Les jeunes et les SMS : le français en péril

photo-d-gningLes échanges « télégraphiques » des jeunes via leurs téléphones portables mettent la langue française en péril, c’est le point de vue d’une enseignante de français dans un collège à Dakar.

Par définition la communication c’est d’établir un contact avec autrui, contact utile et complet. Mais si celui-ci est inutile et incomplet, on ne peut parler de communication. Le téléphone portable est un instrument de non-communication, et il est en train de devenir le meilleur ami obligé de l’homme, particulièrement des jeunes. Les jeunes sont concernés, car cet outil a véritablement révolutionné leur quotidien. En effet il offre, avec ses multiples fonctions, autant de possibilités de s’isoler. L’utilisateur se coupe de son environnement immédiat accaparé par l’écran. « En se focalisant sur le virtuel il risque de négliger le réel ». Le téléphone portable affecte les rapports sociaux.

Aujourd’hui, bien des choses ont changé : les manières d’être, l’habillement, et même le langage. Les jeunes envoient en moyenne près de 100 messages par jour et consultent leur mail environ 40 fois. Cette utilisation excessive est due aux réseaux sociaux. La dépendance au téléphone portable entraîne des difficultés de concentration et d’apprentissage chez les jeunes. Et comme envoyer des messages devient leur passe-temps favori, ces jeunes passent plus de temps devant ces gadgets électroniques qu’avec leurs livres scolaires, et ils ont souvent des difficultés pour faire la différence entre les moments adéquats pour utiliser le téléphone et les moments de le ranger. Bien entendu la confiscation et la restitution sont une source de conflit et de crispation continue. Tous ces inconvénients sont à l’origine de nuisances supplémentaires.

Cependant si le téléphone portable favorise le dialogue avec les internautes, son utilisation devient négative lorsqu’il y a abus d’usage :

  • les jeunes usent avec excès des portables ce qui entraîne une dépendance et des angoisses de séparation ;
  • les SMS envoyés et reçus sont rédigés dans une langue qui est codée. Pour décrypter ce code, il faut être dans un groupe d’amis.

La langue française est mise à l’épreuve : les règles d’orthographe et de grammaire sont écartées et cèdent la place à des signes ou des mots  incompréhensibles. Un tel abus d’usage crée un nouveau langage que les jeunes comprennent entre eux. C’est le constat que fait un élève en classe de 4e dans notre collège : « les nouvelles applications comme Facebook, imo, Instagram, etc. permettent de communiquer à l’oral ou à l’écrit. Mais n’ayant pas assez de crédit et voulant dire beaucoup de choses, on est obligé de créer notre propre langage code comme mdrrr ou lol qui veut dire  « mort de rire » ou tmtc « toi-même »,  etc. On peut écrire tout un message sans même écrire un mot correctement ». Ceci plonge les professeurs de français dans le désarroi. Certains élèves commencent même à abréger leurs leçons en utilisant cette orthographe. On constate qu’aujourd’hui le français est négligé par les jeunes : on n’écrit plus de lettres entre amis, plus de lecture comme passe-temps. Les jeunes sont occupés à surfer sur le Net au lieu d’essayer de s’essayer à la poésie en s’inspirant des grands poètes. Ceci met la langue française en péril, elle est menacée par ce nouveau langage créé par les internautes. Que va-t-elle devenir à plus long terme ? En tant qu’enseignante, c’est une question que je me pose.

Mme Thiam Aissatou Gning

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Les écrans dans la vie des jeunes : témoignage

Les écrans et les jeunes

Les écrans dans la vie des jeunes, témoignage

Mme Thiam Aissatou Gning, enseignante dans un collège à Dakar porte un grand intérêt à la place que prennent les écrans dans la vie des jeunes. C’est pourquoi elle invite ses élèves à y réfléchir.

Il est important que les jeunes prennent eux-mêmes conscience de l’impact des écrans sur leur vie. De nos jours, ils ont la folie des écrans et passent tout leur temps devant la télévision ou à se connecter sur internet. Or ceci a des conséquences néfastes. C’est aussi l’avis d’un élève du CEM 19 : « Au 21ème siècle avec le développement de la technologie, les jeunes ne peuvent pas faire sans. Les écrans sont partout dans le monde, cependant ils sont aussi néfastes. Face aux écrans, les jeunes sont coupés du monde réel et vivent dans un monde fictif, dans l’illusion. Ils sont dans un rêve qui ressemble à la réalité. » (Ablaye Diallo, élève en 5e A). En effet, les écrans bloquent toute communication entre les jeunes et les adultes. Il faut noter cependant que tout n’est pas négatif.

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Il y a certes des côtés positifs dans l’utilisation des écrans et les jeunes peuvent en tirer bénéfice : étudier avec les écrans, télécharger des livres, suivre l’actualité nationale et internationale, se divertir avec les jeux, etc…

Cependant les conséquences négatives sont nombreuses, par exemple :

– la déperdition scolaire, voire la baisse de niveau dont on parle depuis longtemps ;

– la dégradation des mœurs due à la mauvaise influence ;

– l’imitation excessive : les jeunes suivent la mode ;

– les problèmes de santé: les jeunes refusent de s’alimenter, problème de vision aussi …

Les jeunes doivent donc prendre conscience des risques qu’ils encourent à rester devant les écrans trop longtemps. De-même les parents doivent veiller sur leurs enfants en réglementant l’utilisation de ces écrans.

 

Les écrans et les jeunes

Une correspondante sénégalaise, enseignante dans un collège à Dakar, nous fait part de ses observations et questionnements sur les impacts des écrans. Son témoignage nous montre que les conséquences d’une exposition massive aux écrans ainsi qu’à des contenus inappropriés est préjudiciable aux apprentissages scolaires et trouble les repères culturels de la population concernée.

photo-d-gningMme Thiam Aissatou Gning

Les écrans proposent aux jeunes, voire aux enfants, des programmes dont les contenus sont souvent non adaptés. Au Sénégal la profusion de chaînes de télé rend la concurrence rude. Ces chaînes proposent des émissions culturelles, de divertissement (chant, danse) et des séries  télénovelas) dont raffolent les jeunes. Ainsi ils peuvent rester devant l’écran toute la journée à regarder la télé ou se connecter à internet. Ils négligent de ce fait leurs études et la lecture.  Ils consacrent peu de temps à leurs leçons et devoirs.
La télé diffuse des messages publicitaires dans les espaces dédiés aux jeunes et ceux-ci ont tendance à imiter tout ce qu’ils voient. Ici les jeunes adoptent les comportements des Américains et des Brésiliens, ce qui est en porte-à-faux avec notre culture et notre tradition.
Si seulement les messages des télévisions renforçaient les programmes scolaires ! Malheureusement ce n’est pas le cas. Les jeunes d’aujourd’hui préfèrent les écrans (ordinateur, télé, tablette) aux  livres.  Ils calquent leurs conduites sur les stars et les messages publicitaires que les films américains ou brésiliens diffusent ici.
Je lance un appel aux décideurs et aux parents pour qu’ils soient plus vigilants.

Mme Thiam Aissatou Gning

Hommage

L’éducation à l’image et aux médias a ses défenseurs et ses partisans. Ceux-là œuvrent parfois dans l’ombre, en toute humilité. Il en est ainsi d’Hervé un ami de longue date qui m’a toujours encouragée, soutenue dans ma démarche et mes entreprises. « Tu fais, me disait-il, de l’alphabétisation aux images ».

Dans une société où les médias prennent une énorme place c’est un enjeu de démocratie. Apprendre à ouvrir les yeux, à décrypter, à analyser c’est participer à éveiller les consciences. L’économie doit être au service de l’homme et non l’inverse. De même les technologies modernes ne doivent ni asservir, ni décerveler les êtres humains mais fortifier leur citoyenneté. Telles étaient ses convictions profondes.

Hervé, tu nous as quittés en juillet dernier à l’âge de 91 ans. Ton témoignage, ta profonde humanité, me sont, à moi et à ceux qui ont eu la chance de te connaitre, ce que tu nous as laissés de plus précieux

Merci Hervé.