Articles

L’activité physique est nécessaire aux enfants !

« Le cœur des enfants est en danger » s’inquiète la Fédération française de cardiologie

Selon le Professeur François Carré, cardiologue au CHRU de Rennes :

“En 1971, un collégien courait 600 mètres en 3 minutes, en 2013 pour cette même distance, il lui en faut 4 ! ”

Lire à suite

Découvrir le clip vidéo

Alors mettons, pendant un temps, les écrans au placard pour permettre aux enfants de jouer, danser, sauter, crapahuter, courir et vivre pleinement leur vie !

Dessin de Maya 8 ans

 

Et pourquoi pas nous ?

Délaissons momentanément notre ordinateur, posons nos lunettes et allons prendre l’air avec eux !

 

Des écrans pour les jeunes enfants… est-ce judicieux ?

 

Il y a encore quelques années, les jeunes enfants n’étaient pas concernés par les écrans. À l’origine, la télévision -puisque c’est le premier écran domestique que nous avons connu- ne concevait des programmes pour les enfants qu’à partir de 4 ans. D’ailleurs, les mesures d’audience ne s’attardaient pas à la tranche d’âge inférieure. Cela ne tombait absolument pas sous le sens de mettre les bébés devant la télévision. Lorsque l’enfant en bas âge croisait les images de la télé c’était plutôt accidentel, très ponctuel et cela ne portait pas à conséquences.

Comment se fait-il que de nos jours les tout-petits soient naturellement placés devant la télévision ? Comment se fait-il qu’on lui mette si facilement entre les mains smartphone et tablette ? Certes la société a changé, les moyens de communication aussi, mais les bébés ont-ils changé ?

A l’origine de ce phénomène une raison économique. Pour glaner une audience plus large, la télévision a commencé à s’intéresser aux plus petits en leur concoctant des émissions dites « adaptées ». Puis, la technologie aidant, on y a ajouté des produits et services divers : smartphones et tablettes accompagnés de leurs applications pour jeunes enfants. Des stratégies marketing bien étudiées sont venues à bout des résistances parentales. Il a suffi de quelques mots magiques comme « éveil », « éducatif », « spécialement adapté », « interactif » pour encourager l’achat de ces produits.

C’est dans ce contexte que nous sommes amenés à nous interroger sur la place des écrans dans la vie des moins de 3 ans et sur les conséquences d’une exposition précoce et prolongée aux écrans à cette étape particulière de la vie qu’est la petite enfance.

En réalité les enfants de moins de 3 ans n’ont pas besoin d’écrans pour se développer. Soyons rassurés, ils ne prendront pas de retard sur la technologie et sauront s’approprier ces outils de manière intelligente et appropriée lorsque le moment sera venu ! En revanche, si les technologies numériques s’invitent trop tôt dans leur vie et de manière trop importante, elle les prive des expériences sensorimotrices absolument essentielles à cet âge parce que fondatrices pour le petit d’homme. L’enfant expérimente et apprend par le jeu et par le biais d’un tas de petites activités qui peuvent paraître bien banales pour les adultes que nous sommes. Elles sont pourtant fondamentales pour la construction du cerveau et le développement psychomoteur. Construire une tour avec des cubes, emboiter-désemboiter, verser-transvaser, lancer une balle… sont autant d’expérimentations qui nécessitent adresse et réflexion. Or, les activités sur tablette ne sont pas substituables aux activités concrètes.

Certains écrans sont plus interactifs que d’autres me dira-t-on. Certes, mais de quel genre d’interactions parlons-nous ? Les interactions enfant-machine ne sont évidemment pas aussi riches et complexes que les interactions enfant-parent. La synchronisation des interactions humaines n’existe pas avec la machine (Dr L. Pagani). Par ailleurs la communication humaine immédiate est constituée d’un tas de micro-opérations destinées à s’ajuster à son interlocuteur. Le langage infra verbal, le regard adressé, l’attention conjointe se développent dans et par les communications avec l’entourage humain. La découverte par le tout-petit du monde qui l’entoure se fait grâce à ses multiples expériences, mais tout cela a besoin d’être étayé par l’adulte qui complimente, encourage, suggère… Il va sans dire que le temps passé sur les écrans empiète sur ces moments privilégiés.

Alors,  ne volons pas aux petits enfants cette étape fondatrice de leur vie ! Picasso disait qu’avant de vouloir peindre une figure abstraite il fallait savoir peindre un sujet réaliste. De même avant de communiquer de manière virtuelle, apprenons à l’enfant à communiquer par le langage dans une relation interhumaine immédiate bienveillante.

En matière d’écrans, les bons plis sont à prendre dès l’enfance !

« Les jeunes enfants et les écrans » était aussi le sujet de l’émission LES EXPERTS diffusée par Radio France Bleu Armorique ce 5 septembre.

 

Et voici un livre que j’ai découvert cet été :

« On n’a pas allumé la télé »

Je vous le conseille vivement !

Espace « ATELIER DE DÉCRYPTAGE »

Centre social Maurepas

Un centre social de Rennes innove. Il propose aux habitants, des ateliers de décryptage des images audiovisuelles et des contenus numériques.

Cet atelier a pour mission de réfléchir à l’univers des écrans fréquentés par les enfants. Ensemble nous apprenons à analyser les contenus médiatiques à travers des études de cas.

Atelier décryptage 20170308_114711

Élise, Michèle, Thibault, Vone, Laetitia, Hélène et Émilie vous proposent la première analyse qu’ils ont réalisée.

 

DES ÉCRANS ATTACHES AUX ENFANTS !

Proposition d’analyse de deux spots publicitaires pour la marque Vtech

Depuis plusieurs années déjà les médias s’adressent aux enfants. Des supports audiovisuels apparaissent à présent qui leur sont spécifiquement destinés (tablettes, consoles, téléviseurs avec un design enfant, etc.). Or, il semblerait que face à la remise en question de cette omniprésence de l’écran dans la vie de nos enfants, les fabricants aient trouvé une réponse par la création de nouveaux produits savamment mis en publicité.

À travers une analyse de deux spots publicitaires de la marque VTech, l’un pour une montre, l’autre ventant les fonctions d’un portable pour enfants, nous verrons quels sont les arguments explicites et implicites employés dans le but de contrecarrer une éventuelle mise en doute du bénéfice de ces produits. Dans un second temps, nous nous attacherons à étudier les formes du discours publicitaire lorsqu’il s’adresse à un jeune public de consommateurs ayant un pouvoir persuasif sur l’acte d’achat au sein du foyer.  Cette réflexion nous mènera enfin à employer la métaphore du cheval de Troie face au constat d’une invasion des écrans dans l’espace de vie des enfants déguisés en cadeau ludo-éducatif apparemment exempt de toute nocivité[1].

I] Une stratégie d’anticipation par un renversement  de la réalité

Les concepteurs de publicités se seraient-ils approprié l’adage : « La meilleure défense c’est l’attaque » ?  Au regard de ces deux spots, il semblerait que tel est le cas. En visualisant cette publicité  avec attention, nous constatons qu’elle est bâtie sur une anticipation des critiques couramment émises quant à l’usage de ces objets par les enfants.

En effet, quels torts, voire préjudices les parents et professionnels (pédopsychiatres, professionnels de la petite enfance, orthophonistes, etc.) imputent-ils habituellement aux écrans ?

  • La passivité, le défaut, voire l’absence d’activité physique, ainsi que l’enfermement, sont sans doute les premiers  effets que l’on peut constater chez les jeunes ayant un usage excessif des écrans.

Or, le  cadre dans lequel sont  tournés ces  spots n’est bien entendu pas le fruit du hasard, il est la représentation inverse du phénomène décrié. Il s’agit d’une scène d’extérieur lors d’une journée ensoleillée avec en toile de fond un ciel bleu et un paysage verdoyant. Des enfants courent, grimpent, escaladent des jeux, font la course, sautent de joie et sont assurément débordants de vitalité.

Dans la publicité pour le portable le premier plan présente quatre enfants symétriquement alignés : un garçon, une fille, un garçon une fille. Leurs vêtements rappellent les codes couleur du produit, une façon visuelle de représenter  l’harmonie, l’équilibre et le bien-être.

  • Le repli sur soi et une communication familiale parasitée

La publicité pour les enfants met en scène un groupe d’enfants assis en cercle, se lançant des regards complices. La stratégie de communication vise à insister sur l’épanouissement social des enfants.

  • Un déficit dans les apprentissages

La tablette DIGICO est présentée comme une console  ludo-éducative. De plus, sur la page Internet de la marque Vtech les produits sont dits éducatifs : des jeux et jouets mixant subtilement l’éducatif et le fun, fondés sur le leitmotiv « Apprendre en s’amusant »  et surtout s’adressant aux parents soucieux du développement et de l’éveil de leur enfant.

  • Des problèmes de sécurité quant à l’accès à Interne

L’absence de sécurité et de fiabilité est un des reproches imputés aux objets connectés. Ce problème est ici totalement éludé : « Le plus SMART des portables ! Pas besoin d’abonnement, votre enfant échange – en wifi – des messages écrits ou vocaux, des photos, des dessins avec sa famille ou ses amis, et ceci de façon 100% sécurisée. »

II] Le message publicitaire : un dialogue entre pairs

Les publicités analysées s’adressent aux enfants à travers un vocabulaire qui leur est propre. Notons tout d’abord la voix off qui est celle d’un enfant ainsi que l’interpellation : « Eh, les copains, v’nez voir ! On prend des photos trop drôles et des vidéos trop cool. Et surtout on peut s’envoyer des messages. Plus besoin du portable des parents. On joue avec nos jeux, on écoute, notre musique, on regarde nos films. Super ! C’est trop stylé.  Avec Digigo on fait comme les grands » . « Quidizoom, mains en l’air, montre c’que tu sais faire : Qu’est-ce qu’on fait ? KIDIZOOMER ! ».

L’absence d’adulte, parents et autres enseignants est éloquente, ils n’ont pas de place ici. Ils sont devenus inutiles dans la transmission des savoirs ludiques et éducatifs. Le seul cadre (encadrement) est celui de l’écran et de ce que la source émettrice y véhicule.

III] Le cheval de Troie

Comment introduire des écrans sans en avoir l’air, sous prétexte d’éveiller les enfants et  de stimuler leurs apprentissages ? Les annonceurs et leurs intermédiaires ont compris qu’en métamorphosant un objet traditionnel[2], en l’occurrence la montre accrochée au poignet, l’enfant n’aura plus à se déconnecter. L’écran numérique est désormais greffé au corps, sous l’apparence d’une montre, véritable couteau suisse technologique, attaché au poignet ! Un objet dont la fonction initiale, donner l’heure, est reléguée à un simple accessoire, supplanté par d’autres fonctions plus attractives : «  pour faire des photos, des jeux, un film et… l’heure ».

Conclusion

En apparence, l’annonceur est parvenu à faire tomber les arguments qui militent en faveur d’un éloignement des écrans. Il faut espérer cependant que le consommateur averti ne tombera pas dans le piège. Que suppose en effet la possession par l’enfant d’une montre-écran ? Qu’en sera-t-il alors des devoirs, de la déconnexion pendant les repas, de la lecture ou d’autres activités créatrices ? Par ailleurs, rappelons qu’une image se laisse deviner à travers ce qu’elle dit et ce qu’elle montre, mais également à travers ce qu’elle tait. Qu’en est-il par exemple de l’exposition des enfants aux ondes électromagnétiques ? Que représente le coût de tels objets pour les familles ?

La publicité vise à séduire et à encourager le consommateur à l’acte d’achat. Son discours persuasif et son but mercantile nécessitent, de la part du consommateur, d’être en mesure d’exercer son discernement et son libre arbitre. C’est pourquoi l’apprentissage de la lecture des images est tout à fait  fondamental.

 

[1] Montre pour enfant : Kidizoom Smartwatch DX de Vtech

https://www.youtube.com/watch?v=V0OWyBKBzXY

Portable pour enfant : DigiGo de VTech

https://www.youtube.com/watch?v=REzuSVqgzLo

[2] L’aspect jeu traditionnel est d’ailleurs subrepticement  renforcé par la présence de bulle, balançoires, vélos…

 

Les jeunes et les médias au Sénégal : rencontres (2)

Les préoccupations des adultes relatives à l’exposition des enfants et des adolescents aux écrans ne concernent pas seulement les pays occidentaux. Elles sont partagées par tous dès lors que les technologies numériques d’information et de communication se présentent comme incontournables, garantes de modernité, dans une économie mondialisée.

 

21e causerie NYARA « Familles, jeunes et médias »

Au Sénégal, si la radio et la télévision demeurent les médias dominants, le smartphone semble progresser très rapidement, suivi par la tablette numérique et autre ordinateur. De ce fait, et parce que les mêmes causes produisent les mêmes effets, des questions émergent, teintées parfois d’inquiétude. « A la maison, chacun à son écran, on ne se parle plus »; « Mon enfant a vu un dessin animé qui heurte nos propres valeurs de parents »; Les enfants regardent la télévision trop tard le soir alors qu’ils doivent se lever très tôt le lendemain pour aller à l’école »; « Je crains la force du marketing en direction des enfants, je voudrais en protéger ma fille », etc. Ce sont, en substance, les propos que l’on entend de part et d’autre.

On le voit, les échanges entre parents, entres jeunes, sont essentiels, car ils favorisent une ouverture vers la verbalisation des questionnements, des craintes, des émotions., c’est pourquoi toutes les initiatives de rencontres sur ces sujets sont si importantes. Ensuite le partage d’information, de connaissances permet d’éclairer les esprits et de donner du sens aux attitudes éducatives qui s’ensuivent.

Remercions ici Aïcha de Nyara à Dakar et Seynabou de la communauté de mamans du Sénégal pour leur dynamisme et leurs démarches positives et constructives. Ces rencontres sont tellement stimulantes et  si enrichissantes !

« Familles, jeunes et médias » : consulter la page Facebook de Nyara, Post du 31 mars

« L’impact des écrans sur les enfants et nos familles : voir le live sur YaayTV

Les jeunes et les médias au Sénégal : rencontres (1)

Tandis que certains construisent des murs, activons-nous à ériger des ponts ! Les échanges citoyens à l’international et les relations interculturelles en constituent des exemples bénéfiques pour tous. Quant aux médias et aux technologies numériques, reconnaissons qu’elles ne connaissent pas de frontières.

Lycée Sérigne Mamadou Sérigne Mamadou Léna Diop photo.doc

Lycée Sérigne Mamadou Lena Diop – Ngaparou – SÉNÉGAL

Au Sénégal la radio et la télévision demeurent les médias les plus présents : 8 ménages sur 10 sont équipés d’une télévision. Comme ailleurs, les chaînes commerciales diffusent leurs émissions sponsorisées, supports de choix pour le placement de produits. Ces chaînes se tournent également vers les jeunes téléspectateurs à travers des émissions qui suscitent la colère de certains enseignants à l’exemple de Sen petit Gallé. Par ailleurs la télévision est parfois regardée tardivement par des enfants qui se lèvent très tôt pour aller à l’école, c’est le constat que font des professeurs de collège dont les élèves présentent des signes de fatigue.

Lycee Ngaparou

Lycée Sérigne Mamadou Lena Diop – Ngaparou – SÉNÉGAL

« Nos enfants sont, chaque jour, exposés aux contenus et à l’influence de la télévision, de jeux préformatés sur leurs tablettes, de réseaux sociaux tels que Facebook ou Skype… Sans contrôle, ni préparation, ni encadrement, encore moins de mise en lien avec nos propres valeurs » lit-on sur le site de Allo Dakar

Le taux de pénétration d’internet au Sénégal est de 37 % en milieu urbain et de 24 % en zone rurale. Néanmoins l’usage du smartphone semble se répandre de plus en plus, aussi bien chez les jeunes que chez les moins jeunes. Les connexions, lorsqu’elles ne sont pas possibles au domicile, se font dans la rue près des habitations qui disposent du wifi. C’est ainsi que l’on peut voir des petits groupes de jeunes s’agglutiner au pied de maisons, dont les habitants acceptent de partager leur connexion.

Des interventions auprès de collégiens à Dakar et à Ngaparou et les échanges qu’elles ont suscités témoignent de l’importance du téléphone portable chez ces jeunes et de l’usage des réseaux sociaux dans leur quotidien.

Les collégiens à qui l’on propose une information dans une perspective d’éducation aux médias et à l’information, se montrent très attentifs, intéressés et désireux de comprendre.


Collège CEM 19 Dakar photo 1

Collège CEM U19 – Dakar – Sénégal

Collège CEM 19 Dakar photo 3
Collège CEM U19 – Dakar – Sénégal

Le développement de l’éducation aux médias et à l’information (EMI) au Sénégal est un enjeu d’autant plus important que le taux d’analphabétisme et illettrisme touche 65 % de la population[1].

Ces nouvelles réalités ont incité le CNRA (homologue du CSA français) à se pencher sur la question en réalisant un sondage et en convoquant une journée scientifique[2]. L’éducation aux médias est désormais pensée par le CNRA comme une nécessité « pour apprendre à lire les médias, comprendre la société de l’information… »[3]

[1] Allo Dakar, Sénégal : les TV dépriment les enfants !

[2] CNRA, Protection du jeune public, Rapport annuel 2014, pp. 78-87.

[3] CNRA, Rapport annuel 2015.

Être parents face à la publicité

La publicité est partout : dans les rues, dans les rames de métro, les halls de gares ; dans les magazines, sur les écrans de télévision, au cinéma, sur Internet, dans les jeux vidéo, dans les compétitions sportives, etc. Chaque citoyen est un consommateur potentiel pour les grandes marques qui ont les moyens de s’offrir des supports aussi nombreux que diversifiés.

Or, l’une des spécificités de cette communication réside dans sa direction : à sens unique, et dans l’absence de consentement effectif du récepteur. Quel que soit son âge, son milieu social, son lieu de résidence, le destinataire ne peut échapper à cette multitude de messages commerciaux. Même s’il ne les sollicite pas, s’il ne les désire pas, ils s’imposent à lui, de fait. La relation marchande dans laquelle il se trouve involontairement introduit est par essence déséquilibrée puisque hormis le fait qu’il n’en est pas à l’origine, il ne possède aucun moyen concret de pouvoir l’éviter. Le problème se complique lorsque les enfants sont en cause. La société demande beaucoup aux parents et les chargent d’une responsabilité très lourde. Combien de fois n’a-t-on pas entendu et lu par rapport à l’influence des écrans et notamment de la publicité : « c’est aux parents de faire attention ! ». Toutefois certains messages véhiculés dans l’espace social vont à l’encontre des repères éducatifs que ceux-ci tentent d’inculquer à leurs enfants. C’est précisément le cas lorsque les messages publicitaires viennent heurter de plein fouet les convictions, morales, religieuses, ou tout simplement les références culturelles des uns et des autres. Que dire de ces panneaux publicitaires à écran LCD équipés de capteurs faciaux sur lesquels sont diffusées des publicités animées et évolutives ? À nouveau les citoyens n’ont pas la possibilité de refuser ces capteurs faciaux, ils n’ont pas davantage la capacité d’éviter l’exposition de leur enfant à des messages pouvant leur apparaitre comme potentiellement préjudiciables.

L’espace familial est-il plus favorable à une maitrise parentale des messages publicitaires ? Rien n’est moins sûr. Il suffit de se pencher sur les programmes télévisuels destinés au jeune public. La publicité s’immisce aussi bien entre les dessins animés qu’à l’intérieur même de ces derniers. Malgré la vigilance exercée par le CSA, les analyses de ces programmes enfantins révèlent des pratiques déloyales, voire même proscrites. Or si elles échappent à l’instance de contrôle, c’est qu’elles peuvent être insidieuses et difficiles à débusquer[1], « Pas vu pas pris »[2] comme le suggère le titre d’un documentaire de Pierre Carles.

La construction même des programmes jeunesse est élaborée en vue de susciter la confusion entre les fictions animées qui font l’objet de programmation et les publicités qui les entourent. Les marques de passage (génériques, indicatifs publicitaires) sont singulièrement réduites, voire gommées à la seule fin que l’enfant ne soit pas en mesure de différencier la publicité des dessins animés. Les spots publicitaires se présentent eux-mêmes comme de courtes fictions animées achevant ainsi la confusion des genres dans l’esprit du jeune téléspectateur. Certains d’entre eux s’inscrivent dans une pratique totalement déloyale vis-à-vis de l’enfant et de ses parents, à l’exemple de cette publicité pour une application de smartphone payante. La mention « demande l’autorisation à tes parents » est bien présente, mais elle est insérée en petits caractères et défile à une vitesse accélérée ce qui n’en permet aucunement la lecture[3]. Quoi qu’il en soit, un grand nombre de dessins animés servent de faire-valoir aux marques présentes sur le marché des 4-10 ans. Tel cet épisode de Garfield dans lequel une séquence introductive présente le personnage de la série éponyme en train de regarder la télévision en mangeant des céréales dans un grand bol. Lui et son compagnon s’adressent directement aux téléspectateurs en ces termes : « Il n’y a rien de mieux dans la vie que de s’installer confortablement devant sa télévision en mangeant un délicieux petit encas », (phrase répétée deux fois). Ce message, loin d’être anodin, introduit deux types d’attitudes  contestables : regarder la télévision plutôt que de s’adonner à des activités sportives ou créatives, manger en grande quantité un produit alimentaire qui s’apparente aux céréales des grandes marques vendues dans les supermarchés. Notons-le, ces comportements prônés dans la fiction vont à l’encontre des recommandations émises par le Programme National Nutrition Santé « Manger Bouger » et introduisent un risque pour la santé de l’enfant.

Ces exemples, rapidement présentés, démontrent encore le rapport de force déséquilibré entre des annonceurs disposant de moyens financiers importants associés à des publicitaires et diffuseurs, et des parents, le plus souvent entretenus dans la méconnaissance de pratiques publicitaires et marketing extrêmement sophistiquées. Les sites internet et autres applications destinées aux enfants nécessitent de même une grande vigilance de la part des parents et des éducateurs.

Le législateur comprendra le désarroi des parents soucieux du bien-être de leur enfant et désireux de le voir grandir dans un monde qui le respecte. Dans le contexte d’une société ouverte à la publicité sans réglementation rigoureuse, le plein exercice de la parentalité est-il possible ? N’est-il pas nécessaire et important de rétablir un rapport de force équitable entre les acteurs marchands et la société civile ?

[1] BATON-HERVE E., Les enfants téléspectateurs, programmes, discours, représentations, L’Harmattan, 2000 – Enfants et télévision, une affaire de famille, L’Harmattan, 2005.

[2] CARLES P., « Pas vu pas pris », série documentaire sur les médias en trois volets, 1998

[3] https://elisabethbatonherve.com/2016/11/03/publicites-pour-enfants-parents-soyez-vigilants/

https://elisabethbatonherve.com/2014/09/29/la-communication-publicitaire-en-direction-des-enfants-lexemple-des-programmes-jeunesse-de-la-television-francaise/

 

Texte écrit à l’occasion du procès d’une jeune maman ayant écrit « Gare à la pub » sur un panneau publicitaire : http://www.deboulonneurs.org/article743.html

Une association pour réduire le temps d’écran

Dans un article précédent, nous avions informé de la création d’un nouveau site internet alertecran.org. En ce début d’année, nous nous tournons vers les projets innovants intéressés par une réflexion sur la place prise par les écrans et technologies numériques dans la vie des enfants et des adolescents. C’est pourquoi nous avons demandé à Anne Lefèbvre, présidente d’ALERTE (association pour l’éducation à la réduction du temps-écran), de nous présenter cette jeune association.

moins-decran-plus-dautres-choses

Moins d’écrans c’est plus d’autres choses !

Vous êtes présidente de l’association ALERTE, pouvez-vous nous dire ce qui a motivé sa création ?

Je me suis investie plusieurs années comme parent d’élève à l’école de ma fille 40bis Manin à Paris (19e) dans l’organisation d’un « défi sans écran » qui avait été impulsé depuis 2009 sur cette école par une déléguée des parents d’élève et le directeur de l’école. Leur attention avait été attirée par des animateurs lors d’une visite de cantine au sujet de jeux de catch dans la cour de récréation, répliques de programmes audiovisuels violents et dangereux. La représentante des parents d’élèves s’est alors mise en contact avec Eco-Conseil à Strasbourg et avec le directeur d’école de la commune qui lança en 2008 en France le premier défi sans écrans dont elle avait entendu parler à la radio.

Puis j’ai contacté Jacques Brodeur qui est venu rencontrer l’équipe pédagogique et les parents élus disponibles. Le tissu associatif local, la mission ville, qui avaient précédemment été mobilisés, ont poursuivi leur action conjointe jusqu’en 2014 où nous avons coorganisé un colloque avec la fondation de Jacques Brodeur Edupax, à la salle des fêtes de la Mairie du 19e. C’est à la suite de ce colloque que nous avons fondé ALERTE, association pour l’éducation à la réduction du temps-écran en vue de soutenir durablement les valeurs de l’école.

Comme psychologue en pédopsychiatrie dans le Val de Marne, je constate tous les jours l’ampleur du challenge qui est devant nous pour aider les familles à résister au tsunami numérique : c’est donc tout naturellement que j’ai repris la présidence de cette association après le départ des deux autres membres fondateurs.

Le tout numérique ne tient pas ses promesses concernant les apprentissages. Les familles anxieuses de la réussite scolaire de leurs enfants luttent tous les jours contre l’usage exclusivement récréatif et chronophage que les enfants en font en réalité. Elles doivent être informées des dommages que cela cause d’autant plus gravement que l’imprégnation aura été précocement intensive. Orthophonistes, psychomotriciens alertent sur les retards de développement, les enseignants sur les difficultés d’attention et l’excitation ainsi que sur la perte du sens de l’effort scolaire…

 

Quel est l’objectif principal de l’association ALERTE ?

  • Soutenir l’organisation de défis sans écrans dans les établissements scolaires pour offrir aux élèves et à leurs familles une expérience de déconnexion afin de prendre conscience de la place que les écrans prennent dans la vie des enfants, des adolescents et de leurs parents.
  • Informer les jeunes et leurs familles sur les dégâts causés par la consommation excessive des écrans (télévision, ordinateur, smartphones, tablettes, platine de jeux vidéo, etc.). En effet les conséquences d’une surexposition aux écrans peuvent être très lourdes pour les jeunes : temps pris sur le sommeil, sur la communication intrafamiliale, sur la lecture, les devoirs, les activités ludiques, sportives ou créatives.  Des impacts négatifs en découlent : sédentarité, surpoids, tyrannie des publicités, difficultés cognitives, attention, concentration, mémorisation, retard de développement du langage et de la motricité fine et globale, difficulté à réguler le temps passé, puissance addictive et multiplicité des écrans, exposition à la violence, troubles anxieux, baisse de l’empathie, mimétisme, intolérance à la frustration, échec et décrochage scolaire…

 

Quels sont les projets à court et moyen terme d’ALERTE ?

Nous essayons d’organiser tous les deux ans au moins un colloque sur ces thématiques à la mairie du 19e et de soutenir indirectement des initiatives locales partout en France

 

Qui peut adhérer et comment ?

L’adhésion annuelle de soutien est de 20 euros, une adhésion collective pour un groupe scolaire de 200 euros. Cela permet de prendre en charge les frais d’impression des  plaquettes d’information aux familles. Nous avons une page Facebook et un site internet régulièrement mis à jour : alertecran.org (site),   et @ALERTE.REDUCTION.TEMPS.ECRAN (page FB). N’hésitez pas à faire  remonter vos expériences locales, nous sommes réactifs. Il est possible de nous solliciter pour des interventions ponctuelles dans les écoles et pour des conférences : un certain nombre de conférenciers siègent à notre CA. Nous diffusons aussi par mail « Les 4 temps », kit de prévention : clip vidéo, affiche et dépliant, conçus par Sabine Duflo et présentés lors du colloque d’octobre 2016.

 

Que souhaitez-vous transmettre comme message en ce début d’année 2017 aux lecteurs de ce blog ?

ALERTE et EDUPAX  organiseront en octobre 2017 un nouveau colloque sur la thématique des adolescents face aux écrans à la mairie du 19e arrondissement de Paris, nous les invitons vivement à y participer et/ou à faire remonter leurs expériences, observations et analyses.

img_1419 Merci Anne !