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Grandir avec les écrans ?
Ce qu’en pensent les professionnels de l’enfance
De Elisabeth BATON-HERVE

En librairie – En savoir plus

En un peu plus de vingt années, l’environnement médiatique et technologique des familles s’est sensiblement modifié. Les enfants grandissent désormais dans un monde d’écrans. En effet, chaque unité familiale est équipée de matériels technologiques de formats divers, aux nombreuses fonctionnalités, interconnectables, fixes et nomades, utilisables par chacun, quel que soit son âge. La sur-stimulation audiovisuelle précoce et la surexposition aux écrans sont source d’inquiétudes et objets fréquents de débats.

Dans l’enquête menée de façon indépendante auprès de professionnels de l’enfance, l’auteur scrute les conséquences d’un trop-plein d’écrans pour la santé, le développement et le bien-être des moins de 16 ans. Son objectif est de considérer avec lucidité les problèmes de tous ordres occasionnés par les écrans – y compris les enjeux de l’économie du numérique et le pouvoir financier des grandes firmes impliquées dans ce vaste marché – pour mieux les prévenir. C’est seulement à cette condition que nous pourrons entrer avec les enfants et adolescents dans un usage profitable des écrans numériques.

Retrouvez tous les titres parus dans la collection 1001 et + dirigée par Patrick Ben Soussan en suivant ce lien.

Quels écrans, quels contenus, quels âges ?

Classification par âges et protection des mineurs

Beaucoup de parents se posent la question de l’exposition de leur enfant aux écrans selon leur âge. « A partir de quel âge puis-je autoriser mon enfant à regarder la télévision, à utiliser l’ordinateur, à aller sur internet ? A partir de quel âge puis-je remettre entre ses mains une tablette numérique, un téléphone portable ? Etc. »

Après avoir tenté de déplier le questionnement afin d’en identifier différents aspects cet article considérera les dispositifs mis en place par les pouvoirs publics et les entreprises médiatiques dans un souci de protection des mineurs (partie 1). Il traitera ensuite des écrans dans la sphère familiale envisagés dans une démarche éducative globale et d’exercice de la parentalité (partie 2).

Le mot « écran » concentre en lui-même de nombreuses réalités. C’est un objet technologique au service de l’information et de la communication de masse au niveau mondial, c’est aussi une marchandise commercialisée à grande échelle à l’aide de stratégies marketing puissantes et sophistiquées. De part leur fonction d’information et de communication, ces objets ont une dimension individuelle et sociale (ils interfèrent dans la vie quotidienne des individus et dans leurs modes de relation).

L’attitude éducative vis-à-vis des enfants dans leurs relations aux écrans implique de ne pas s’en tenir à la seule dimension technologique de l’outil mais de prendre en compte l’ensemble des facettes d’une réalité fort complexe et d’en connaître les acteurs principaux. Cette interrogation est indissociable de la notion de protection des mineurs (c‘est pourquoi seront évoqués ici les systèmes de classification par âges et les autres dispositifs de protection).

Conscients de cela (et attentifs à ce que les enfants grandissent et s’épanouissent dans de bonnes conditions), que peuvent faire parents et éducateurs ?

Ils peuvent d’une part recourir aux réglementations et recommandations existantes en terme de protection de l’enfance (ce dont traite cet article) et, d’autre part, s’appuyer sur leur propre connaissance de l’enfant dont ils ont la charge ainsi que sur la dimension empathique de la relation qu’ils entretiennent avec lui.

La régulation des médias, une aide à la parentalité ?

Dans un souci de protection des mineurs, des réglementations et recommandations émanent d’institutions publiques et d’entreprises privées. Il s’agit notamment de systèmes de classification par âges pour la télévision, pour le cinéma et pour les jeux vidéo. Une telle classification n’est pas à négliger car elle constitue une aide appréciable pour les parents et peut agir comme alerte sur la nocivité potentielle de certains programmes, films ou jeux.

Télévision – Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel s’est vu confier par la loi une mission de protection de l’enfance et des mineurs vis-à-vis des programmes audiovisuels susceptibles de nuire à leur épanouissement physique, mental ou moral. A cette fin il a mis en place une signalétique par catégories d’âges (tout public, -10, -12, -16, -18). Néanmoins, il est bon de savoir que l’application de la classification des programmes revient aux chaînes de télévision. Le CSA exerce pour sa part un contrôle à postériori sur les classifications des émissions opérées par les diffuseurs.

Dessin d'Arthur 1

Dessin d’Arthur 5 ans

Cinéma – Pour les films cinématographiques les catégories d’âges sont à peu près les mêmes en France que celles appliquées à la télévision. Néanmoins celles-ci ne sont plus de l’ordre de la recommandation mais de l’interdiction (tout public, interdiction moins de 12 ans, interdiction moins de 16 ans, interdiction moins de 18 ans). Chacune de ces mesures pouvant être accompagnées d’un avertissement. La classification des films qui sortent en salles est proposée par une commission qui se réunit sous l’égide du Conseil national du cinéma et de l’image animée. La décision de classification est prise par le ministre de la Culture. Elle a valeur de loi, celles et ceux qui ne la respectent pas se placent dans l’illégalité. L’adulte accompagnateur d’enfants au cinéma doit, pour connaitre la classification, se rendre sur le site du CNC, activer l’onglet « Rechercher une œuvre » et indiquer dans les champs prévus à cet effet le titre du film, le nom du réalisateur ou tout autre information dont il dispose.

Jeux vidéo – En ce qui concerne les jeux vidéo une classification par âge spécifique (3-7-12-16-18) assortie de pictogrammes apportant des indications sur le type de contenus véhiculés par le jeu est proposée par les acteurs professionnels, il s’agit du système Pan European Game Information (PEGI). Elle constitue un guide pour l’acheteur potentiel de jeux vidéos. Contrairement au message de promotion de ce système véhiculé par un spot télévisuel qui met en scène un père (dépassé) et un enfant entre lesquels la communication est impossible, il est non seulement nécessaire pour le parent d’être présent au moment de l’achat du jeu vidéo ou à défaut d’en connaitre la provenance, mais également de recueillir des informations sur son contenu et d’en échanger clairement avec l’enfant.

Radio – Quand aux stations de radio, elles sont dans l’obligation de respecter des contraintes horaires : « Aucun service de radiodiffusion sonore ne doit diffuser entre 6h et 22h30 de programmes susceptibles de heurter la sensibilité des auditeurs de moins de 16 ans. »

Publications jeunesse – En ce qui concerne les publications destinées à la jeunesse elles sont régies par la Loi n° 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse et réactualisée au19 mai 2011.

Internet – Internet est libre d’accès à tous moments. Sa seule restriction concerne les contenus illicites, c’est-à-dire ceux qui sont interdits et punis par la loi française. Les parents et éducateurs devront se tourner vers des sites officiels tels que ceux de la Commission Nationale de I’Informatique et des Libertés (CNIL) du ministère de l’Intérieur ou du ministère de l’Education nationale pour recueillir les informations susceptibles de les aider dans leur fonction éducative vis-à-vis d’internet. Le CSA consacre également une page de son site à cette question. Certains sites de professionnels peuvent également être consultés.

Publicité – Les professionnels des médias défendent quant à eux l’autorégulation. C’est le cas notamment de l’Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité (ARPP), qui prône l’autodiscipline notamment  en ce qui concerne les publicités destinées aux enfants.

Jugement critique et citoyenneté

Législateurs, pouvoirs publics et professionnels assument leur part de protection de la jeunesse avec plus ou moins de justesse et de rigueur. Néanmoins des insuffisances, des vides juridiques demeurent (Internet) ouvrant la voie à des pratiques douteuses et discutables, comme les sites de rencontres pour adolescents.

L’éducation et la protection des enfants dans le domaine des médias et de leurs écrans passent donc par une prise en compte des systèmes de classification. Cela n’empêche pas l’exercice du jugement critique et de la citoyenneté. Chacun peut faire connaître son point de vue (l’appréciation parentale peut diverger de celle des chaînes de télévision, la mise sur le marché de services, contenus ou applications spécifiquement conçus pour les enfants, peut satisfaire des visées commerciales et non répondre aux besoins des enfants). La mobilisation des citoyens, la force de l’opinion peuvent infléchir les politiques publiques et faire reculer certaines entreprises dans leur recherche de profit maximum par tous les moyens. Les chaînes de télévision pour bébés en France en constitue un bel exemple.

Sur ce sujet voir également :

Écrans : pourquoi la mite des trois ans ? (1)

Écrans : pourquoi la limite des trois ans ? (2)

Le smartphone : à partir de quel âge ?

Écrans et enfants : la recherche de la bonne mesure

Les enfants de moins de 12 ans et les écrans portables

Mis à jour le 17 novembre 2020

Planète déconnexion, un jeu pour décrocher des écrans !

Comment parvenir à se déconnecter face à la force d’attraction qu’exercent smartphones et tablettes sur chacun de nous ? L’association Lève les yeux vient de créer un jeu véritablement amusant afin d’aider petits et grands à prendre pleinement conscience de la place, bien souvent envahissante, prise par les écrans dans nos vies. Entretien avec Yves Marry, cofondateur de l’association.

Pouvez-vous présenter votre association et sa raison d’être ?

  • Nous sommes légalement constitués en association, mais on se définit comme un collectif parce qu’on essaie d’avoir un fonctionnement aussi horizontal que possible. La raison d’être de Lève les yeux est de promouvoir la déconnexion à travers différents moyens, à la fois auprès des jeunes dans des ateliers de sensibilisation, du grand public à travers les médias, auprès des décideurs politiques par un plaidoyer, et sur le terrain à travers un label pour des lieux déconnectés, il s’agit du label Lève les yeux que nous avons créé pour les bars, les restaurants, les salles de spectacles. Nous souhaitons ainsi susciter une prise de conscience sur la dépendance développée aux écrans et donner l’envie de se déconnecter. Notre discours n’est ni alarmiste ni anxiogène, la démarche est au contraire positive et cherche à rendre la déconnexion enthousiasmante.

Comment vous est venue cette idée selon laquelle nous serions dépendants et que nous passons trop de temps avec nos écrans ?

  • Ça a commencé par un constat physique et ensuite intuitif, qui s’est déclenché chez moi lorsque j’étais en Birmanie, j’y ai vécu 4 ans, de 2014 à 2018. J’ai vu se développer les smartphones et tablettes alors qu’ils n’existaient pas quand je suis arrivé en Birmanie. Et j’ai vu un pays se faire happer très rapidement par la force d’attraction des smartphones. C’est littéralement un pays qui a baissé la tête, baissé les yeux (certains amis me parlaient moins, étaient moins présents. La guitare dans les rues, les livres, ont été remplacés par les jeux vidéos, les vidéos Facebook). C’est là que j’ai pris conscience des risques liés à la technologie numérique, ça a été le déclencheur. Par la suite, des lectures d’ouvrages spécialisés m’ont permis de comprendre théoriquement le problème.

Comment a germé l’idée du jeu « Planète déconnexion » ?

  • Comme nous étions sollicités pour faire de la sensibilisation auprès des jeunes et des parents sur les impacts de la surexposition aux écrans, nous avons décidé de développer un vrai atelier spécifique avec une pédagogie appropriée. Étant donné qu’il s’agit d’un problème relativement émergent, nous n’avions pas beaucoup d’exemples à notre disposition. Même si la télé est là depuis longtemps, l’arrivée des smartphones a décuplé le problème. Pour ces ateliers, il nous fallait utiliser un outil pédagogique qui puisse être à la fois ludique et efficace dans la diffusion des messages de sensibilisation et c’est là que l’idée du jeu de société est apparue. Mais il y a eu aussi ma rencontre avec Axelle qui est créatrice de jeux de société pédagogiques au sein de l’association l’Eclap. Nous avons travaillé ensemble à la création de ce jeu.
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Qu’espérez avec ce jeu ?

  • Eh bien, il donne déjà des résultats, c’est vraiment une grande réussite parce que nous l’utilisons dans nos ateliers de sensibilisation. J’interviens depuis environ un an dans les centres sociaux, dans des quartiers et autres établissements à Marseille et ailleurs. C’est un mémory amélioré, il y a des petits pièges, et en même temps il présente des situations du quotidien dans lesquelles les gens sont avec ou sans écrans. Pour des jeunes qui n’ont connu qu’un monde où eux-mêmes et les autres sont tout le temps sur leur smartphone ou devant un écran, le jeu « Planète déconnexion » les incite à s’interroger. Pour citer un exemple : diner en amoureux, est-ce mieux avec ou sans le smartphone ? L’idée consiste à susciter des débats. Nous commençons par le jeu avec lequel on s’amuse vraiment autour des images proposées, puis nous débattons des situations rencontrées dans le jeu. Cela leur permet de se poser des questions sur ce qui est une forme d’aliénation.

À qui est destiné le jeu « Planète déconnexion » ?

  • Grands et petits peuvent y jouer, à partir de 7 ans.

Comment faire pour se le procurer ?

  • Comme l’association n’a pas beaucoup de moyens, nous ne pouvons pas lancer le jeu à grande échelle. C’est pourquoi nous avons lancé une campagne de financement participatif sur Ullule « Planète déconnexion ». Il est possible d’acheter un ou plusieurs jeux, son prix est de 22 €. Il s’agit d’un don qui a pour  contrepartie l’envoi du jeu par l’association aux gens qui y auront contribué financièrement. C’est une des rares opportunités de l’avoir, parce qu’on ne sait pas du tout s’il y aura une production du jeu à l’avenir.

À VOUS DE JOUER MAINTENANT !

Comptine sur mon téléphone

 Mon  smartphone
 Il me sonne
 Je l’abandonne
 Et je fredonne…
  
 Ma petite boîte
 Je la remboite
 Puis je déboite
 Et ça miroite…
  
 Ma p’tite machine
 Qu’est si maline
 Je la décline
 Et j’imagine…
  
 Mon téléphone
 Il me siphonne
 Ça me chiffonne
 Et je randonne…           
  
 Mon  smartphone
 Il me sonne
 Je l’abandonne
 Et je fredonne…

EBH

Les écrans et les jeunes : la place de la télé dans la vie des enfants

Au Sénégal, la télévision est très présente dans les foyers. Elle est parfois allumée en permanence. Mme Thiam Aissatou Gning,enseignante en collège, nous livre ici sa réflexion.

La télévision est présente dans la vie quotidienne, bien implantée au sein de la famille, et peut-être le sera-t-elle davantage demain avec l’apparition de nouvelles possibilités d’information que nous offrent les multimédias.

La place de la télé dans la vie des enfants et l’usage exclusif qu’ils en font

La télévision est un petit îlot de bonheur où l’on vous propose tout ce que l’on voudrait avoir ou être. Dans les séries ou les dessins animés, on s’identifie au héros et on s’associe à sa joie. La télévision est accessible à tous les enfants dans une grande liberté de choix des programmes. De la fiction à l’information, il est nécessaire de prendre un peu de recul pour analyser le juste rapport à établir avec ce « partenaire » pourvoyeur d’images colorées et aguicheuses. Pourtant il est difficile de préserver de bonnes intentions éducatives et de résister à cet « envahisseur médiatique » plébiscité par tous les enfants.

Depuis que la télé a fait une entrée massive dans les foyers, chacun porte un regard critique face à ce média. Certains accusent l’abrutissement que représente la télé, car elle encourage la passivité et le manque de réflexion ou d’analyse.

Quel rôle éducatif pour les adultes ?

Interrogeons-nous donc sur le rôle éducatif que nous devons jouer auprès de nos enfants et apprécions avec eux, sans perdre notre vigilance, les apports fantastiques et l’ouverture au monde qu’offre la télé aussi bien que ses limites et ses travers.

La réflexion sur les médias télévisuels ne perd rien de son actualité. Le monde du multimédia est en train d’orienter les habitudes des téléspectateurs vers de nouvelles pratiques qui prennent en compte les langages et les codes utilisés par eux. Les enjeux économiques se révèlent fortement. C’est pourquoi la consommation de ces nouveaux espaces médiatiques est largement encouragée. 

En tant qu’éducatrice je suis sensible au rôle de l’imaginaire dans le travail de construction de la personnalité de l’enfant. L’imaginaire est par excellence le monde de l’enfance, le monde dans lequel l’enfant rêve et édifie son devenir. Le monde des images télévisuelles est-il différent de l’univers de l’imaginaire, univers des histoires et des contes autrefois dispensé par la lecture et la tradition orale ? 

Une greffe de la télévision semble répondre au droit au rêve, à la curiosité et à la découverte de passions nouvelles pour l’enfant, mais d’une façon différente. Face à ces médias qui ont transformé la vie et la culture de l’enfant, il semble que ce soit nous parents qui devions maîtriser cette omniprésence télévisuelle. Oscillant entre interdiction et permissivité, nos attitudes éducatives sont souvent paradoxales. Cependant les dangers d’une overdose sont toujours à prévenir et demandent une grande vigilance. Ainsi le temps passé devant la télé est devenu l’objet de vives discussions au sein de la famille.

Le passage du monde fictif à la réalité

Il est certain que dans notre monde marqué par toutes ces images, l’image du réel peut rester mêlée à la fiction. La rencontre précoce de l’enfant avec les préoccupations de la vie adulte dans le domaine de la sexualité, de l’amour ou de la mort peut devenir un facteur de déséquilibre ou de trouble. Mais plus inquiétant est le problème de la violence et de sa représentation télévisuelle.

Analysons les dangers et les effets de cette violence télévisuelle

En l’absence de toute intervention adulte, le risque prend la forme d’une sorte d’indifférence des enfants face à ces sujets. Cependant la parole posée avec l’enfant reste un élément irremplaçable. Ce sujet d’inquiétude parentale peut être résolu par la communication parents/enfants. Face à l’intérêt suscité par l’image chez les jeunes, les parents ont un rôle à jouer dans l’approche des médias télévisuels, pour apprendre à lire les images et prendre du recul face à leur déferlement rapide. 

L’ascendant de la télé sur nos familles

L’impact du monde des images sur l’élaboration des connaissances de l’enfant et le façonnage de ses émotions obligent les parents à trouver des points de repère et de réflexion sur la consommation des médias. Si la télévision est venue comme un spectacle familial où le choix des émissions stimule les discussions et occasionne le visionnement en commun, l’enfant sera dans une ambiance sécurisante où il pourra trouver sa place de téléspectateur. Dans ce cas, il peut en toute sécurité se laisser aller au rêve télévisuel sachant qu’il a le loisir, lorsque le besoin s’en fait sentir, de revenir au réel et de s’appuyer sur des repères familiaux solides. À cette occasion le parent peut également amener l’enfant à parler de ce qu’il a vu et entendu, à dire ce qu’il en pense, afin de l’aider à prendre la distance nécessaire et à forger son esprit critique et de discernement.

Un outil culturel ?

La télévision est un outil culturel parmi d’autres. Elle fait partie intégrante de notre époque et a contribué à un changement culturel en profondeur. L’écran lui, s’introduit constamment dans le quotidien des jeunes aux côtés de la télé. Il y a le cinéma, le magnétoscope, les jeux vidéos, le minitel, l’ordinateur et maintenant la tablette et le smartphone. 

Aujourd’hui les jeunes connaissent plus l’écran que la feuille de papier avec une précocité marquée. Les disques numériques permettent de transformer les micros ordinateurs en machines à jouer ou à apprendre. Les enfants se trouvent en phase avec ce nouvel apprentissage des savoirs. L’interaction et le choix de se balader d’une image à une autre, la possibilité d’évoluer à son rythme, de faire des retours en arrière est une pratique du jeune public. Entre la fascination pour les nouveaux supports et leur rejet à priori, l’essentiel est de ne jamais perdre de vue que l’ordinateur est un instrument ni plus ni moins pernicieux qu’un autre. À l’heure du multimédia et d’internet, l’important pour la jeune génération semble moins d’accumuler des connaissances que d’être à l’aise dans tous ces nouveaux langages de l’information. Mais ne nous y trompons pas, l’acquisition de connaissances offerte par l’éducation scolaire, le livre, la culture – non portée par des intérêts exclusivement commerciaux – reste essentielle.

L’usage de la télévision

L’usage de la télé est multiple : d’aucuns souhaitent que la télé soit culturelle, certains la considèrent comme un outil de savoir, beaucoup n’y cherchent qu’un temps de détente. Ouverts à tout, les enfants sont souvent dans l’embarras de faire un choix. Leur envie la plus forte est de se laisser porter par l’image, l’émotion, le rire, la violence ou la peur. Le choix de l’enfant ne peut se faire sans dommage si l’adulte présent ne prend pas le temps de clarifier et d’expliquer ces événements sans lien. Les enfants ont en général une grande foi dans tout ce qui est vu ou dit à l’écran. Les moins de 6 ans en particulier confèrent à la télé une fonction magique. Ils croient que les personnages vivent dans le récepteur si des repères clairs ne leur sont pas donnés pour distinguer le réel de l’imaginaire. Le risque de voir les enfants s’enfermer dans le monde des apparences est grand. En l’absence de protocole et de rituel familial, ils doivent réagir seuls aux débordements suscités par les images.

A nous de ne pas abandonner nos enfants devant la télévision !

Alors, que puis-je faire pour protéger mes données personnelles ? (4)

Nous avons vu que les données personnelles sont des informations qui concernent une personne unique et qui permettent de l’identifier.

  • nom et prénom
  • adresse postale
  • adresse mail
  • adresse IP (Protocol Internet)
  • données de localisation
  • coordonnées bancaires
  • documents d’identité (passeport, carte d’identité…)
  • D’autres données : par exemple les renseignements médicaux, scolaires, professionnels,  etc., mais aussi les croyances religieuses, les opinions politiques…
  • Et les informations que vous livrez en prenant des photos personnelles : domicile, membres de votre famille, voisinage, etc.

Vos données personnelles seront protégées si vous :

  • paramétrez scrupuleusement votre ou vos comptes
  • avez des mots de passe très sécurisés et différents pour chacun de vos comptes
  • n’acceptez aucun inconnu comme ami ou contact
  • êtes très discret sur votre vie et celle de votre entourage sur les réseaux sociaux (attention aux photos personnelles !)
  • n’acceptez que les cookies nécessaires
  • utilisez d’autres navigateurs : Google espionne les internautes, certains navigateurs protègent davantage la vie privée, comme : Qwant Junior, Qwant…
  • n’utilisez que des réseaux wifi sécurisés (évitez ceux des lieux publics). Faites des mises à jour régulières
  • vérifiez la provenance de vos mails et si vous vous méfiez des pièces jointes lorsque l’expéditeur est un inconnu
  • ne vous fiez qu’aux sites internet sécurisés
  • lisez les conditions générales d’utilisation : elles sont malheureusement souvent très longues et fastidieuses à lire, mais il est peut-être possible de les parcourir !

Au-delà de ces consignes et d’une manière plus générale, il est important de toujours se poser la question de nos besoins par rapport aux outils numériques et à leurs services. Les usages que nous en faisons sont-ils toujours :

  • Absolument nécessaires ?
  • Pourrions-nous parfois nous en passer ?
  • À quels moments ?
  • Dans quelles circonstances ?

Car il est certain que moins vous utilisez le numérique moins vous y laissez de traces !

Alors, pour ne pas céder à la tentation de saisir sans cesse votre smartphone ou votre tablette quelques petites astuces :

  • supprimer les notifications de l’écran d’accueil
  • désactiver le son
  • faire un choix draconien dans les applications
  • masquer la webcam

Et n’oublions pas tout ce que nous pouvons faire dans la vie

sans être connecté !

Méfions-nous des amis qui connaissent plus de choses sur nous que nous n’en connaissons sur eux. C’est ce que propose Pascal Perri, dans son livre « Google, un ami qui ne vous veut pas que du bien ». Éditions Anne Carrière, 2013.

Articles précédents :

Les données personnelles, c’est quoi au juste ? (1)

Données personnelles : quand est-ce que je les communique ? (2)

Données personnelles : pourquoi faire attention ? Je n’ai rien à cacher moi ! (3)

Données personnelles : pourquoi faire attention, je n’ai rien à cacher moi ? (3)

Pourquoi dois-je faire attention ? Je n’ai rien à cacher moi !

Plusieurs raisons doivent t’encourager à être très prudent(e)s.

  • Parmi les informations que tu livres, certaines sont dites « sensibles ». Ce sont toutes les données qui concernent la santé, la religion, la vie sexuelle, les opinions politiques…
  • Tu ne sais pas entre quelles mains elles peuvent tomber aujourd’hui ni même demain ! Elles pourraient être utilisées contre toi, pour te nuire. Et oui ! Tout ce que tu fais sur internet laisse des traces pour toute la vie !
  • Tu ne dois pas seulement faire attention pour te protéger, mais aussi pour protéger tout ton réseau de relations : ta famille, tes amis…
  • Si les données personnelles intéressent les entreprises commerciales pour nous vendre leurs produits plus efficacement, elles intéressent ou peuvent intéresser également les États afin d’exercer une surveillance.
  • Tous les internautes ne sont pas bienveillants. Certaines personnes peuvent être malintentionnées (harcèlement, soustraction d’argent par des moyens illégaux, conduites perverses…).

C’est pourquoi il est important de

 protéger sa vie privée et celle de nos contacts !

Prochainement :

Alors, je fais comment ? (4)

Données personnelles : quand est-ce que je les communique ?(2)

Mais quand est-ce que je donne des informations personnelles ?

  • Dès le départ en remplissant le formulaire d’inscription sur un réseau social ! D’ailleurs, as-tu remarqué que lors de ton inscription sur un réseau social, tu dois lui donner l’autorisation d’accéder à toutes tes conversations, toutes tes photos, tous tes contacts ? Et si tu refuses, que se passe-t-il ? Tu ne peux même pas t’inscrire ! Tu trouves ça normal toi ?
  • Par les cookies (petits logiciels) placés sur le disque dur de ton ordinateur lorsque tu visites des sites. Ils visent à obtenir des informations sur qui tu es, ce que tu fais, tes préférences dans différents domaines. Les cookies sont des petits logiciels qui s’installent automatiquement sur ton ordinateur lorsque tu visites des sites. Ils permettent de savoir sur quel site tu étais avant, tes habitudes de navigation, où tu te trouves physiquement au moment où tu consultes le site… Donc s’ils améliorent la navigation ils peuvent également présenter une menace pour les données plus confidentielles.
  • Tu donnes parfois des informations sans t’en rendre compte par le biais des messages que tu envoies, des photographies et selfies que tu réalises. Par exemple, si tu prends une photo de toi dans ta chambre, tu livres un tas d’indications sur ton environnement, le niveau de vie de ta famille, ton style de vie, tes préférences et goûts vestimentaires et autres…

Prochainement :

Pourquoi dois-je faire attention ? Je n’ai rien à cacher moi ! (3)
Alors, je fais comment ? (4)

Article précédent : Données personnelles, pourquoi être prudent ? (1)

 

 

Les données personnelles : c’est quoi au juste ? (1)

Nous entamons à présent une série d’articles afin de répondre aux questions des jeunes sur les données personnelles. Un grand merci à Léna (14 ans) et Maya (11 ans) qui ont participé à la réalisation de ces articles et de leurs illustrations.

Donnés personnelles

Une donnée à caractère personnel, qu’est-ce que c’est ?

Une donnée personnelle est une information qui concerne une personne physique.

Les données personnelles peuvent être recueillies soit directement : nom, prénom, photographie du visage…  soit indirectement : numéro de téléphone, de sécurité sociale, adresse postale ou électronique…

Il est donc possible d’identifier une personne par une seule donnée ainsi que par le croisement de plusieurs données. Plus le nombre de données est important, plus le profil de l’internaute est précis et plus il a de la valeur.

Pourquoi les données personnelles sont-elles si importantes ?

Elles sont importantes parce qu’elles sont ensuite vendues à des entreprises qui vont les utiliser à des fins publicitaires.

Avec les médias que sont la presse, la radio, la télévision et même le cinéma, la publicité vise une masse indifférenciée de lecteurs, d’auditeurs, de  télé-spectateurs.

Avec Internet, la publicité est ciblée, c’est-à-dire qu’elle va s’adresser à une personne précise.

Quand tu surfes sur Internet ou que tu t’inscris sur un réseau social, tu donnes volontairement ou nom des informations sur toi. Le croisement de toutes ces informations va permettre d’établir un profil assez complet de toi (identité, goûts personnels, activités, magasins fréquentés, religion…), mais aussi de ton entourage, de image 1ton environnement.

Facebook, WhatsApp, Instagram, par exemple, recueillent donc un tas d’informations te concernant, ces informations sont croisées, analysées, puis revendues par paquets à des entreprises susceptibles d’être intéressées par ton profil.

C’est pourquoi la promesse de gratuité est un leurre Tu ne payes rien lorsque tu t’inscris sur un réseau social, en revanche il exploite à ton insu toutes les informations que tu fournis.

Si c’est gratuit c’est que c’est toi le produit !

Prochainement  :

Mais quand est-ce que je donne des informations personnelles ? (2)

Pourquoi dois-je faire attention ? Je n’ai rien à cacher moi ! (3)

Alors, je fais comment ? (4)

Une thèse de médecine sur l’exposition des enfants aux écrans et les troubles du langage

Manon Collet, jeune médecin, a réalisé sa thèse de médecine sur l’exposition des enfants aux écrans en rapport avec les troubles du langage, travail pour lequel elle a obtenu le prix de thèse de Médecine « Professeur Pierre Gineste » 2017. Cette étude a été publiée dans le Bulletin épidémiologique de Santé publique France en janvier 2020.

Manon Collet a bien voulu répondre à mes questions.

Photo M. ColletVous avez réalisé votre thèse de médecine concernant l’influence des écrans sur l’acquisition du langage, pourquoi avoir choisi ce sujet ?

Au cours de mon dernier stage d’interne de médecine générale effectué en cabinet de ville, j’ai été confrontée à l’accès aux écrans chez les enfants au sein même du bureau de consultation. Que ce soit un téléphone donné dans la poussette pour calmer l’enfant qui pleure, ou le jeune enfant ou adolescent les yeux rivés sur sa tablette ou smartphone alors même que la consultation le concernait. Ces nouveaux usages m’étaient inconnus et m’ont interpellée.

Une de mes maîtres de stage, qui était sensibilisée au sujet de la prévention des écrans m’a conseillée d’interroger systématiquement les enfants sur leur consommation d’écrans lorsque je les recevais pour des consultations de prévention comme lors des demandes de certificats sportifs. Ce thème des écrans et de leurs risques sur la santé n’avait jusqu’alors pas été abordé au cours de mes études. J’ai été très surprise du simple temps d’usage quotidien des écrans chez certains enfants.

Concernant ma pratique de médecin généraliste, j’ai trouvé intéressant d’aborder ce thème de la surexposition aux écrans par le prisme de son impact sur la santé des jeunes enfants et plus particulièrement sur le thème du langage. En effet le développement du langage est un des piliers du développement psychomoteur de l’enfant. Il s’agit d’un aspect très important à évaluer et à suivre en médecine générale.

Comment avez-vous procédé ?

Nous avons effectué une étude cas-témoin menée dans 24 communes d’Ille-et-Vilaine sur des enfants âgés de 3,5 à 6,5 ans. Entre juillet et octobre 2016, nous avons inclus dans l’étude 167 enfants cas qui étaient suivis par des orthophonistes pour des troubles primaires du langage. Cent neuf enfants témoins du même âge ont été recrutés chez des médecins généralistes d’une même ville ou pôle de santé, lorsqu’ils n’avaient pas besoin de suivi orthophonique.

Un questionnaire parental a été créé et distribué à ces 276 familles afin de collecter des informations sur l’enfant et ses habitudes de consommation d’écrans.

Les données ont ensuite été analysées par une statisticienne de l’hôpital de Pontchaillou à Rennes afin de rechercher des liens entre les différents types d’exposition aux écrans recueillis et les troubles primaires du langage.

Quels résultats avez-vous obtenus ?

Cette étude a montré qu’un enfant qui était exposé aux écrans le matin avant d’aller à l’école serait trois fois plus à risque de développer des troubles primaires du langage.

Un enfant qui ne discutait que rarement voire jamais du contenu visualisé sur les écrans avec ses parents serait lui deux fois plus à risque de développer des troubles primaires du langage.

Et nous avons montré un effet additionnel de ces risques, puisque lorsque l’enfant présentait ces deux facteurs combinés, le risque de développer des troubles primaires du langage était multiplié par six par rapport à un enfant qui n’était dans aucune de ces deux situations.

Quels conseils aimeriez-vous donner aux parents ?

Il est important d’apporter des conseils individualisés adaptés à l’âge et à la maturité de l’enfant, mais également aux connaissances et au ressenti des parents.

Mais d’une manière plus générale, j’aime beaucoup la règle des « 4 pas » proposée par la psychologue Sabine Duflo qui s’est inspirée des recommandations de l’académie américaine de pédiatrie. Car cette règle s’adapte à tous les membres de la famille et donc à tous les instants de vie. Elle est la suivante :

  • Pas d’écran le matin. Car l’écran va épuiser l’attention de l’enfant dès le matin, or il en aura besoin pour tous les apprentissages du reste de sa journée.
  • Pas d’écran pendant les repas. Car c’est un moment important à partager en famille. De plus si le cerveau est occupé par l’écran il ne se concentre plus sur son assiette et le sentiment de satiété sera retardé.
  • Pas d’écran avant de s’endormir. Car l’écran va stimuler le cerveau qui a pourtant besoin de redescendre en température et en excitation pour induire un sommeil réparateur.
  • Pas d’écran dans la chambre de l’enfant. Car cela échappe au contrôle parental que ce soit en terme de durée passée devant l’écran, que du contenu visualisé et du risque d’empiéter sur le sommeil.

Je rappelle également d’éviter l’accès aux écrans ou même la télévision allumée en bruit de fond avant 3 ans. Cette recommandation française est souvent connue des parents mais il est important qu’ils en comprennent la raison. Le jeune enfant a besoin de l’intéraction avec son entourage pour se développer, chose qu’un écran ne pourra jamais lui apporter.

Mais globalement il ne faut surtout pas oublier l’importance pour les parents de définir un cadre et des règles autour de l’usage des écrans, que ce soit en terme d’accès, de durée, de contenu. L’usage de l’écran, en dehors de certaines périodes de la journée à éviter, doit être vu comme une activité à part entière, qui ne prend pas la place d’autres activités, qui ne doit pas être là pour combler du vide, mais plutôt un moment de partage d’expérience en discutant du contenu visualisé avec son enfant.

À votre avis, quel pourrait être le rôle du médecin généraliste dans la prévention des conséquences sanitaires d’un mésusage des écrans chez les enfants et les adolescents ?

Les conséquences du mésusage des écrans sur la santé des enfants sont bien connus et ne sont plus à démontrer.  Le médecin généraliste, de part la relation de confiance qu’il noue avec ses patients a un rôle très important dans cette prévention. Il est en première ligne pour transmettre les informations aux jeunes parents, puisque la plupart du temps il a l’avantage de suivre le couple parfois avant le désir de grossesse, puis pendant toute la grossesse et lors du suivi régulier de l’enfant.

Des études ont montré que les habitudes de consommation d’écrans des parents influaient sur la consommation d’écrans de leurs enfants. Il est donc important d’initier cette prévention aux mésusages des écrans avant même la naissance du bébé pour inciter à adapter son mode de vie à la venue de l’enfant. De plus les consultations de suivi des premiers mois de vie sont des moments où beaucoup d’informations nouvelles sont données aux parents. L’information à l’écran à ce moment devrait être un message de rappel car s’il s’agit d’une information nouvelle, elle sera plus difficile à retenir.

L’information doit donc être régulièrement apportée aux familles, depuis le pré-conceptionnel jusqu’à l’adolescence et donc adaptée aux besoins et à l’âge de l’enfant, mais également de manière individuelle au vécu et aux attentes de la famille.

Écrans et déconfinement ?

Le trop plein d’écrans est une réalité que nous connaissons bien, je l’évoque dans mon dernier ouvrage « Grandir avec les écrans ? Ce qu’en pensent les professionnels de l’enfance » éditions érès.

En période de confinement la consommation d’écrans s’est accentuée : les usages scolaires se sont ajoutés aux usages distractifs, ces derniers étant eux-mêmes plus nombreux qu’en temps normal.

Comment retrouver une utilisation intelligente et contrôlée des écrans dans l’univers familial après cette longue période de confinement ? C’est ce dont il est question dans l’article de Ouest-France de ce jour : « Déconfinement : l’occasion d’un retour à la normal de l’usage des écrans »