Numérique et environnement

Voici une autre bonne raison de limiter le temps d’écrans !

Ce temps de confinement nous incite peut-être à avoir davantage recours aux écrans. Néanmoins, des enfants et des adolescents nous ont montré que les idées ne manquent pas pour s’en détourner.

Mais lorsque les écrans sont nécessaires à certaines activités (travail scolaire, télétravail) et lorsqu’ils nous permettent de prendre des nouvelles les uns des autres, il existe mille et une manières d’en faire un usage raisonné afin d’éviter un trop grand impact sur l’environnement.

Attention ! Ne nous laissons pas prendre au piège des nombreuses suggestions de Youtube qui font suite à cette vidéo !

A Tivaouane (Sénégal) on s’interroge sur les impacts des écrans

Un séjour récent au Sénégal m’a permis de nouvelles rencontres et échanges autour de la question des écrans dans le quotidien des enfants et de leur famille. Moussa Diop, coordinateur d’une association socioculturelle avec un collectif de femmes organisées autour d’activités d’auto-développement, m’a invitée à partager avec eux le fruit de mes recherches et de mon expérience de formatrice dans ce domaine. En effet, au Sénégal, comme dans d’autres pays du continent africain, les écrans numériques se propagent à vitesse grand V, sans préparation, sans réflexion préalable, sans connaissance des différents enjeux de tous ordres qui traversent ces nouvelles technologies. « Il y a une banalisation qui est telle qu’aucune alerte ni inquiétude ne sont exprimées par les parents. Cette problématique ne fait pas encore l’objet d’une prise en charge sérieuse faute de spécialiste », m’écrivait-il avant ma venue.

Voici le témoignage qu’il nous livre suite à nos rencontres.

 

Vaincre la furie des écrans

 

Le monde se numérise chaque jour davantage. Les  images distillées  à travers les écrans multiformes présentent indistinctement aux différents publics des messages aux contenus dangereux, attentatoires au développement harmonieux de nos enfants et à notre vivre ensemble. De la tablette à l’ordinateur, en oubliant  la télévision, le téléphone portable et d’autres,  nous vivons un environnement numérique nouveau porteur de gros risques et de dangers. La dictature des écrans met presque tout le monde au pas. À travers des messages subliminaux aux contenus pas toujours neutres, les médias nous entrainent dans une spirale aliénante. Les bienfaits de la technologie numérique appliquée à tous les domaines de la vie ont certes contribué à faire faire à l’humanité de grands bonds en avant et ouvrent des perspectives salutaires. Ce qui ne doit pas nous obnubiler au point d’être des consommateurs zélés et  captifs des offres des écrans. Combien sont-ils ceux qui sont victimes des écrans ?

En tous les cas il est constant au regard de notre quotidien que les écrans ont beaucoup d’influences sur les comportements individuels et collectifs et constituent un problème de santé publique. Au Sénégal, journellement, une image d’Épinal inquiétante capte l’attention de tout observateur : des enfants, jeunes et adultes qui marchent dans les rues, les écouteurs reliés à un téléphone portable, bien vissés dans les oreilles, les yeux rivés sur l’écran jetant parfois des regards furtifs autour d’eux. Ils croisent des personnes sans les voir, traversent la rue la tête ailleurs s’exposant à des accidents de la circulation. Certains encore, ne se faisant aucun souci, confortablement assis au volant de leur voiture équipée d’un écran, conduisent en consommant des  images au péril de leur vie et de celle des autres. La part  des écrans dans les accidents de la route n’est pas encore établie, cependant elle constitue une piste de recherche à explorer. Le tout numérique porte à conséquence, la victimologie par rapport aux écrans.nous révélera, sans doute, dans leurs justes dimensions, les conséquences désastreuses des écrans sur le mental, le comportemental, la morbidité et la mortalité.

Loin de nous toute idée noire gratuite sur les écrans. Il ne s’agit pas d’être technophobe ni de procéder à un procès d’intention, mais nous devons exercer notre droit de ne pas nous laisser surprendre et dépasser par de nouveaux fléaux résultant des écrans. C’est là où réside tout l’intérêt de l’excellent travail que mène  Élisabeth BATON-HERVE sur les écrans. Elle a mis à profit son séjour au Sénégal, pour animer à Tivaouane, une ville située dans la région de Thiès, au profit des élèves des collèges, des enseignants et des parents une conférence et un atelier de formation sur les dangers des écrans. Ce fut deux moments forts durant lesquels elle a permis aux participants de renouveler leurs regards sur les écrans, d’avoir une posture critique et cerner les menaces induites auxquelles ils n’ont jamais fait attention. L’adage nous dit que « le pire ennemi c’est celui avec qui on vit et qu’on n’a jamais pris comme tel ». Or les écrans font partie de notre environnement. Élisabeth a délivré un message fort en nous entrainant dans les dédales labyrinthiques des écrans pour nous instruire sur les subtilités des contenus. Elle nous a livré les clefs pour lire et comprendre les messages subliminaux, leurs finalités manipulatrices implicites ou explicites.

Dans une démarche pédagogique participative, elle a mis en mouvement l’assistance amenant les uns et les autres à faire des témoignages. « Chez moi j’ai installé un WIFI pour faciliter la connexion. Je constate avec amertume que depuis lors il n’ y a plus d’échanges entre les membres de  la famille. Chacun vit dans son petit coin complètement concentré sur son smarthphone. Nous sommes dans la même maison, mais on n’est plus ensemble ». Selon M. K, inspecteur de l’enseignement.

« Mon neveu s’est rebellé contre sa mère en détruisant certains mobiliers de la maison pour manifester sa colère parce que ses parents lui ont retiré sa tablette à cause de la baisse de ses notes à l’école » témoigne B.D. surveillant général dans un collège.

Les écrans, qu’on le veuille ou non, bousculent les parents et, à terme, risquent de les disqualifier dans leur rôle de protecteurs de leurs enfants. Ils portent ainsi un sacré coup à la parentalité si on n’y prend pas garde. Les parents sont interpellés et doivent refuser d’abdiquer  face à la poussée envahissante des écrans. Ils ne doivent pas perdre leur autorité parentale  et ont un droit fondamental d’exercer un contrôle sur les contenus pour préserver l’intégrité physique, morale et mentale de leur progéniture. Les parents sont appelés, comme le souligne, avec pertinence Élisabeth BATON-HERVE à exercer leur jugement sur les contenus à travers un filtre réceptif pour prévenir le pire.

Les pièges de la captologie et les risques d’addiction aux écrans constituent de nouvelles pathologies qui ne sont pas encore prises en compte pour sauvegarder le bien-être somatique, mental et social des populations.

Les véritables enjeux, dans un contexte où la dictature des écrans écrase et menace la quiétude des populations, c’est de travailler à  « construire un monde numérique  humanisé » pour reprendre la conclusion d’Élisabeth à la conférence devant des participants engagés. Ce qui passe nécessairement par des initiatives hardies qui positionnent une recherche-action sur les écrans à travers des coalitions fortes. La mise en réseau des porteurs d’enjeux face à la furie des écrans est une exigence qui mobilise l’énergie de tous et de chacun.

Moussa Diop

 Tivaouane, Sénégal

Formations : animer des rencontres de parents autour des écrans

Trois sessions de formation de deux jours, organisées dans le cadre d’un partenariat UDAF-CAF 26, se sont déroulées du 4 au 12 décembre 2017 à Montélimar, Valence et Romans-sur-Isère. L’objectif était d’apporter aux participants une réflexion théorique, des outils et des référence, de manière à ce qu’ils soient en mesure d’accompagner les parents dans leur rôle éducatif vis-à-vis des enfants par rapport aux écrans.

Au cours du tour de table de début de formation, les participants ont été invités à se présenter et à exprimer leurs besoins. Beaucoup d’entre eux ont souligné le désarroi des parents face aux écrans et leurs difficultés à instaurer des limites dans leur utilisation. L’aspiration des uns et des autres à être mieux formés et à recevoir des outils était très perceptible.

Le tour de table de fin de formation pour chacun des groupes s’est révélé très positif. Les participants ont beaucoup apprécié les échanges très nombreux « j’ai apprécié le groupe, les échanges ». Ils ont été intéressés par la formation « très construite », pour la richesse de son contenu, pour les références transmises, pour les supports utilisés. Certaines personnes émettent le désir de mise en place d’une troisième journée pour travailler sur des outils pédagogiques ou pour renforcer les acquis de cette formation. Dans l’ensemble ils se sentent plus outillés pour intervenir auprès des parents « Je devrais pouvoir animer des rencontres » avance une participante. Des idées d’animation ou d’activités ont émergé : spectacles, ateliers dans des collèges, passer par des ateliers manuels pour pouvoir accrocher les familles, toucher la famille élargie (tontons, tatas, grands-parents), mettre cela dans un projet à plus long terme, les temps ponctuels ne sont pas suffisants.

Quelques réflexions :

« Très intéressant, ça a changé mon regard… »

« Beaucoup aimé les échanges… passer par l’historique, le décryptage des images. Je ne verrai plus les images de la même façon ».

« Beaucoup apprécié ces deux journées, envie d’aller plus loin »

« J’avais déjà fait une formation, c’est très complémentaire, celle-ci beaucoup plus en profondeur »

« J’ai appris plein de choses, riche pour travailler en individuel avec les jeunes et pour transmettre de manière collective »

« Ai apprécié l’usage des supports visuels pour déconstruire »

« Ça confirme le besoin de partage »

«  Vous donnez des pistes, mais chacun doit trouver les bons supports »

« Beaucoup de références, surprise d’être aussi à côté de la plaque, les soirées-débats ça ne suffit pas »

« Pas mal d’outils, faut que ça chemine »

Cette formation arrivait à point nommé dans une démarche de professionnels confrontés à la question des écrans et désireux d’intervenir de manière constructive auprès des parents. Les besoins d’échanges et d’acquisition de compétences dans ce domaine sont massifs.

Espace "Atelier de décryptage"

Centre social Maurepas

Un centre social de Rennes innove. Il propose aux habitants, des ateliers de décryptage des images audiovisuelles et des contenus numériques.

Cet atelier a pour mission de réfléchir à l’univers des écrans fréquentés par les enfants. Ensemble nous apprenons à analyser les contenus médiatiques à travers des études de cas.

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Élise, Michèle, Thibault, Vone, Laetitia, Hélène et Émilie vous proposent la première analyse qu’ils ont réalisée.

 

DES ÉCRANS ATTACHES AUX ENFANTS !

Proposition d’analyse de deux spots publicitaires pour la marque Vtech

Depuis plusieurs années déjà les médias s’adressent aux enfants. Des supports audiovisuels apparaissent à présent qui leur sont spécifiquement destinés (tablettes, consoles, téléviseurs avec un design enfant, etc.). Or, il semblerait que face à la remise en question de cette omniprésence de l’écran dans la vie de nos enfants, les fabricants aient trouvé une réponse par la création de nouveaux produits savamment mis en publicité.

À travers une analyse de deux spots publicitaires de la marque VTech, l’un pour une montre, l’autre ventant les fonctions d’un portable pour enfants, nous verrons quels sont les arguments explicites et implicites employés dans le but de contrecarrer une éventuelle mise en doute du bénéfice de ces produits. Dans un second temps, nous nous attacherons à étudier les formes du discours publicitaire lorsqu’il s’adresse à un jeune public de consommateurs ayant un pouvoir persuasif sur l’acte d’achat au sein du foyer.  Cette réflexion nous mènera enfin à employer la métaphore du cheval de Troie face au constat d’une invasion des écrans dans l’espace de vie des enfants déguisés en cadeau ludo-éducatif apparemment exempt de toute nocivité[1].

I] Une stratégie d’anticipation par un renversement  de la réalité

Les concepteurs de publicités se seraient-ils approprié l’adage : « La meilleure défense c’est l’attaque » ?  Au regard de ces deux spots, il semblerait que tel est le cas. En visualisant cette publicité  avec attention, nous constatons qu’elle est bâtie sur une anticipation des critiques couramment émises quant à l’usage de ces objets par les enfants.

En effet, quels torts, voire préjudices les parents et professionnels (pédopsychiatres, professionnels de la petite enfance, orthophonistes, etc.) imputent-ils habituellement aux écrans ?

  • La passivité, le défaut, voire l’absence d’activité physique, ainsi que l’enfermement, sont sans doute les premiers  effets que l’on peut constater chez les jeunes ayant un usage excessif des écrans.

Or, le  cadre dans lequel sont  tournés ces  spots n’est bien entendu pas le fruit du hasard, il est la représentation inverse du phénomène décrié. Il s’agit d’une scène d’extérieur lors d’une journée ensoleillée avec en toile de fond un ciel bleu et un paysage verdoyant. Des enfants courent, grimpent, escaladent des jeux, font la course, sautent de joie et sont assurément débordants de vitalité.

Dans la publicité pour le portable le premier plan présente quatre enfants symétriquement alignés : un garçon, une fille, un garçon une fille. Leurs vêtements rappellent les codes couleur du produit, une façon visuelle de représenter  l’harmonie, l’équilibre et le bien-être.

  • Le repli sur soi et une communication familiale parasitée

La publicité pour les enfants met en scène un groupe d’enfants assis en cercle, se lançant des regards complices. La stratégie de communication vise à insister sur l’épanouissement social des enfants.

  • Un déficit dans les apprentissages

La tablette DIGICO est présentée comme une console  ludo-éducative. De plus, sur la page Internet de la marque Vtech les produits sont dits éducatifs : des jeux et jouets mixant subtilement l’éducatif et le fun, fondés sur le leitmotiv « Apprendre en s’amusant »  et surtout s’adressant aux parents soucieux du développement et de l’éveil de leur enfant.

  • Des problèmes de sécurité quant à l’accès à Interne

L’absence de sécurité et de fiabilité est un des reproches imputés aux objets connectés. Ce problème est ici totalement éludé : « Le plus SMART des portables ! Pas besoin d’abonnement, votre enfant échange – en wifi – des messages écrits ou vocaux, des photos, des dessins avec sa famille ou ses amis, et ceci de façon 100% sécurisée. »

II] Le message publicitaire : un dialogue entre pairs

Les publicités analysées s’adressent aux enfants à travers un vocabulaire qui leur est propre. Notons tout d’abord la voix off qui est celle d’un enfant ainsi que l’interpellation : « Eh, les copains, v’nez voir ! On prend des photos trop drôles et des vidéos trop cool. Et surtout on peut s’envoyer des messages. Plus besoin du portable des parents. On joue avec nos jeux, on écoute, notre musique, on regarde nos films. Super ! C’est trop stylé.  Avec Digigo on fait comme les grands » . « Quidizoom, mains en l’air, montre c’que tu sais faire : Qu’est-ce qu’on fait ? KIDIZOOMER ! ».

L’absence d’adulte, parents et autres enseignants est éloquente, ils n’ont pas de place ici. Ils sont devenus inutiles dans la transmission des savoirs ludiques et éducatifs. Le seul cadre (encadrement) est celui de l’écran et de ce que la source émettrice y véhicule.

III] Le cheval de Troie

Comment introduire des écrans sans en avoir l’air, sous prétexte d’éveiller les enfants et  de stimuler leurs apprentissages ? Les annonceurs et leurs intermédiaires ont compris qu’en métamorphosant un objet traditionnel[2], en l’occurrence la montre accrochée au poignet, l’enfant n’aura plus à se déconnecter. L’écran numérique est désormais greffé au corps, sous l’apparence d’une montre, véritable couteau suisse technologique, attaché au poignet ! Un objet dont la fonction initiale, donner l’heure, est reléguée à un simple accessoire, supplanté par d’autres fonctions plus attractives : «  pour faire des photos, des jeux, un film et… l’heure ».

Conclusion

En apparence, l’annonceur est parvenu à faire tomber les arguments qui militent en faveur d’un éloignement des écrans. Il faut espérer cependant que le consommateur averti ne tombera pas dans le piège. Que suppose en effet la possession par l’enfant d’une montre-écran ? Qu’en sera-t-il alors des devoirs, de la déconnexion pendant les repas, de la lecture ou d’autres activités créatrices ? Par ailleurs, rappelons qu’une image se laisse deviner à travers ce qu’elle dit et ce qu’elle montre, mais également à travers ce qu’elle tait. Qu’en est-il par exemple de l’exposition des enfants aux ondes électromagnétiques ? Que représente le coût de tels objets pour les familles ?

La publicité vise à séduire et à encourager le consommateur à l’acte d’achat. Son discours persuasif et son but mercantile nécessitent, de la part du consommateur, d’être en mesure d’exercer son discernement et son libre arbitre. C’est pourquoi l’apprentissage de la lecture des images est tout à fait  fondamental.

 

[1] Montre pour enfant : Kidizoom Smartwatch DX de Vtech

https://www.youtube.com/watch?v=V0OWyBKBzXY

Portable pour enfant : DigiGo de VTech

https://www.youtube.com/watch?v=REzuSVqgzLo

[2] L’aspect jeu traditionnel est d’ailleurs subrepticement  renforcé par la présence de bulle, balançoires, vélos…

 

Penser l’éducation aux médias et à l’information

Les outils numériques et leurs dispositifs se déploient dans toutes les sphères de la vie quotidienne : famille, entreprise, école… Mais qu’en est-il de l’éducation aux médias et à l’information ?  Quelles politiques ? Quels enjeux ? Quelles réalisations concrètes ? Quel avenir ?

Voici deux temps forts auxquels sont invités aussi bien les chercheurs que les formateurs, éducateurs et acteurs de la société civile intéressés par l’éducation dans un contexte numérique.

Séminaire : Pour une éducation critique aux médias en contexte numérique, deuxième saison : « Pré-Figurations / Contre-figurations »

Le champ de l’enseignement primaire et secondaire a été fortement marqué en cette rentrée 2016 par une réforme des curricula, très contestée par certains acteurs sur le terrain, et qui prévoit entre autres une place encore plus forte pour les dispositifs et outils numériques dans la pratique pédagogique. Dans l’enseignement supérieur également, les initiatives pédagogiques reposant sur une mobilisation du numérique – par exemple la mise en place de MOOC – se trouvent favorisées par des appels d’offres, encadrées par des discours d’accompagnement officiels investissant ces dispositifs et outils d’un grand nombre d’espoirs.Lire la suite

Nov./Dec. 2016 — Séminaire doctoral animé par Alexandra Saemmer et Sophie Jehel, Université Paris 8, CEMTI, dans le cadre de l’ED Sciences Sociales (ED 401).

 

Colloque : Les littératies du XXIe siècle sens dessus-dessous : périmètres, interactions, territoire

Dès ses débuts, en mars 2013, le projet TRANSLIT financé par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) s’est donné deux objectifs :

1/  évaluer la notion d’information dans la culture numérique à travers l’observation de situations spécifiques où apparaissent les dispositifs qui la gèrent, les compétences multiples qu’elle sollicite et les usages attendus et inattendus qu’elle génère ;

2/ repérer comment ces dispositifs, compétences et usages permettent de définir le périmètre d’une translittératie en émergence, au carrefour des sciences de la communication, de l’info-documentation et de l’informatique. Voir plus

7 et 8 novembre 2016 – Cité des Sciences/Carrefour numérique

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« Seuls à la maison », une émission à décrypter (1)


La famille au cœur de la consommation

Décidément, quand il s’agit de faire du chiffre les chaînes ne reculent devant rien. Qu’elles appartiennent au réseau de télédiffusion privé ou à celui du service public, les mêmes logiques économiques prédominent. « TF1 fait de la télé-réalité uniquement pour faire de l’audience » affirmait clairement Édouard Boccon-Gibod » alors secrétaire général de l’antenne à TF1.[1] C’est bien la raison d’être de toute émission de télé-réalité. « Seuls à la maison » diffusée sur la chaine publique France 4  n’échappe pas à cet impératif.

La mise en scène d’enfants avec leur famille n’est pas nouvelle. Souvenons-nous de « On a échangé nos mamans » et de la très célèbre « Super Nanny » en passant par « Tahiti Quest ». Il est vrai que la cellule familiale est au cœur de la consommation. Dans « seuls à la maison » comme dans bien des programmes similaires, les marques ont tout loisir de se rappeler aux bons souvenirs des téléspectateurs en paradant naturellement tout au long de l’émission. L’exposition télévisuelle des familles avec leurs grands et petits bonheurs, leurs  plus ou moins gros tracas, assure sans aucun doute la dose d’émotions dont l’audience a besoin pour rester accrochée à l’écran.

Mais de toute évidence la télé-réalité ne se limite pas aux partenariats, aux placements de produits divers ainsi qu’aux produits dérivés en tous genres auxquels elle donne lieu. Ce style de programme favorise la diffusion de messages plus teintés idéologiquement qu’il n’y parait. Une certaine conception du rapport au monde et à l’environnement, des relations humaines et sociales, de la manière de se comporter y est promue aux dépens d’autres volontairement écartées.

L’émission « seuls à la maison » est traversée par un discours que nous pourrions résumer ainsi : « Les parents surprotègent leurs enfants. Ils ne les voient pas grandir. Il faut au contraire leur faire confiance. Ils sont capables de se débrouiller seuls. » À quel dessein peuvent bien répondre de telles assertions ? Quels risques peuvent-elles représenter si elles ne sont pas accompagnées d’une réflexion plus complète et plus approfondie sur l’éducation des enfants, sur les relations parents-enfants ?

La dépendance des programmes de télé-réalité aux grands annonceurs et aux pratiques mercantiles qu’ils favorisent en priorité conduit les concepteurs à délivrer des messages destinés à annuler toutes les résistances susceptibles de freiner les comportements de consommation attendus. Les plus jeunes sont des prescripteurs d’achat, ce sont aussi des consommateurs dans le présent, à moyen et à long terme. Les positionner comme « capables de… » ne revient-il pas à leur donner un statut et un pouvoir en réalité discutables, mais sans aucun doute favorables aux acteurs des médias et du monde marchand ?

Au cours du premier épisode, ces enfants de 8 à 12 ans se sont vu attribuer une certaine somme d’argent pour faire des courses dans un supermarché et dans un magasin d’accessoires de fête. Certes, ils ont été en mesure de ne pas dépasser le budget alloué. Cela suffit-il cependant à qualifier cette activité d’éducative ? Une vraie éducation à la consommation ne devrait-elle pas intégrer une réflexion sur la qualité des marchandises, leur provenance, la gestion des déchets qu’ils supposent, etc. ? De même, organiser une soirée festive entre camarades nécessite-t-il d’en passer par l’achat de produits standardisés dans les grandes surfaces spécialisées ? Les enfants ne sont-ils pas inventifs, créatifs et doués de savoir-faire personnels plus étendus que la simple réalisation de gâteau ?

On aura remarqué que ces jeunes comédiens improvisés avaient tous été équipés de tablettes et de smartphones. Sans doute est-ce là une des manifestations du monde moderne dans lequel ils vivent. Faut-il pour autant banaliser l’usage de ces technologies sophistiquées ? Chacun sait que ces écrans ne sont pas sans risques s’ils ne sont pas adaptés à l’âge et accompagnés d’une présence adulte dans leur utilisation. Enfin se posera-t-on la question de l’ouverture culturelle proposée ici à ces mineurs connectés, mais éloignés des livres ? (pas de bibliothèque dans cette spacieuse demeure pourtant bien équipée par ailleurs).

On le voit, un programme de télé-réalité est l’aboutissement d’une succession de choix, lesquels répondent aux intérêts des producteurs, diffuseurs et annonceurs et non pas à ceux des enfants et de leurs familles comme on voudrait nous le faire croire.

L’émission « Seul à la maison » se prête particulièrement bien au décryptage et peut servir de cas d’école pour une éducation à l’image et aux médias, pourquoi nous en priver ?

La suite avec le prochain article !

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[1] ROUW D., TEYSSIER E., « Les enjeux de la télé-réalité », Paris, Economica, 2003, p. 16, (propos rapporté par Alexandra FAURE, « La télé-réalité : la télé de la réalité ? » mémoire de sciences politiques, Université Lyon II 2006).

L’éducation aux médias et à l’information : un enjeu de démocratie

Suite aux attentats de Paris, Divina Frau-Meigs, professeur des sciences de l’information et de la communication à l’Université Sorbonne Nouvelle, Paris 3, revient sur la nécessaire mise en place d’un vrai parcours EMI (éducation aux médias et à l’information).

« Après les attentats de Paris, l’importance de l’éducation aux médias et à l’information

[…] Les élèves ont besoin d’un ensemble de compétences remises à jour et étendues pour maîtriser les cultures de l’information (comme actualité, donnée, document…). Ces compétences relèvent d’apprentissages permettant de comprendre les dispositifs d’actualité, de vérifier et authentifier les sources des documents en ligne, de s’interroger sur l’agenda des opérateurs et les contraintes des plates-formes, de décrypter l’intention des messages pour en distinguer les fonctions (propagande, publicité…) et de surveiller le destin de leurs données. » Lire l’intégralité de l’article.

Voir aussi : L’éducation aux médias ne s’improvise pas