Données personnelles : pourquoi faire attention, je n’ai rien à cacher moi ? (3)

Pourquoi dois-je faire attention ? Je n’ai rien à cacher moi !

Plusieurs raisons doivent t’encourager à être très prudent(e)s.

  • Parmi les informations que tu livres, certaines sont dites « sensibles ». Ce sont toutes les données qui concernent la santé, la religion, la vie sexuelle, les opinions politiques…
  • Tu ne sais pas entre quelles mains elles peuvent tomber aujourd’hui ni même demain ! Elles pourraient être utilisées contre toi, pour te nuire. Et oui ! Tout ce que tu fais sur internet laisse des traces pour toute la vie !
  • Tu ne dois pas seulement faire attention pour te protéger, mais aussi pour protéger tout ton réseau de relations : ta famille, tes amis…
  • Si les données personnelles intéressent les entreprises commerciales pour nous vendre leurs produits plus efficacement, elles intéressent ou peuvent intéresser également les États afin d’exercer une surveillance.
  • Tous les internautes ne sont pas bienveillants. Certaines personnes peuvent être malintentionnées (harcèlement, soustraction d’argent par des moyens illégaux, conduites perverses…).

C’est pourquoi il est important de

 protéger sa vie privée et celle de nos contacts !

Prochainement :

Alors, je fais comment ? (4)

Données personnelles : quand est-ce que je les communique ?(2)

Mais quand est-ce que je donne des informations personnelles ?

  • Dès le départ en remplissant le formulaire d’inscription sur un réseau social ! D’ailleurs, as-tu remarqué que lors de ton inscription sur un réseau social, tu dois lui donner l’autorisation d’accéder à toutes tes conversations, toutes tes photos, tous tes contacts ? Et si tu refuses, que se passe-t-il ? Tu ne peux même pas t’inscrire ! Tu trouves ça normal toi ?
  • Par les cookies (petits logiciels) placés sur le disque dur de ton ordinateur lorsque tu visites des sites. Ils visent à obtenir des informations sur qui tu es, ce que tu fais, tes préférences dans différents domaines. Les cookies sont des petits logiciels qui s’installent automatiquement sur ton ordinateur lorsque tu visites des sites. Ils permettent de savoir sur quel site tu étais avant, tes habitudes de navigation, où tu te trouves physiquement au moment où tu consultes le site… Donc s’ils améliorent la navigation ils peuvent également présenter une menace pour les données plus confidentielles.
  • Tu donnes parfois des informations sans t’en rendre compte par le biais des messages que tu envoies, des photographies et selfies que tu réalises. Par exemple, si tu prends une photo de toi dans ta chambre, tu livres un tas d’indications sur ton environnement, le niveau de vie de ta famille, ton style de vie, tes préférences et goûts vestimentaires et autres…

Prochainement :

Pourquoi dois-je faire attention ? Je n’ai rien à cacher moi ! (3)
Alors, je fais comment ? (4)

Article précédent : Données personnelles, pourquoi être prudent ? (1)

 

 

Les données personnelles : c’est quoi au juste ? (1)

Nous entamons à présent une série d’articles afin de répondre aux questions des jeunes sur les données personnelles. Un grand merci à Léna (14 ans) et Maya (11 ans) qui ont participé à la réalisation de ces articles et de leurs illustrations.

Donnés personnelles

Une donnée à caractère personnelle, qu’est-ce que c’est ?

Une donnée personnelle est une information qui concerne une personne physique.

Les données personnelles peuvent être recueillies soit directement : nom, prénom, photographie du visage…  soit indirectement : numéro de téléphone, de sécurité sociale, adresse postale ou électronique…

Il est donc possible d’identifier une personne par une seule donnée ainsi que par le croisement de plusieurs données. Plus le nombre de données est important, plus le profil de l’internaute est précis et plus il a de la valeur.

Pourquoi les données personnelles sont-elles si importantes ?

Elles sont importantes parce qu’elles sont ensuite vendues à des entreprises qui vont les utiliser à des fins publicitaires.

Avec les médias que sont la presse, la radio, la télévision et même le cinéma, la publicité vise une masse indifférenciée de lecteurs, d’auditeurs, de  télé-spectateurs.

Avec Internet, la publicité est ciblée, c’est-à-dire qu’elle va s’adresser à une personne précise.

Quand tu surfes sur Internet ou que tu t’inscris sur un réseau social, tu donnes volontairement ou nom des informations sur toi. Le croisement de toutes ces informations va permettre d’établir un profil assez complet de toi (identité, goûts personnels, activités, magasins fréquentés, religion…), mais aussi de ton entourage, de image 1ton environnement.

Facebook, WhatsApp, Instagram, par exemple, recueillent donc un tas d’informations te concernant, ces informations sont croisées, analysées, puis revendues par paquets à des entreprises susceptibles d’être intéressées par ton profil.

C’est pourquoi la promesse de gratuité est un leurre Tu ne payes rien lorsque tu t’inscris sur un réseau social, en revanche il exploite à ton insu toutes les informations que tu fournis.

Si c’est gratuit c’est que c’est toi le produit !

Prochainement  :

Mais quand est-ce que je donne des informations personnelles ? (2)

Pourquoi dois-je faire attention ? Je n’ai rien à cacher moi ! (3)

Alors, je fais comment ? (4)

Une thèse de médecine sur l’exposition des enfants aux écrans et les troubles du langage

Manon Collet, jeune médecin, a réalisé sa thèse de médecine sur l’exposition des enfants aux écrans en rapport avec les troubles du langage, travail pour lequel elle a obtenu le prix de thèse de Médecine « Professeur Pierre Gineste » 2017. Cette étude a été publiée dans le Bulletin épidémiologique de Santé publique France en janvier 2020.

Manon Collet a bien voulu répondre à mes questions.

Photo M. ColletVous avez réalisé votre thèse de médecine concernant l’influence des écrans sur l’acquisition du langage, pourquoi avoir choisi ce sujet ?

Au cours de mon dernier stage d’interne de médecine générale effectué en cabinet de ville, j’ai été confrontée à l’accès aux écrans chez les enfants au sein même du bureau de consultation. Que ce soit un téléphone donné dans la poussette pour calmer l’enfant qui pleure, ou le jeune enfant ou adolescent les yeux rivés sur sa tablette ou smartphone alors même que la consultation le concernait. Ces nouveaux usages m’étaient inconnus et m’ont interpellée.

Une de mes maîtres de stage, qui était sensibilisée au sujet de la prévention des écrans m’a conseillée d’interroger systématiquement les enfants sur leur consommation d’écrans lorsque je les recevais pour des consultations de prévention comme lors des demandes de certificats sportifs. Ce thème des écrans et de leurs risques sur la santé n’avait jusqu’alors pas été abordé au cours de mes études. J’ai été très surprise du simple temps d’usage quotidien des écrans chez certains enfants.

Concernant ma pratique de médecin généraliste, j’ai trouvé intéressant d’aborder ce thème de la surexposition aux écrans par le prisme de son impact sur la santé des jeunes enfants et plus particulièrement sur le thème du langage. En effet le développement du langage est un des piliers du développement psychomoteur de l’enfant. Il s’agit d’un aspect très important à évaluer et à suivre en médecine générale.

Comment avez-vous procédé ?

Nous avons effectué une étude cas-témoin menée dans 24 communes d’Ille-et-Vilaine sur des enfants âgés de 3,5 à 6,5 ans. Entre juillet et octobre 2016, nous avons inclus dans l’étude 167 enfants cas qui étaient suivis par des orthophonistes pour des troubles primaires du langage. Cent neuf enfants témoins du même âge ont été recrutés chez des médecins généralistes d’une même ville ou pôle de santé, lorsqu’ils n’avaient pas besoin de suivi orthophonique.

Un questionnaire parental a été créé et distribué à ces 276 familles afin de collecter des informations sur l’enfant et ses habitudes de consommation d’écrans.

Les données ont ensuite été analysées par une statisticienne de l’hôpital de Pontchaillou à Rennes afin de rechercher des liens entre les différents types d’exposition aux écrans recueillis et les troubles primaires du langage.

Quels résultats avez-vous obtenus ?

Cette étude a montré qu’un enfant qui était exposé aux écrans le matin avant d’aller à l’école serait trois fois plus à risque de développer des troubles primaires du langage.

Un enfant qui ne discutait que rarement voire jamais du contenu visualisé sur les écrans avec ses parents serait lui deux fois plus à risque de développer des troubles primaires du langage.

Et nous avons montré un effet additionnel de ces risques, puisque lorsque l’enfant présentait ces deux facteurs combinés, le risque de développer des troubles primaires du langage était multiplié par six par rapport à un enfant qui n’était dans aucune de ces deux situations.

Quels conseils aimeriez-vous donner aux parents ?

Il est important d’apporter des conseils individualisés adaptés à l’âge et à la maturité de l’enfant, mais également aux connaissances et au ressenti des parents.

Mais d’une manière plus générale, j’aime beaucoup la règle des « 4 pas » proposée par la psychologue Sabine Duflo qui s’est inspirée des recommandations de l’académie américaine de pédiatrie. Car cette règle s’adapte à tous les membres de la famille et donc à tous les instants de vie. Elle est la suivante :

  • Pas d’écran le matin. Car l’écran va épuiser l’attention de l’enfant dès le matin, or il en aura besoin pour tous les apprentissages du reste de sa journée.
  • Pas d’écran pendant les repas. Car c’est un moment important à partager en famille. De plus si le cerveau est occupé par l’écran il ne se concentre plus sur son assiette et le sentiment de satiété sera retardé.
  • Pas d’écran avant de s’endormir. Car l’écran va stimuler le cerveau qui a pourtant besoin de redescendre en température et en excitation pour induire un sommeil réparateur.
  • Pas d’écran dans la chambre de l’enfant. Car cela échappe au contrôle parental que ce soit en terme de durée passée devant l’écran, que du contenu visualisé et du risque d’empiéter sur le sommeil.

Je rappelle également d’éviter l’accès aux écrans ou même la télévision allumée en bruit de fond avant 3 ans. Cette recommandation française est souvent connue des parents mais il est important qu’ils en comprennent la raison. Le jeune enfant a besoin de l’intéraction avec son entourage pour se développer, chose qu’un écran ne pourra jamais lui apporter.

Mais globalement il ne faut surtout pas oublier l’importance pour les parents de définir un cadre et des règles autour de l’usage des écrans, que ce soit en terme d’accès, de durée, de contenu. L’usage de l’écran, en dehors de certaines périodes de la journée à éviter, doit être vu comme une activité à part entière, qui ne prend pas la place d’autres activités, qui ne doit pas être là pour combler du vide, mais plutôt un moment de partage d’expérience en discutant du contenu visualisé avec son enfant.

À votre avis, quel pourrait être le rôle du médecin généraliste dans la prévention des conséquences sanitaires d’un mésusage des écrans chez les enfants et les adolescents ?

Les conséquences du mésusage des écrans sur la santé des enfants sont bien connus et ne sont plus à démontrer.  Le médecin généraliste, de part la relation de confiance qu’il noue avec ses patients a un rôle très important dans cette prévention. Il est en première ligne pour transmettre les informations aux jeunes parents, puisque la plupart du temps il a l’avantage de suivre le couple parfois avant le désir de grossesse, puis pendant toute la grossesse et lors du suivi régulier de l’enfant.

Des études ont montré que les habitudes de consommation d’écrans des parents influaient sur la consommation d’écrans de leurs enfants. Il est donc important d’initier cette prévention aux mésusages des écrans avant même la naissance du bébé pour inciter à adapter son mode de vie à la venue de l’enfant. De plus les consultations de suivi des premiers mois de vie sont des moments où beaucoup d’informations nouvelles sont données aux parents. L’information à l’écran à ce moment devrait être un message de rappel car s’il s’agit d’une information nouvelle, elle sera plus difficile à retenir.

L’information doit donc être régulièrement apportée aux familles, depuis le pré-conceptionnel jusqu’à l’adolescence et donc adaptée aux besoins et à l’âge de l’enfant, mais également de manière individuelle au vécu et aux attentes de la famille.

Écrans et déconfinement ?

Le trop plein d’écrans est une réalité que nous connaissons bien, je l’évoque dans mon dernier ouvrage « Grandir avec les écrans ? Ce qu’en pensent les professionnels de l’enfance » éditions érès.

En période de confinement la consommation d’écrans s’est accentuée : les usages scolaires se sont ajoutés aux usages distractifs, ces derniers étant eux-mêmes plus nombreux qu’en temps normal.

Comment retrouver une utilisation intelligente et contrôlée des écrans dans l’univers familial après cette longue période de confinement ? C’est ce dont il est question dans l’article de Ouest-France de ce jour : « Déconfinement : l’occasion d’un retour à la normal de l’usage des écrans »

Parents, jeunes enfants et confinement : une enquête en ligne

Quel est le vécu des enfants de moins de 6 ans et de leurs parents pendant cette longue période de confinement ? Le Groupement d’Intérêt Scientifique BECO-UFTMiP « Bébé, petite Enfance en COntextes » veut tenter de répondre à cette question importante en réalisant une large enquête à laquelle les parents concernés sont invités à participer.

« Il nous a semblé important d’étudier ce que les parents ayant de jeunes enfants de moins de 6 ans vivent, ressentent, mobilisent, pour eux-mêmes et leurs enfants, durant cette période de confinement inédite. Il s’agit ainsi de documenter les impacts favorables ou moins favorables de cette crise sanitaire liée au COVID-19. »

Le numérique : la réponse à tout, pour tous ?

À l’heure du confinement, la tentation est grande de voir dans le numérique la solution aux problèmes ainsi qu’aux questions qui se posent (voire même à celles qui ne se posent pas !). Ce texte est porté par le Comité Enfants et Écrans et soutenu par plusieurs associations. N’hésitez pas à partager !

Gardons-nous du tout numérique, stopcovid l’appli de trop !

Dans la crise que nous traversons, si les enjeux sanitaires, sociaux et économiques sont à l’épicentre, les outils numériques sont souvent en première ligne et nous mettent en contradiction sur plusieurs points. L’ampleur des usages numériques ne peut occulter les limites de ces outils.

Les outils numériques accroissent les inégalités sociales et ne peuvent remplacer l’école

La fermeture des écoles et des lieux de formation a vu la mise en place de dispositifs d’apprentissage en ligne, via internet, pour permettre une continuité scolaire et éducative, l’école à la maison ou la formation à distance. Certains s’en sont emparés avec enthousiasme, en appui sur des discours technophiles, relayés par des plateformes commerciales très intéressées financièrement. Mais la réalité a mis aussi en lumière les limites de l’immédiateté du « tout numérique ». La machine ne peut remplacer les interactions sociales. Les contenus en ligne doivent être pensés dans des scénarios pédagogiques intégrant de la coopération, de l’alternance de situations cognitives différentes. Les inégalités sociales face à l’information et aux connaissances ont explosé : inégalités d’équipement ou d’accès au réseau, mais aussi différences dans la disponibilité et la capacité des parents à accompagner leurs enfants, du fait de leurs propres conceptions des activités scolaires et des activités numériques.

Le nécessaire soutien à l’audiovisuel public et à l’information journalistique indépendante

Les plateformes numériques sont de précieux moyens de rester en relation, de se parler, de se voir, d’échanger images et vidéos, de donner l’illusion d’être ensemble. Elles constituent, du fait du confinement de la population, une alternative à l’absence d’interactions physiques. Mais pendant cette période de confinement de la moitié de l’humanité, les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft) et autres NATU (Netflix, Airbnb, Tesla et Uber) continuent de monétiser nos usages et nos données, en y trouvant une manne de profits toujours plus élevés. Ils renforcent leur collecte de données et leur situation de monopole, secteur d’activité par secteur d’activité, sans contribuer de façon juste aux budgets des Etats. En outre Google et Facebook en particulier, via leurs médias sociaux propriétaires (YouTube, Instagram, WhatsApp…) renforcent leur position dans l’accès à l’information, à sa production et à

sa circulation. Il est plus que jamais nécessaire de soutenir l’audiovisuel public et la production d’une information indépendante et éditorialisée. France télévisions a bien compris l’intérêt de renforcer l’offre éducative en ces temps de mise en difficulté du service public de l’éducation.

L’appli Covid : une menace pour les libertés fondamentales

Pour résoudre la crise sanitaire et relancer l’économie le plus rapidement possible, le gouvernement propose une application mobile, Applicovid, destinée à tracer les citoyens grâce aux « suivis de contacts », assurant le pistage des personnes susceptibles d’être contaminées. Le numérique nous aiderait ainsi, à sortir du confinement en améliorant la sécurité sanitaire. Cette application disposerait de toutes les données des usagers et de leurs contacts et nous pouvons être inquiets des usages qui pourraient en être faits au détriment des libertés constitutionnelles.

Conscients de la contradiction et des risques de cette proposition, ses défenseurs mettent en avant les garde-fous technologiques et juridiques qu’il faudrait lui apporter, en matière de protection de la vie privée, de consentement volontaire, de transparence du code informatique des algorithmes supports et de limitation temporelle du recueil des données en jeu, particulièrement sensibles.

De nombreuses questions restent cependant en suspens. Les enfants et les mineurs seraient-ils concernés par un tel dispositif ? N’ouvre-t-on pas la porte à l’obligation de ne se déplacer qu’avec son smartphone, obligation qui serait une atteinte fondamentale à nos libertés ?

Une vigilance et une réflexion critique vis-à-vis de nos usages du numérique, conformément aux acquis de l’éducation critique aux médias et à l’information, s’imposent d’urgence !

Nous demandons de surseoir immédiatement à la mise en place de cette application….

– Parce que son efficacité est loin d’être prouvée (risque d’un seuil d’utilisation trop faible, nombres d’incertitudes techniques et logicielles, contre effets face aux mesures de protection…).

– Parce qu’elle pose des questions de libertés individuelles et collectives et qu’elle s’inscrit dans une approche purement sécuritaire.

– Parce que le libre choix sera une illusion face à la pression sociale et la capacité des industries à la vendre, voire à l’imposer.

– Parce qu’il ne faut pas qu’une telle incitation encourage la précocité de l’équipement des enfants.

– Parce qu’il faut plutôt renforcer, en y consacrant prioritairement les moyens financiers et industriels, les tests de dépistages, l’accès aux masques et autres supports physiques de protection.

Cette vision de la sécurité favorise l’émergence d’une « société du contrôle » au détriment du développement d’une solidarité authentique. Elle risque d’entraîner la suspicion, le rejet de l’autre, la discrimination. Acteurs du monde de l’éducation, de la recherche, des sciences humaines et des sciences sociales, nous souhaitons lui opposer une approche qui privilégie résolument l’intégrité de l’information, la responsabilité individuelle et collective, fondements d’une société de la confiance et du partage.

Aujourd’hui en pleine crise, demain pour en sortir et après-demain pour refonder un futur durable, l’éducation à la solidarité active, la formation à la pensée critique des enfants et des jeunes, de tous les citoyens et toutes les citoyennes, sont et seront les piliers de notre manière de « faire société » et de notre démocratie. C’est dans le creuset de ces valeurs, que nous devons construire des réponses. La technologie y a toute sa place si elle est maîtrisée et au service de nos droits fondamentaux.

Le 22 avril 2020

A l’initiative du Comité Enfants et Écrans

Le Comité enfants et écrans rassemble des chercheurs, des enseignants, des militants associatifs de l’éducation aux médias et à l’information, des professionnels de l’enfance, des pédopsychiatres, préoccupés de construire une relation critique et réflexive aux écrans médiatiques.

Claude ALLARD, pédopsychiatre, Les désarrois de l’enfant numérique, Paris, Hermann, 2019.

Elisabeth BATON-HERVE, docteure en sciences de l’information et de la communication, Consultante et formatrice Parents, enfants et médias, Grandir avec les écrans ? Ce qu’en disent les professionnels de l’enfance, Toulouse, Erès, 2020.

Laurence CORROY, MCF HDR Université Paris 3, laboratoire CERLIS, Education et médias : la créativité à l’ère du numérique, ISTE ed., 2016.

Valérie-Inès DE LA VILLE Pr. Université de Poitiers, Directrice du Centre euro-péen des produits de l’enfant.

Eric FAVEY, Vice-Président du Collectif Enjeux e-média, ancien Président de la Ligue de l’Enseignement.

Christian GAUTELLIER, Directeur national des Ceméa en charge des pôles Culture et Médias, directeur du festival international du film d’éducation, Président du

Collectif Enjeux e-médias.

Sophie JEHEL, MCF Université Paris 8, Laboratoire CEMTI, en codirection avec Alexandra Saemmer, Education critique aux médias et à l’information, presses de l’ENSSIB 2020.

Christine MENZAGHI, co-responsable de nombreux projets d’éducation aux mé-dias et à l’information, secrétaire générale du Collectif Enjeux e-médias.

Philippe MEIRIEU, Professeur émérite en sciences de l’éducation à l’université Lumière-Lyon 2

Alexandra SAEMMER, Pr, Université Paris 8, Laboratoire CEMTI, Rhétorique du texte numérique. Figures de la lecture, anticipation d’e-pratique, Presses de l’ENSSIB, 2015.

Avec le soutien des Ceméa, du Collectif Enjeux e-médias, de la FCPE, de la FESPI (Fédération des établissements scolaires publics innovants), de l’ICEM et de l’association ALERTE écrans.

Les adolescents face aux images violentes, sexuelles ou haineuses sur internet (2)

Ainsi que mentionné dans l’article précédent, l’ouvrage collectif « Les adolescents face aux images trash sur internet »[1] présente une approche interdisciplinaire. Ce deuxième volet s’intéresse plus particulièrement aux résonances psychiques et émotionnelles que les images violentes, sexuelles ou haineuses peuvent avoir chez le sujet adolescent.[2]

Plusieurs questions se posent en effet. Qu’est-ce qu’une image qui choque ? De quelle manière l’adolescent appréhende-t-il ce type d’images ? Il est, par ailleurs, tout à fait à propos de s’interroger sur les raisons qui poussent les adolescents à regarder ces images sans se protéger, et à les partager.

G. Willo Toke rappelle que les images trash touchent « l’ensemble des adolescents, sans distinction de leur milieu d’origine »[3]. Or, les modérations annoncées par les plateformes présentent tant de failles et de biais qu’elles sont largement insuffisantes à prévenir le surgissement d’images devenues impossibles à maîtriser par celui qui y est exposé. « L’afflux d’images, explique A. Gozlan, est tel que les mots qui la qualifient et qui, alors, peuvent lui donner un sens ne suivent plus, comme si la pensée était dépassée par la vitesse numérique, ou […] par la puissance du virtuel ».[4]

Une image peut être choquante pour l’un et ne pas l’être pour l’autre. L’histoire de vie, l’environnement social et culturel, l’existence ou non d’une médiation parentale, ont une influence certaine sur l’appréhension de ce genre d’images. Il n’en demeure pas moins que les modalités psychiques du choc opèrent sans doute de manière assez similaire d’un sujet à l’autre.  Face à une image choquante, l’adolescent est en proie à un état de sidération. Une sidération qui serait due à « un excès du perceptif, à une saturation du visuel ».[5] Ce serait plus particulièrement le cas des images éloignées de toute fictionnalisation et plus proches du réel dans ce qu’il a d’horrifiant (images de décapitation, de mort, de viol, en direct, etc.). Ces images-là provoqueraient une sorte d’aveuglement parce qu’elles obturent le discernement et figent tout exercice potentiel de la pensée. Elles aboutiraient ainsi à un « anéantissement du sentiment de soi ».[6]

Mais alors, qu’est-ce qui pousse les adolescents à regarder ces images, à les rechercher même ? Ces plateformes numériques fréquentées par les adolescents sont des lieux où « on ne peut manquer son rendez-vous avec le pulsionnel » explique G. Willo Toke. Sachant que les réseaux sociaux numériques mettent tout en œuvre de leur côté pour « séduire » leurs clients adolescents.

Les échanges que les adolescents ont eus avec le psychologue mettent en avant un besoin d’information, dans le sens où l’envie de « savoir » recouvrirait dans le même temps le désir de « voir ça ». Ce qui est nommé « information » par l’adolescent semble être ce qui est censé le rapprocher du « vrai ». Mais, comme le souligne l’auteur de cette contribution, ce vrai-là échappe au langage.

Il apparait également que la recherche de contenus morbides peut s’interpréter comme une « tentative de résilience ». C’est-à-dire que l’adolescent essaierait de se donner « les moyens de lier les angoisses de chute, d’abandon et de mort »[7] à la façon des contes pour enfants qui ont une certaine capacité à symboliser et à contenir les angoisses existentielles. Toutefois les images violentes, sexuelles ou haineuses n’ont pas le pouvoir de symbolisation des histoires contées, elles font au contraire barrage à tout travail d’élaboration.

Si les jeunes confrontés aux images trash sont sujets à un état de sidération, cela ne conduit pas à une névrose traumatique prévient G. Willo Toke. En revanche sa réflexion le conduit à inviter le législateur à intervenir plus fermement auprès des grandes firmes à l’origine des réseaux sociaux afin qu’elles adoptent des comportements plus responsables. Dans le même temps, ce sont aussi les programmes éducatifs de prévention qui devraient être déployés plus massivement auprès des jeunes. Car on l’aura bien compris, l’image peut désorganiser, renforcer les fragilités propres à l’adolescence et les vulnérabilités individuelles si elle échoue à convoquer le langage. L’éducation assure cette reprise en main par le langage.


[1] JEHEL. S., GOZLAN. A., (dir.), Les adolescents face aux images trash sur internet, éditions In Press,2019.https://www.inpress.fr/livre/les-adolescents-face-aux-images-trash-sur-internet/

[2] Sont retenues ici les contributions d’Angélique Gozlan, psychologue clinicienne et psychanalyste, et de Geoffroy Willo Toke, également psychologue clinicien et docteur en psychopathologie.

[3] G. WILLO TOKE, p. 110

[4] A. GOZLAN, p. 95

[5] A. GOZLAN, p. 99

[6] Ibid, p. 100

[7] G. Willo Toke, p. 119.