peur de rester seul chez eux ou même de jouer seul dans leur chambre.

L’introduction de la 3D, très prisée par les producteurs de film d’animation, augmente l’effet de réalisme de l’image : on a l’impression que les personnages sortent de l’écran et bondissent vers vous. Actuellement on ne possède pas de recul sur les effets de cette technique sur le cerveau encore immature des jeunes enfants. Mais on a tout lieu de penser que ce qui vaut pour les films classiques est valable, de façon majorée, avec les films en 3 D. Dans le domaine de la maturation affective, on ne peut pas sauter d’étapes ou alors si on le fait c’est au détriment de l’enfant. Etre exposé trop tôt et de manière répétée à des films ou jeux vidéos aux contenus inadaptés, ne vous rend pas plus courageux, plus fort ou plus indépendant. Les études comme les observations cliniques montrent l’inverse. Cela rend l’enfant plus peureux, plus impulsif, et plus suggestible…

Qu’en est-il des supports ?

Ce qui est déterminant c’est le format : transportable ou non et le lieu où se situe l’écran. Lorsque la télévision est dans le salon, le contrôle parental reste encore possible, si la télé est dans la chambre de l’enfant, il est impossible.

Quand l’écran peut se glisser dans la poche sous la forme du Smartphone avec accès illimité à internet le contrôle parental est impossible aussi.

En ce qui concerne la tablette ?

Pour les tous petits on ne dispose pas de recul. La seule chose que j’observe c’est que les parents sont trop facilement séduits par l’argument de vente selon lequel ils retrouveraient en un même objet tous les jeux éducatifs habituels. C’est faux parce que le développement de l’enfant entre 0 et 3 ans est essentiellement sensori-moteur. C’est-à-dire que l’enfant s’approprie le monde en touchant, en sentant, en mettant à sa bouche les objets qui le constituent. Il découvre les objets et acquiert une maîtrise sur eux en les manipulant. Or la tablette ne stimule que deux sens : l’audition et la vision. Prenons l’exemple du puzzle. On a de plus en plus de gamins totalement incapables de faire des puzzles de 15 pièces à 3-4 ans. Les parents disent que sur la tablette ils y arrivent très bien. Sauf qu’avec la tablette c’est beaucoup plus simple. Il suffit de faire glisser les pièces et elles vont se placer d’elles-mêmes. Même chose avec le coloriage : l’apprentissage du geste graphique, le contrôle toniquo postural s’acquièrent de façon plus ferme avec un crayon qu’avec le stylet de la tablette car si l’enfant déborde, la machine corrige aussitôt. Et il en est ainsi de beaucoup d’autres jeux sur écrans où c’est la machine qui corrige, voire anticipe les difficultés de l’enfant. C’est pour cela aussi que c’est un support très apprécié des enfants.

L’autre aspect c’est le temps volé à d’autres activités. On voit de plus en plus de très jeunes enfants (2, 3 ans) arriver en consultation, envoyés par la crèche ou la halte garderie pour ce qu’elles qualifient de retard, voire de troubles autistiques. Le langage en effet est quasi absent et pas dans un registre de communication, l’enfant ne s’intéresse pas aux jouets, aux objets ou s’il le fait c’est de façon fugitive ; il regarde très peu l’adulte, il est dans une agitation permanente. Mais quand on voit ce type d’enfant seul, on s’aperçoit surtout qu’il a été mal stimulé. Et si l’on conseille aux parents de supprimer les écrans, de prendre le temps de jouer avec l’enfant, d’être avec lui, et aussi de tolérer que leur enfant s’ennuie, les choses se remettre en place progressivement. Et les parents gardent ces habitudes parce qu’ils sont contents des résultats obtenus.

En conclusion ?

Il y a des choses sur lesquelles on ne peut pas faire l’impasse. Ce sont notamment ces repères relatifs aux moments de la journée. C’est pour cela que j’ai mis au point une petite règle que j’appelle « la règle des 4 pas » : pas d’écran le matin car c’est le moment où l’attention est la plus forte, pas pendant les repas familiaux parce que ça nuit aux échanges, pas avant de se coucher, ça fatigue l’enfant et ça perturbe son sommeil et pas dans la chambre d’enfant.

Je pense que si on veut que la génération à venir devienne maitresse des écrans, et non pas dépendante d’eux, il faut paradoxalement limiter au maximum leur présence dans la vie de l’enfant afin de lui permettre d’acquérir une compétence essentielle à son humanité : la capacité à penser par soi même.

Voir également : Quels écrans ? Quels contenus ? Quel âge ? Quelques repères (1)

[1] BERROS B., Génération télévision. La relation controversée de l’enfant avec la télévision, De Boeck, 2007

Vous pouvez aussi me suivre sur Facebook : Elisabeth Baton-Hervé Formatrice