La nouvelle poupée qui manipule les enfants : « Hello Barbie »

Barbie

De la Barbie manipulée par l’enfant à la Barbie manipulatrice d’enfants

Chez Mattel on n’arrête pas le progrès ! Une nouvelle Barbie a vu le jour en 2015 « Hello Barbie ». Elle se voit commercialisée en cette fin d’année aux Etats-Unis. De quoi s’agit-il exactement ? L’hebdomadaire allemand Stern en explique très bien le système : « … elle enregistre en permanence l’ensemble des sons émis dans son environnement. Si elle reconnait que quelqu’un est en train de parler, la poupée enregistre ce qui est dit et le transmet à un serveur Mattel. La langue est analysée là-bas et une réponse adéquate est générée ».

De plus, grâce à ce système, ce sont aussi les centres d’intérêts et les goûts des enfants qui sont enregistrés et analysés. A quelles fins ? Nous ne sommes pas si naïfs pour croire que ces données très « personnelles », très « privées » ne seront pas exploitées commercialement comme semble s’en défendre la firme de jeux et jouets.

Par ailleurs nous imaginons fort bien toutes les potentialités offertes par un jouet capable d’entretenir des conversations avec un enfant et d’écouter ce qui se dit alentour à l’insu des personnes de l’entourage. Cette poupée « cheval de Troie » ouvre sur des perspectives pour le moins préoccupantes : formatage du cerveau enfantin, messages prescriptifs, formation d’idées et de représentations favorables à la consommation, etc.

Les écrans s’en chargent déjà me direz-vous. J’en conviens, mais ici un pas supplémentaire est franchi dans la rencontre d’une marque avec l’enfant : en direct, dans son lieu de vie, en dehors de l’influence et du contrôle habituels des parents.

Or qu’en sera-t-il si ce système est placé sous le contrôle d’un pirate ? « Hello Barbie pourrait voir son système de communication utilisé pour lui faire dire tout ce que ledit pirate souhaiterait » avertit Matt Jakubowski chercheur américain en sécurité sur Internet.

Dans une économie mondialisée, ultralibérale, les produits et services destinés aux enfants ne font hélas pas l’objet d’un marché spécialement protégé. Le profit prime sur toute considération éthique et déontologique. C’est la raison pour laquelle nous, parents et éducateurs, devons sans cesse nous poser la question du sens et du bienfondé de ces offres marchandes pour les enfants qui nous entourent. Ce questionnement est d’autant plus impérieux en cette période de fêtes.

Oui, les enfants ont besoin de jouer, certes nous souhaitons que nos présents leur fassent plaisir. Mais nous voulons par-dessus tout veiller à leur bien-être et à leur épanouissement. Quels jeux et jouets contribueront à les éveiller à la diversité du monde qui les entoure, à nourrir leur propre créativité, à leur permettre de se construire dans toute leur singularité ? Ces questions essentielles ne doivent-elles pas, en toutes situations, guider nos choix et nos achats ?

Sur le même sujet lire également l’article paru sur le site Slate

Moi et mon compte Facebook

Vous le savez, je suis sur Facebook depuis… attendez-voir, tout est si bien pensé chez Facebook, je vais vous dire cela tout de suite en consultant le fil d’actualité. Voilà, j’ai trouvé, j’ai ouvert mon compte en octobre 2013, un peu plus d’un an déjà !

Vous vous souvenez de mes premiers pas ? J’ai progressé, mais il y a encore du pain sur la planche ! Je vous entends me demander : alors combien d’amis, combien de mentions « j’aime » ? Hum, hum, oserais-je vous dire la vérité ? Allons je m’y résous : 24 amis et 28 mentions « j’aime ». Je vous l’accorde, il n’y a pas de quoi fanfaronner avec un tel score.

Tout de même on est très encourageant chez Facebook : on me dit que je suis proche de 100 « j’aime » et que je peux promouvoir ma page pour les atteindre plus rapidement.

Et puis quoi encore ? Je ne vais tout de même pas aller au-devant des gens que je ne connais ni d’Ève ni d’Adam et leur demander de m’aimer ! Quant aux amis, je fais mienne l’affirmation du philosophe Aristote : « Ce n’est pas un ami que l’ami de tout le monde ».

Et puis je trouve Facebook un peu trop curieux. Exemple, à propos d’une photo, on me demande : « avec qui étiez-vous ? Où cette photo a-t-elle été prise ? ». On me propose également de mentionner mes emplois et ma scolarité, de donner des précisions sur le lieu où j’habite, sur ma famille et mes amis, d’évoquer des événements récents, de donner des détails sur ma personne, etc., etc.

Eh oh, ça les regarde ? En vérité pourquoi me pose-t-on ces questions ? Ne serait-ce pas pour faire commerce de mes données personnelles ?

Plus sérieusement, le profilage des internautes ne devrait pas nous laisser indifférents. Certains sites peuvent nous être utiles et nous communiquer les informations dont nous avons besoin. Celui de la CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés) fourni également des ressources appréciables aux usagers de l’Internet soucieux de ne pas se faire piéger. Ne les négligeons pas, et soyons vigilants, les enjeux qui relèvent de la protection de la vie privée du consommateur sont considérables.

Enfin, pendant que j’écrivais ces lignes j’ai reçu, comme vous, un e- mail de Facebook m’informant du changement de sa politique de confidentialité à partir du 1er janvier 2015. Les nombreux hyperliens qu’il comporte n’en facilitent pas la lecture. Alors, avant de décider si nous conservons ou non notre compte, ne négligeons pas ces quelques lectures et certaines autres que vous voudrez bien, chers amis internautes, nous signaler.

Ce que cache Facebook derrière sa nouvelle politique de confidentialité.

Comment Facebook cherche à rassurer avant de changer de politique de confidentialité.

Mes premiers pas sur Facebook

Facebook, un univers complexe

L’inscription sur Facebook est très facile, cela ne prend que quelques secondes. Mais après cette toute première étape ça se complique singulièrement. Dans un premier temps je me suis sérieusement demandée si je n’étais pas « dépassée », pour ne pas dire « has been » ! Ce qui pouvait expliquer ma difficulté à comprendre le fonctionnement de ce site. Heureusement pour moi, j’ai lu dans un magazine qui me parait sérieux, très professionnel en tout cas, Social Life, que « Facebook est un site complexe dans lequel il est très facile de se perdre ». Heureusement encore pour moi, j’ai été guidée par deux utilisatrices de ce réseau social, très pédagogues, et qui ont su déployer tout leur trésor de patience avec la séniore que je suis.

Alors, tout en découvrant l’univers de Facebook j’ai essayé d’être attentive à mes impressions et aux réactions spontanées que cette nouvelle expérience m’a procurées.

J’ai vu par exemple des têtes s’afficher avec leur nom. Un véritable trombinoscope. Oui, oui je sais que le nom du site est inspiré des photos d’élèves prises en début d’année scolaire. Quoi qu’il en soit, j’ai aperçu des visages familiers, d’autres qui l’étaient beaucoup moins, d’autres enfin que je ne connaissais aucunement. Ma réaction a été celle de quelqu’un qui croise une personne dans la rue et croit la reconnaitre : « Tiens mais je le(la) connait celui(celle)là. C’est un sentiment très agréable de « reconnaître » et d’espérer en retour « être reconnu ». Il m’a semblé que toutes ces personnes souhaitaient entrer en contact avec moi avant que je ne comprenne que Facebook les avait sélectionnées pour moi et me les proposait comme « amis ».

Amis ? Là, mes repères habituels sont malmenés, ils deviennent troubles. Vite, je m’empare de mon Petit Larousse : « Ami : Personne pour laquelle on a de l’amitié, de l’affection, ou avec laquelle on a des affinités ». Bien évidemment, je m’empresse de jeter un œil un peu plus bas dans la page du dictionnaire pour trouver la signification du mot « amitié » : « Sentiment d’affection, de sympathie quune personne éprouve pour une autre ; ce lien, généralement réciproque. » Visiblement la définition qu’en donne Facebook n’est pas la même : « Amis : sont des personnes avec qui vous êtes en contact et avec lesquelles vous échangez sur Facebook ». J’observe un glissement de sens et je me demande si c’est très clair pour tous les internautes inscrits sur ce réseau social.

Ensuite (autre glissement de sens) on me dit : « ça c’est ton mur« . Moi j’ai l’image des murs de mon bureau que je viens de repeindre, j’ai aussi en mémoire les murs de ma chambre d’adolescente, mais « mur » pour Facebook, je ne vois pas à quoi ça correspond (si vous vous posez ce genre de questions, dites-le moi, ça me rassurera). Sachez en tout cas que Facebook a tout prévu. Il suffit de consulter la page « glossaire des termes » pour avoir accès aux définitions souhaitées : « Votre mur est un espace sur votre profil où vos amis et vous pouvez publier ou échanger du contenu ». Il suffisait de le dire ! Et qu’entend-on par « profil », par « journal ». Tout cela est assez confus pour moi. Je vais continuer à consulter le glossaire des termes !

Je repère également des suggestions d’un Facebook très désireux de m’aider à faire progresser ma notoriété. « Franchissez le prochain pallier. Mettez votre page en avant pour atteindre 100 j’aime ». Je clique donc comme on me l’indique sur « promouvoir une page ». Ici s’arrête la gratuité, On me propose plusieurs tarifs. Admettons que je table sur un budget de 7 € par jour, cela me parait une somme modique, abordable,  jusqu’à ce que je calcule combien il m’en coûtera au mois ou à l’année (210 €/mois, 2 555 €/an) ! Non, sans façon, je préfère miser sur les lecteurs et visiteurs bienveillants que vous êtes et qui auront à cœur de me « liker » !

Cela dit, j’ai décidé de poursuivre l’expérience et d’examiner la manière dont il est possible de se saisir d’un tel service de façon constructive sans se laisser piéger par les stratégies marketing qui se développent sur ce réseau social. Si, comme l’affirme le philosophe Bernard Steigler, les médias d’aujourd’hui sont « le bras armé du marketing » il ne tient qu’à nous d’en faire autre chose, de nous situer dans un « art de faire » (Michel de Certeau) inventif et perspicace. Rêvons un peu, c’est peut-être possible.

Michel de Certeau : l’invention du quotidien, 1 : Arts de faire – Gallimard 1990.

Un avis scientifique ?

L’avis rendu par l’Académie des sciences sur l’impact des écrans chez les enfants est-il vraiment scientifique ?

Il est tout à fait normal et légitime, pour tenter de se forger un avis objectif sur les impacts des technologies numériques sur la santé des enfants, de consulter la littérature scientifique qui se rapporte à cette question. Et elle est abondante.

En janvier dernier, l’Académie des sciences a publié un avis intitulé « l’enfant et les écrans« 

Une étude controversée
Une étude controversée

Toutefois, certains auteurs de cet avis n’ont jamais fait de recherches dans ce domaine très spécifique. A contrario des chercheurs reconnus et expérimentés, et ils sont plusieurs en France, ne sont ni consultés, ni référencés. Les affirmations concernant la tablette numérique pour les bébés sont étonnantes car qui peut prétendre disposer de suffisamment de recul pour en connaître les effets réels sur le développement global du petit enfant ?

La lettre ouverte de plusieurs chercheurs publiée dans le monde en février 2013 « Laisser les enfants devant les écrans est préjudiciable » constitue un contrepoint essentiel à l’Avis de l’Académie des sciences. A lire absolument!

Voir également la liste complète des signataires « L’incroyable avis de l’Académie des sciences« 

Voir aussi la réaction de l’Union Nationale des Associations Familiales

Bonnes lectures !