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Grandir avec les écrans ?
Ce qu’en pensent les professionnels de l’enfance
De Elisabeth BATON-HERVE

En librairie – En savoir plus

En un peu plus de vingt années, l’environnement médiatique et technologique des familles s’est sensiblement modifié. Les enfants grandissent désormais dans un monde d’écrans. En effet, chaque unité familiale est équipée de matériels technologiques de formats divers, aux nombreuses fonctionnalités, interconnectables, fixes et nomades, utilisables par chacun, quel que soit son âge. La sur-stimulation audiovisuelle précoce et la surexposition aux écrans sont source d’inquiétudes et objets fréquents de débats.

Dans l’enquête menée de façon indépendante auprès de professionnels de l’enfance, l’auteur scrute les conséquences d’un trop-plein d’écrans pour la santé, le développement et le bien-être des moins de 16 ans. Son objectif est de considérer avec lucidité les problèmes de tous ordres occasionnés par les écrans – y compris les enjeux de l’économie du numérique et le pouvoir financier des grandes firmes impliquées dans ce vaste marché – pour mieux les prévenir. C’est seulement à cette condition que nous pourrons entrer avec les enfants et adolescents dans un usage profitable des écrans numériques.

Retrouvez tous les titres parus dans la collection 1001 et + dirigée par Patrick Ben Soussan en suivant ce lien.

Une classe virtuelle pour les enfants de maternelle ?

En cette période troublée par un mauvais virus qui nous contraints au confinement, parents et grands-parents s’interrogent sur l’opportunité qu’il y aurait à placer les enfants devant les écrans. D’autant que les initiatives fleurissent sur le Net. Une amie s’interroge pour sa petite fille.

Question

« En voyant cette proposition d’une maîtresse de maternelle, j’aimerais avoir ton avis. Ça semble tentant pour Alice… à part que ça l’habitue aux écrans dès maintenant. Penses-tu comme moi que c’est mieux que le parent s’en inspire surtout si la maîtresse n’est pas la sienne ? »

Réponse

« Tu as tout à fait raison, il est préférable que les parents s’en inspirent pour des activités « en réel » et concrètes avec les enfants !

Dans cette période de confinement, on a trop tendance à penser que les écrans vont remplacer tout ce que l’on peut faire dans la vie réelle ! On les utilise parfois à tort et à travers.

Cette maîtresse parle de ses petits élèves de 2 ans ½ à 4 ans. Son intention est louable et certainement bien intentionnée. Cette initiative n’en présente pas moins des risques et pose la question de sa pertinence selon l’âge de l’enfant.

Il faut rappeler qu’un enfant de 2 ans n’est pas devant l’écran « il est dans l’écran » comme me le disait une psychologue lors de mon enquête. Par ailleurs l’enfant de cet âge n’a pas encore acquis le concept de représentation. Pour que le tout-petit comprenne le cours de la maîtresse via une vidéo, il faut qu’il soit en mesure de comprendre que c’est une représentation-image de sa maîtresse. Par ailleurs il faut qu’il soit en mesure d’associer son monde en 3D et celui de l’image qui est en 2D. Or, avant trois ans, les enfants présentent ce que des psychologues américains du développement ont appelé un « déficit vidéo » (Judy S. DeLoache – Daniel R. Anderson). Ce terme ce réfère à l’observation selon laquelle les jeunes enfants apprennent mieux dans le cadre d’une relation directe, c’est-à-dire, en présentiel, que par le biais d’un écran.

À partir de trois ans sur des périodes courtes, cela commence à être possible. À condition qu’un adulte soit présent pour donner à l’enfant les explications suffisantes, s’assurer qu’il comprenne bien et que ça ne le fatigue pas trop (regarder un écran peut occasionner une grande fatigue).

Et, comme tu le signales, que se passe-t-il pour les petits élèves dont ce n’est pas la maîtresse ? Nous le savons pourtant, la relation du petit enfant à son enseignante est très affective.

En vérité n’est-ce pas beaucoup demander aux enfants en bas âge ?

Quoi qu’il en soit, oui, le risque demeure de rendre les tout-petits dépendants des écrans. Cette période est au contraire l’occasion rêvée (si je puis dire !) de faire des choses ensemble, petits et grands, d’être dans l’inter-relation et par conséquent en interaction. L’essentiel à cet âge étant de favoriser le développement de la motricité (fine et globale) et du langage dans une présence bienveillante à l’enfant.

Que faire en période de confinement, sans avoir trop souvent recours aux écrans ? (3)

Le premier dessin, c’est un téléphone qui a l’air attrayant mais qui, en fait est un piège (autour de lui, il n’y a que du noir), comme dans Hansel et Gretel avec la maison de la sorcière. Concernant le deuxième, c’est une personne qui est addict à la télé. Pour les suivants, ce sont des idées d’autres activités pour ne pas regarder les écrans : des gens qui s’amusent, des crayons pour dessiner, un livre, une guitare pour dire qu’on peut aussi faire de la musique.

Léna 14 ans.

Lire, écrire, dessiner, faire de la musique sont les idées proposées par Léna. Et attention au piège que représentent les écrans prévient-elle !

MERCI À TOI LÉNA !

Que faire en période de confinement, sans avoir trop souvent recours aux écrans ? (1)

Enfants et adolescents d’ici et d’ailleurs, c’est à vous de nous faire part de vos propres idées. Cet espace est mis à votre disposition !

A vos textes, dessins, vidéos, photographies et toutes autres créations que vous voudrez bien partager dans ces pages !

Qui commence ?

PS : les envois peuvent se faire à cette adresse : e.batonherve(at)orange.fr