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Règles des 3-6-9-12 ? Écrans passifs ou interactifs ? Pas si simple !

Les réflexions sur les écrans et les enfants abondent : écrits scientifiques, professionnels, articles de presse, productions émanant du milieu associatif, etc. Pour autant, nous ne savons pas toujours tirer parti des connaissances accumulées au fil des ans. Un clivage s’opère entre chercheurs et spécialistes et gagne le grand public. De leur côté, les journalistes de la presse écrite aussi bien que des médias audiovisuels ont tendance à s’alimenter auprès des personnalités les plus médiatisées laissant dans l’ombre tout un pan de la recherche.[1] Or, la société civile aurait grand besoin d’avoir accès à des connaissances diversifiées et qui tiennent compte de la complexité à l’œuvre. Dès lors, comment faire la part des choses ?

Tendance à la simplification

Une tendance à la simplification se décèle notamment dans la diffusion de pensées binaires : il y aurait ainsi des écrans passifs et des écrans interactifs, une  culture du livre et une culture numérique, des avantages et des inconvénients aux écrans, etc. Cette posture se retrouve également dans la tentation de délivrer des règles de conduite censées résoudre les problèmes liés aux usages des écrans chez les enfants et les adolescents. Associée à une éducation aux médias dès le plus jeune âge ainsi qu’à une éducation à l’autorégulation des usages, les écrans ne devraient plus être considérés comme problématiques. Pourtant, force est de constater que la réalité est toute autre.

La règle des 3-6-9-12 a été élaborée en 2013[2], suite à la publication de l’Avis de l’Académie des sciences. Elle a le mérite de fonctionner comme une alerte auprès des parents en leur fournissant quelques repères. Néanmoins elle nécessite d’être interrogée.

Écrans passifs, écrans interactifs : un partage erroné

Considérons tout d’abord que les repères d’âges proposés reposent sur une césure incertaine : certains écrans seraient passifs quand d’autres seraient interactifs. Au-delà du jugement de valeur sous-tendu par ce partage (le passif serait du côté du négatif, l’interactif du côté du positif), il est à noter qu’aucun argument solide ne vient l’étayer.[3] Il est fort étonnant de prêter aux écrans ces caractéristiques, car ils ne sont pas « naturellement » passifs ou interactifs. Ce sont leurs contenus, leurs fonctionnalités, leurs modalités de fonctionnement qui sont en cause. Par ailleurs, si l’écran de télévision est encore très présent dans les foyers, les enfants sont de plus en plus amenés à regarder les dessins animés sur les tablettes. Non seulement cette division ne tient pas, mais elle est trompeuse, car elle laisse entrevoir des bénéfices plus grands des écrans dits interactifs en oblitérant les stratégies de captation de l’attention qui s’y déploient et conduisent insidieusement à des usages excessifs.

Certains écrans à certains âges ? Il n’y a pas de règle !

Il est certes nécessaire et important de présenter les écrans aux enfants de manière pertinente et adaptée. Dans ce sens, aussi séduisants qu’ils puissent paraître, les repères d’âge précis présentent des limites. Sans doute il y a-t-il une période de la vie au cours de laquelle il est grandement préférable de s’abstenir de tout écran. De la naissance à environ 3 ans aucun écran n’est adapté : télévision, tablette, smartphone, ordinateur, écartent le tout-petit de ses expériences sensorimotrices et ne sont aucunement adaptés, incapable qu’il est, à cet âge, de faire la différence entre la représentation et le représenté, entre le monde réel en 3 dimensions et le monde de l’image en 2 dimensions. Quels qu’ils soient, les écrans nécessitent par ailleurs des habiletés optiques qui ne s’acquièrent que très progressivement. Ne nous y trompons pas, ainsi que le rapportait une psychologue, « l’enfant en bas âge n’est pas devant l’écran, il est dans l’écran », car lui et son environnement ne font qu’un.[4]

Au-delà de 3 ans, les écrans ne sont pas nécessaires. Plus l’enfant en sera éloigné, plus il aura l’opportunité de développer tout son potentiel psychomoteur, cognitif, langagier, etc. Ensuite, nos recherches démontrent que l’environnement adulte de l’enfant est déterminant. C’est la raison pour laquelle il est difficile d’affirmer qu’il existe un âge donné pour un matériel numérique précis. Pourquoi, par exemple, un enfant de 7 ou 8 ans ne pourrait-il avoir accès à Internet pour une tâche convenue, sur une période délimitée avec un accompagnement parental ? Les origines sociales et culturelles des parents, leur capacité à proposer ou non des alternatives aux écrans, leur aptitude ou non au dialogue, la faculté ou non de ceux-ci à étayer les apprentissages autour du langage, de la découverte du monde, sont autant de critères à prendre en compte. Dans ces conditions une même règle peut-elle s’appliquer de manière indifférenciée à toutes les familles et à tous les enfants ?

L’éducation à l’utilisation des écrans oui, mais ce n’est pas suffisant

Malgré le recul des années, l’éducation aux médias et à l‘information (EMI) est loin d’être suffisante. Il serait temps qu’elle se développe de manière beaucoup plus massive et plus systématique dans l’enseignement. Les pouvoirs publics et politiques ont là un rôle important à jouer. Il en va de la capacité des jeunes à être en mesure d’exercer pleinement leur citoyenneté dans le présent et dans le futur.

Mais il est intellectuellement malhonnête de n’envisager les remèdes à un mésusage des écrans que sur le versant du citoyen-consommateur. La responsabilité des grandes entreprises internationales présentes sur le marché du numérique est énorme. Les stratégies marketing, les enjeux associés à la récolte des données personnelles, les pratiques de captation de l’attention concourent puissamment à contrecarrer les démarches pourtant positives de bons usages des écrans. En cela le rapport de force est extrêmement déséquilibré.

Œuvrer pour le bien-être des enfants et des adolescents dans une société connectée n’est pas du seul ressort des parents, des éducateurs, des soignants… Les acteurs économiques et les décideurs politiques doivent également assumer leur part de responsabilité.


[1] Ce n’est pas nouveau. Voir à ce sujet BATON-HERVÉ Élisabeth : Les enfants téléspectateurs. Programmes, discoures, représentations, l’Harmatan 2000.

[2] Avis de l’Académie des sciences, L’enfant et les écrans, Le Pommier, janvier 2013

Serge Tisseron, Grandir avec les écrans. La règle 3-6-3-9-12, Yakapa avril 2013

[3] Voir à ce sujet « Écrans interactifs, écrans non interactifs, une césure trompeuse », in Grandir avec les écrans ? Ce qu’en pensent les professionnels de l’enfance, pp. 278-286, érès, 2020.

[4] Élisabeth BATON-HERVÉ : Grandir avec les écrans ? Ce qu’en pensent les professionnels de l’enfance, érès, 2020.

A Ngaparou (Sénégal) causerie sur les écrans dans une entreprise

Ngaparou mars 2021

Abdoulaye et Marina Gning, créateurs de ApiAfrique ont souhaité qu’une causerie sur les écrans soit proposée aux salarié(e)s de leur entreprise. Après une présentation rapide d’ApiAfrique, ils nous expliquent pourquoi une réflexion sur les écrans leur a paru importante.

Pouvez-vous, en quelques mots, nous présenter votre entreprise et ce qui a motivé sa création ?

Le Sénégal en particulier, et l’Afrique en général, ont vu ces dix dernières années l’arrivée massive de produits jetables. Ces derniers génèrent beaucoup de déchets non recyclables avec des impacts négatifs sur l’environnement et sur la santé des populations. Ils rendent aussi les populations dépendantes, car il faut sans cesse acheter ces produits de première nécessité.

Afin d’apporter des solutions à cette problématique des produits jetables, nous avons créé ApiAfrique, une entreprise sociale sénégalaise localisée à Ngaparou à côté de Mbour au Sénégal. Elle a pour activité la conception, la fabrication et la distribution de produits et de services contribuant à la réduction des déchets, à l’autonomisation des femmes et à la protection de la santé. Nos principaux produits sont les couches lavables et les serviettes hygiéniques lavables.

Pourquoi avoir organisé une causerie avec les salarié(e)s sur les écrans et sur l’usage que l’on en fait ?

Notre équipe compte aujourd’hui 25 personnes, dont 90% de femmes et de jeunes de moins de 30 ans. Au Sénégal, les écrans tels que la télévision et les smartphones sont omniprésents dans les foyers. Nos employés ne font pas exception, ils possèdent chacun au moins un smatphone qu’ils utilisent à longueur de journée et une télévision chez eux qu’ils regardent tous les jours.

Par ailleurs aucune sensibilisation n’est faite au Sénégal pour mettre en garde les citoyens sur les impacts négatifs sur la santé mentale et physique des jeunes et des adultes avec l’utilisation abusive des écrans. C’est pourquoi nous avons décidé d’inviter Mme Élisabeth Baton-Hervé, afin qu’elle partage avec nous son expérience et nous donne des conseils pratiques pour savoir comment gérer notre « consommation » d’écran.

Que pensez-vous de ce temps d’échange ?

Cet échange a été très instructif pour toute l’équipe. Il nous a permis de voir que nous avons souvent tendance à utiliser les écrans sans réfléchir auparavant sur le « pourquoi » nous les allumons. Les écrans sont souvent un passe-temps et nous n’en mesurons pas tous leurs impacts.  Par exemple plusieurs personnes pensent que ce n’est pas grave de mettre un enfant de moins de 4 ans devant la télévision ou de lui donner un portable. Elles ne mesurent pas les impacts négatifs sur le développement intellectuel et physique de l’enfant. Par ailleurs, nous avons aussi remarqué le rôle désocialisant des écrans, car les gens sont plus obnubilés par les interactions avec leur téléphone qu’avec les autres membres de la société.

Mme Baton-Hervé nous a montré avec des exemples parlants les conséquences néfastes sur la santé, le mental et le développement moteur d’une utilisation abusive des écrans. Sans pousser à une suppression totale des écrans, elle nous a invités à nous fixer des règles pour ne pas tomber dans les pièges des annonceurs.

Suite à la causerie, il a été demandé aux participant(e)s ce qu’ils (elles) en ont pensé, ce qu’ils (elles) ont retenu de ce temps d’échange, si leur façon de voir l‘univers des écrans a changé et si cela a abouti à des changements véritables dans leur quotidien.

Témoignages

Modji « La causerie était intéressante ça nous a permis de savoir beaucoup de choses qu’on ne savait pas sur les écrans. J’ai pu retenir que le fait de rester devant les écrans pendant des heures n’est pas conseillé. La causerie m’a permis d’avoir une autre vision des écrans et je me suis rendu compte que je perds du temps devant mon téléphone inutilement. Oui j’ai réduit le temps que je passais sur mon téléphone et la télé.»

Anta « La causerie était très captivante et constructive, car ça nous a permis de mieux comprendre comment et quand on utilise les écrans. Durant la causerie j’ai pu retenir que les écrans nous empêchent de communiquer avec nos proches pour tisser des liens et nous isole de tout. Ma vision a changé, car je considérais l’écran comme moyen de distraction alors que c’est beaucoup de temps perdu pour des choses inutiles. Les écrans, ça peut aussi nous rendre inefficaces, car si on y passe trop de temps ça nous empêche d’avancer et de faire des choses utiles. Oui j’ai déjà commencé à changer depuis ce jour et j’ai même sensibilisé la famille, surtout les enfants sur ce sujet.»

Marianne « Intéressant ! J’ai beaucoup appris sur les écrans, sur leurs côtés positifs et négatifs. Pendant la causerie j’ai pu retenir que rester pendant des heures devant les écrans nous empêchent de communiquer et d’être en famille. Grâce à la causerie, je me suis rendu compte que trop d’écrans ce n’est pas bon pour les yeux. Oui, je fais de mon mieux pour regarder le moins possible les écrans, j’en ai même parlé avec mes frères.»

Bineta « La causerie était très intéressante, car on a appris plein de choses très importantes. Durant la causerie j’ai pu retenir que trop d’écrans ce n’est pas bon pour les adultes et les enfants. Un enfant qui passe beaucoup de temps devant les écrans n’est pas le même que celui qui joue avec des jouets. Après la causerie j’ai une autre vision des écrans et je trouve que le temps qu’on y passe est inutile. J’ai commencé à réduire les écrans et maintenant je passe moins de temps sur mon téléphone.»

Véronique « La causerie sur les écrans était très importante. J’ai pu retenir que le fait de rester durant des heures devant les écrans nuit à notre santé. J’ai pu constater que les écrans nous prennent beaucoup de temps et nous empêchent de faire notre travail correctement. Avant la causerie je passais beaucoup de temps devant la télé, même jusqu’à 3 heures du matin, et maintenant j’y passe moins de temps.« 

Aissatou « La causerie était hyper intéressante, je ne savais pas que les écrans pouvaient causer tant de dégâts sur les adultes et les enfants. Durant la causerie j’ai pu retenir que les enfants de moins de 3 ans ne doivent pas regarder la télé. Ma vision des écrans a vraiment changé depuis ce jour, car je pensais que c’était un moyen de distraction alors que c’est juste une perte de temps. Oui depuis la causerie je regarde moins la télé et j’utilise mon téléphone seulement pour des choses utiles.»

Macumba « La causerie était très intéressante, vraiment. En tant qu’adulte je ne savais pas que les écrans peuvent être aussi dangereux. Je suis père de famille et la causerie m’a permis de mieux éduquer mes enfants sur la manière d’utiliser les écrans. Ma vision des écrans a beaucoup changé et j’ai compris que les écrans ne sont pas aussi utiles qu’on le pense. Depuis ce jour pendant les repas interdiction de regarder son téléphone ou la télé.»

Ndeye « La causerie était très passionnante. Je croyais que je savais tout, mais en écoutant parler l’intervenante je me suis rendu compte que je ne savais rien sur les écrans. Durant cette causerie j’ai pu retenir que trop d’écrans nous rend moins efficaces et que ce n’est pas utile du tout. Ma vision des écrans a beaucoup changé depuis ce jour, car à la fin, si les écrans ne nous apprennent rien d’important et qu’ils nous prennent tout notre temps, ce n’est pas la peine d’y passer autant de temps. Oui, je commence petit à petit à diminuer les écrans. Je m’en sors pas mal avec mes neveux à la maison.»

Fatima « La causerie était très captivante, vraiment. J’ai pu retenir que les écrans ne sont pas aussi efficaces sur l’éducation des enfants comme on le dit au Sénégal, au contraire ça les empêche de bien réfléchir et même de développer leurs capacités intellectuelles. Ma vision sur ce sujet a beaucoup changé, car à la fin de la causerie j’ai pu réfléchir sur comment j’utilise les écrans à la maison. Depuis ce jour on a fixé des heures pour regarder la télé et passer plus temps en famille. »

Mame Faye « La causerie était très très passionnante. J’ai compris que trop d’écrans ce n’était pas bon pour la santé. Grâce à la causerie j’ai pu retenir que trop écrans ce n’était pas bon pour la vue et pour les enfants de moins de 3 ans. Ma vision sur les écrans a changé depuis ce jour, car pour moi ça ne nous apprend rien, c’est juste une perte de temps. Je regarde de moins en moins les écrans maintenant.»

Aissatou « La causerie était très constructive. Durant la causerie ce qui a le plus attiré mon attention c’est l’histoire de l’enfant qui ne pouvait rien faire de ses mains à cause des écrans. Ma vision est qu’on perd beaucoup de temps pour des choses inutiles et ça doit nous inciter à mieux comprendre comment on utilise les écrans. Oui maintenant je regarde de moins en moins les écrans. »

Tening « C’était très intéressant, car ça nous a permis de mieux comprendre comment on utilise la télé. Durant la causerie j’ai pu retenir que les écrans accaparent beaucoup des enfants, car je vois même des enfants qui imitent les dessins animés. Ma  vision est que les écrans c’est une perte de temps. Bien sûr j’ai même réduit le nombre d’heures passées devant ma télé. »

Marie-Louise « La causerie était super intéressante. J’ai pu retenir que le fait de passer trop de temps devant la télé et le téléphone peut nuire à notre vision. Ma vision des écrans a changé depuis ce jour, car on comprend que les émissions qu’on regarde ne nous apprennent rien d’important. Oui depuis ce jour j’ai diminué le nombre d’heures passé devant les écrans. »

Mactar « La causerie était super captivante, ça nous a permis de mieux comprendre la manière d’utiliser les écrans et les conséquences d’un usage excessif. Durant la causerie j’ai pu retenir que trop de temps d’écrans nous empêche d’être utiles, de prêter attention à ce qui se passe autour de nous et nous de communiquer. Ma vision des écrans a beaucoup changé depuis ce jour, car au lieu d’être une source d’apprentissage, les écrans ne font que nous causer du tort. Oui depuis ce jour je m’éduque et j’éduque aussi mes neveux sur la manière d’utiliser les écrans.»

Merci à Madame Élisabeth Baton-Hervé de la part de toute l’équipe Apiafrique de nous avoir fait cet honneur. 

Jacques Brodeur nous à quittés !

Jacques Brodeur, Montréal, novembre 2019

Jacques Brodeur nous a quittés, emporté en quelques jours par la Covid 19.

Ancien professeur de sport, Jacques Brodeur a toujours été soucieux de la santé et du bien-être des enfants et des adolescents. « L’éducation à la paix, aux médias, la prévention de la violence et le développement de saines habitudes de vie » étaient au cœur de son engagement.

Fondateur du Défi 10 jours sans écrans au Québec, puis en France, il était convaincu qu’il y avait urgence à promouvoir la réduction du temps-écran.

Il avait conscience que les grandes firmes internationales que l’on appelle GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft), sont davantage préoccupées par la manne financière escomptée par leurs activités que par des questions d’ordre éthique et déontologique.

Le développement accéléré de la technologie numérique a entrainé un accroissement important d’écrans de toutes natures, accessibles à un âge de plus en plus précoce, avec des offres de contenus plus orientés vers le divertissement que vers l’éducatif. L’augmentation du temps écran qui en a résulté conduit les enfants à une surexposition avec des conséquences très préoccupantes : santé fragilisée, agressivité, harcèlement, baisse des résultats scolaires, etc.

Face à ces constats, il était convaincu qu’il fallait œuvrer pour encourager petits et grands à une réduction du temps d’écran. Le Défi 10 jours sans écrans est né de cette nécessité. Son site Edupax témoigne de ses nombreuses interventions ainsi que du dynamisme et savoir-faire qu’il y déployait.

Mais il ne s’est pas arrêté là, il a également été cofondateur de l’association Alerte écrans, des Chevaliers du web et a organisé de nombreux colloques.

Une de ses phrases clés était : « Les écrans pour servir, non pour asservir » !

Jacques Brodeur avait pour habitude de distribuer des bravos aux uns ou les autres lorsqu’ils contribuaient, à leur manière, à cette œuvre commune de prévention des effets néfastes des écrans. A notre tour, nous lui disons BRAVO JACQUES !

Carte des Défis réalisés en France
Colloque Montréal, novembre 2019

Objets numériques : scandaleuses pratiques de travail d’enfants

Les appareils numériques qui peuplent notre quotidien nous offrent la possibilité de nous divertir, de communiquer, de nous informer, de créer, de travailler, etc., Super, c’est le progrès ! Un progrès… pas pour tout le monde.

Nous avons pour habitude de nous concentrer sur l’enfant devant l’écran, mais que se passe-t-il avant qu’il ait reçu sa petite machine numérique ? Que se passe-t-il ensuite lorsqu’elle devient obsolète ? Cet article se propose d’élargir le champ de notre réflexion pour examiner d’un peu plus près la réalité de l’industrie du numérique dans ses phases de production, de consommation, jusqu’à l’étape finale de l’objet-déchet, avec la question centrale de la place et de la condition des enfants dans ce circuit ?

Ce détour est nécessaire, voire urgent, car dans le contexte d’une économie mondialisée et d’une industrialisation de produits high-tech de même envergure, la consommation des pays riches doit pouvoir également ne plus considérer le seul usage immédiat de ces technologies numériques, mais embrasser également les conditions de leurs productions aussi bien que leur fin, à savoir, les déchets qu’elles finissent toujours par devenir. C’est toute la démarche déployée par Fabien Lebrun dans son dernier ouvrage « On achève bien les enfants » : « La destruction des enfants par les écrans est réelle, concrète et visible en amont et en aval du cycle de production, c’est-à-dire de leur conception, des minerais extraits de terre, éléments matériels des écrans, à la transformation (métallurgie, raffinerie), leur assemblage, leur finition et leur commercialisation, leur consommation et leur utilisation, jusqu’à leur destruction et leur disparition, c’est-à-dire en tant que déchets aussi bien concrets que réels » (p. 152).

Ce smartphone, entre nos mains, deviendra très vite obsolète…

Remontons le cycle de production de nos appareils tant convoités. Ce smartphone, entre nos mains, deviendra très vite obsolète (obsolescence programmée), cela d’autant plus que la 5G s’impose déjà aux consommateurs que nous sommes. Or, « La production de déchets électriques et électroniques dans le monde (DEEE) représente 53,6 millions de tonnes, l’équivalent d’environ 1,7 t par seconde et de 7,3 kg par personne en moyenne et par an. » selon le site Planétoscope. Pour Fabien Lebrun, « 60 à 80 % de ces déchets sont gérés de manière opaque et envoyés illégalement des pays riches vers les pays pauvres » (p.154). Ces pays receveurs de nos déchets sont : la Chine, l’Inde, le Nigéria, le Ghana, pour ne citer que ceux-là. Or, sait-on que beaucoup d’enfants travaillent dans ces vastes décharges à ciel ouvert dans des conditions extrêmement périlleuses pour leur santé. Agbogbloshie, au Ghana, est l’une de ces décharges (lire, à ce sujet l’article fort instructif de Antonella Sinopoli (voir ci-dessous). Notons au passage que la France détient le triste record d’être le plus grand émetteur au monde de déchets électroniques avec plus de 20 kg par personne ! Au niveau mondial, ces déchets ont augmenté de plus de 21 % en 5 ans ! (greenIT.fr source « The Global E-Waste Monitor 2020 »).

Nos enfants, accros à leurs écrans, savent-ils que leurs pairs d’autres pays travaillent en nombre dans des usines sous-traitantes des grandes marques qui se disputent le marché occidental. L’une d’elles, l’usine LCE, située en Chine, est même dite « l’usine des enfants ». De jeunes mineurs (ayant parfois moins de 14 ans) travaillent sur les chaines de montage, des heures durant, pour un salaire de misère et dans des conditions souvent inhumaines.

Mais l’exploitation des enfants ne s’arrête pas là. Batterie, écran, électronique, coque de nos gadgets électroniques, conçus par les ingénieurs de la Silicon Valley, nécessitent l’utilisation de métaux rares (cobalt, lithium, cuivre, tantale, coltan…). Le Congo (RDC) est un des grands fournisseurs de ces métaux. Dans un rapport publié en 2015, Amnesty International révèle les conditions périlleuses dans lesquelles des enfants parfois très jeunes (7 ans) contribuent à extraire ces minerais.

« Les vitrines des boutiques chics et le marketing des technologies de pointe contrastent vivement avec les enfants ployant sous les sacs de roches et les mineurs s’affairant dans les étroits tunnels qu’ils ont creusés, exposés au risque de contracter des affections pulmonaires permanentes. Des millions de personnes bénéficient des avantages des nouvelles technologies, sans se préoccuper de la manière dont elles sont fabriquées. Il est temps que les grandes marques assument leur part de responsabilité dans l’extraction des matières premières qui rendent leurs produits si lucratifs. » (Mark Dummett, spécialiste de la responsabilité des entreprises en matière de droits humains à Amnesty International).

C’est évident, réduire le temps passé par nos enfants sur leurs écrans est un préalable incontournable pour garantir leur bien-être et leur santé. Mais, informer largement sur les scandaleuses pratiques de travail d’enfants en amont et en aval de la vie des objets numériques peut, non seulement contribuer à donner du sens à la réduction du temps-écran, mais également sensibiliser le consommateur occidental. Nous, consommateurs, détenons le pouvoir de faire pression sur les décideurs politiques et d’influer les orientations et décisions des grandes firmes internationales qui se partagent le vaste marché du numérique. Comment ? Quelques pistes…

  • Ne pas céder aux sirènes du marketing, lesquelles, par leurs « offres » et promesses aguichantes, font pression pour encourager à l’acte d’achat
  • Au contraire, prolonger au maximum la durée de vie de nos appareils
  • Viser le reconditionnement plutôt que l’achat de matériel neuf
  • Penser réparation
  • Privilégier l’équipement écolabel
  • Soutenir les démarches qui visent le respect de la convention internationale des droits de l’enfant : L’article 32 de la Convention internationale des droits de l’enfant indique que « les États parties reconnaissent le droit de l’enfant d’être protégé contre l’exploitation économique et de n’être astreint à aucun travail comportant des risques ou susceptible de  compromettre son éducation ou de nuire à sa santé ou à son développement physique, mental, spirituel, moral ou social », voir à ce sujet le site de l’UNICEF.
  • Soutenir et relayer les actions des ONG, notamment celles de Amnesty international et

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Pour approfondir :

  • « Voilà pourquoi on meurt », Rapport Amnesty International, 2016 ici
  • « Ghana : la décharge d’Agbogbloshie », La revue Quart-Monde 2018 ici
  • « La face cachée du numérique » Guide ADEME, novembre 2019 ici
  • « La face honteuse du «métal bleu» » , Le Monde diplomatique, juillet 2020 ici

Planète déconnexion, un jeu pour décrocher des écrans !

Comment parvenir à se déconnecter face à la force d’attraction qu’exercent smartphones et tablettes sur chacun de nous ? L’association Lève les yeux vient de créer un jeu véritablement amusant afin d’aider petits et grands à prendre pleinement conscience de la place, bien souvent envahissante, prise par les écrans dans nos vies. Entretien avec Yves Marry, cofondateur de l’association.

Pouvez-vous présenter votre association et sa raison d’être ?

  • Nous sommes légalement constitués en association, mais on se définit comme un collectif parce qu’on essaie d’avoir un fonctionnement aussi horizontal que possible. La raison d’être de Lève les yeux est de promouvoir la déconnexion à travers différents moyens, à la fois auprès des jeunes dans des ateliers de sensibilisation, du grand public à travers les médias, auprès des décideurs politiques par un plaidoyer, et sur le terrain à travers un label pour des lieux déconnectés, il s’agit du label Lève les yeux que nous avons créé pour les bars, les restaurants, les salles de spectacles. Nous souhaitons ainsi susciter une prise de conscience sur la dépendance développée aux écrans et donner l’envie de se déconnecter. Notre discours n’est ni alarmiste ni anxiogène, la démarche est au contraire positive et cherche à rendre la déconnexion enthousiasmante.

Comment vous est venue cette idée selon laquelle nous serions dépendants et que nous passons trop de temps avec nos écrans ?

  • Ça a commencé par un constat physique et ensuite intuitif, qui s’est déclenché chez moi lorsque j’étais en Birmanie, j’y ai vécu 4 ans, de 2014 à 2018. J’ai vu se développer les smartphones et tablettes alors qu’ils n’existaient pas quand je suis arrivé en Birmanie. Et j’ai vu un pays se faire happer très rapidement par la force d’attraction des smartphones. C’est littéralement un pays qui a baissé la tête, baissé les yeux (certains amis me parlaient moins, étaient moins présents. La guitare dans les rues, les livres, ont été remplacés par les jeux vidéos, les vidéos Facebook). C’est là que j’ai pris conscience des risques liés à la technologie numérique, ça a été le déclencheur. Par la suite, des lectures d’ouvrages spécialisés m’ont permis de comprendre théoriquement le problème.

Comment a germé l’idée du jeu « Planète déconnexion » ?

  • Comme nous étions sollicités pour faire de la sensibilisation auprès des jeunes et des parents sur les impacts de la surexposition aux écrans, nous avons décidé de développer un vrai atelier spécifique avec une pédagogie appropriée. Étant donné qu’il s’agit d’un problème relativement émergent, nous n’avions pas beaucoup d’exemples à notre disposition. Même si la télé est là depuis longtemps, l’arrivée des smartphones a décuplé le problème. Pour ces ateliers, il nous fallait utiliser un outil pédagogique qui puisse être à la fois ludique et efficace dans la diffusion des messages de sensibilisation et c’est là que l’idée du jeu de société est apparue. Mais il y a eu aussi ma rencontre avec Axelle qui est créatrice de jeux de société pédagogiques au sein de l’association l’Eclap. Nous avons travaillé ensemble à la création de ce jeu.
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Qu’espérez avec ce jeu ?

  • Eh bien, il donne déjà des résultats, c’est vraiment une grande réussite parce que nous l’utilisons dans nos ateliers de sensibilisation. J’interviens depuis environ un an dans les centres sociaux, dans des quartiers et autres établissements à Marseille et ailleurs. C’est un mémory amélioré, il y a des petits pièges, et en même temps il présente des situations du quotidien dans lesquelles les gens sont avec ou sans écrans. Pour des jeunes qui n’ont connu qu’un monde où eux-mêmes et les autres sont tout le temps sur leur smartphone ou devant un écran, le jeu « Planète déconnexion » les incite à s’interroger. Pour citer un exemple : diner en amoureux, est-ce mieux avec ou sans le smartphone ? L’idée consiste à susciter des débats. Nous commençons par le jeu avec lequel on s’amuse vraiment autour des images proposées, puis nous débattons des situations rencontrées dans le jeu. Cela leur permet de se poser des questions sur ce qui est une forme d’aliénation.

À qui est destiné le jeu « Planète déconnexion » ?

  • Grands et petits peuvent y jouer, à partir de 7 ans.

Comment faire pour se le procurer ?

  • Comme l’association n’a pas beaucoup de moyens, nous ne pouvons pas lancer le jeu à grande échelle. C’est pourquoi nous avons lancé une campagne de financement participatif sur Ullule « Planète déconnexion ». Il est possible d’acheter un ou plusieurs jeux, son prix est de 22 €. Il s’agit d’un don qui a pour  contrepartie l’envoi du jeu par l’association aux gens qui y auront contribué financièrement. C’est une des rares opportunités de l’avoir, parce qu’on ne sait pas du tout s’il y aura une production du jeu à l’avenir.

À VOUS DE JOUER MAINTENANT !

Comptine sur mon téléphone

 Mon  smartphone
 Il me sonne
 Je l’abandonne
 Et je fredonne…
  
 Ma petite boîte
 Je la remboite
 Puis je déboite
 Et ça miroite…
  
 Ma p’tite machine
 Qu’est si maline
 Je la décline
 Et j’imagine…
  
 Mon téléphone
 Il me siphonne
 Ça me chiffonne
 Et je randonne…           
  
 Mon  smartphone
 Il me sonne
 Je l’abandonne
 Et je fredonne…

EBH

Les écrans et les jeunes : la place de la télé dans la vie des enfants

Au Sénégal, la télévision est très présente dans les foyers. Elle est parfois allumée en permanence. Mme Thiam Aissatou Gning,enseignante en collège, nous livre ici sa réflexion.

La télévision est présente dans la vie quotidienne, bien implantée au sein de la famille, et peut-être le sera-t-elle davantage demain avec l’apparition de nouvelles possibilités d’information que nous offrent les multimédias.

La place de la télé dans la vie des enfants et l’usage exclusif qu’ils en font

La télévision est un petit îlot de bonheur où l’on vous propose tout ce que l’on voudrait avoir ou être. Dans les séries ou les dessins animés, on s’identifie au héros et on s’associe à sa joie. La télévision est accessible à tous les enfants dans une grande liberté de choix des programmes. De la fiction à l’information, il est nécessaire de prendre un peu de recul pour analyser le juste rapport à établir avec ce « partenaire » pourvoyeur d’images colorées et aguicheuses. Pourtant il est difficile de préserver de bonnes intentions éducatives et de résister à cet « envahisseur médiatique » plébiscité par tous les enfants.

Depuis que la télé a fait une entrée massive dans les foyers, chacun porte un regard critique face à ce média. Certains accusent l’abrutissement que représente la télé, car elle encourage la passivité et le manque de réflexion ou d’analyse.

Quel rôle éducatif pour les adultes ?

Interrogeons-nous donc sur le rôle éducatif que nous devons jouer auprès de nos enfants et apprécions avec eux, sans perdre notre vigilance, les apports fantastiques et l’ouverture au monde qu’offre la télé aussi bien que ses limites et ses travers.

La réflexion sur les médias télévisuels ne perd rien de son actualité. Le monde du multimédia est en train d’orienter les habitudes des téléspectateurs vers de nouvelles pratiques qui prennent en compte les langages et les codes utilisés par eux. Les enjeux économiques se révèlent fortement. C’est pourquoi la consommation de ces nouveaux espaces médiatiques est largement encouragée. 

En tant qu’éducatrice je suis sensible au rôle de l’imaginaire dans le travail de construction de la personnalité de l’enfant. L’imaginaire est par excellence le monde de l’enfance, le monde dans lequel l’enfant rêve et édifie son devenir. Le monde des images télévisuelles est-il différent de l’univers de l’imaginaire, univers des histoires et des contes autrefois dispensé par la lecture et la tradition orale ? 

Une greffe de la télévision semble répondre au droit au rêve, à la curiosité et à la découverte de passions nouvelles pour l’enfant, mais d’une façon différente. Face à ces médias qui ont transformé la vie et la culture de l’enfant, il semble que ce soit nous parents qui devions maîtriser cette omniprésence télévisuelle. Oscillant entre interdiction et permissivité, nos attitudes éducatives sont souvent paradoxales. Cependant les dangers d’une overdose sont toujours à prévenir et demandent une grande vigilance. Ainsi le temps passé devant la télé est devenu l’objet de vives discussions au sein de la famille.

Le passage du monde fictif à la réalité

Il est certain que dans notre monde marqué par toutes ces images, l’image du réel peut rester mêlée à la fiction. La rencontre précoce de l’enfant avec les préoccupations de la vie adulte dans le domaine de la sexualité, de l’amour ou de la mort peut devenir un facteur de déséquilibre ou de trouble. Mais plus inquiétant est le problème de la violence et de sa représentation télévisuelle.

Analysons les dangers et les effets de cette violence télévisuelle

En l’absence de toute intervention adulte, le risque prend la forme d’une sorte d’indifférence des enfants face à ces sujets. Cependant la parole posée avec l’enfant reste un élément irremplaçable. Ce sujet d’inquiétude parentale peut être résolu par la communication parents/enfants. Face à l’intérêt suscité par l’image chez les jeunes, les parents ont un rôle à jouer dans l’approche des médias télévisuels, pour apprendre à lire les images et prendre du recul face à leur déferlement rapide. 

L’ascendant de la télé sur nos familles

L’impact du monde des images sur l’élaboration des connaissances de l’enfant et le façonnage de ses émotions obligent les parents à trouver des points de repère et de réflexion sur la consommation des médias. Si la télévision est venue comme un spectacle familial où le choix des émissions stimule les discussions et occasionne le visionnement en commun, l’enfant sera dans une ambiance sécurisante où il pourra trouver sa place de téléspectateur. Dans ce cas, il peut en toute sécurité se laisser aller au rêve télévisuel sachant qu’il a le loisir, lorsque le besoin s’en fait sentir, de revenir au réel et de s’appuyer sur des repères familiaux solides. À cette occasion le parent peut également amener l’enfant à parler de ce qu’il a vu et entendu, à dire ce qu’il en pense, afin de l’aider à prendre la distance nécessaire et à forger son esprit critique et de discernement.

Un outil culturel ?

La télévision est un outil culturel parmi d’autres. Elle fait partie intégrante de notre époque et a contribué à un changement culturel en profondeur. L’écran lui, s’introduit constamment dans le quotidien des jeunes aux côtés de la télé. Il y a le cinéma, le magnétoscope, les jeux vidéos, le minitel, l’ordinateur et maintenant la tablette et le smartphone. 

Aujourd’hui les jeunes connaissent plus l’écran que la feuille de papier avec une précocité marquée. Les disques numériques permettent de transformer les micros ordinateurs en machines à jouer ou à apprendre. Les enfants se trouvent en phase avec ce nouvel apprentissage des savoirs. L’interaction et le choix de se balader d’une image à une autre, la possibilité d’évoluer à son rythme, de faire des retours en arrière est une pratique du jeune public. Entre la fascination pour les nouveaux supports et leur rejet à priori, l’essentiel est de ne jamais perdre de vue que l’ordinateur est un instrument ni plus ni moins pernicieux qu’un autre. À l’heure du multimédia et d’internet, l’important pour la jeune génération semble moins d’accumuler des connaissances que d’être à l’aise dans tous ces nouveaux langages de l’information. Mais ne nous y trompons pas, l’acquisition de connaissances offerte par l’éducation scolaire, le livre, la culture – non portée par des intérêts exclusivement commerciaux – reste essentielle.

L’usage de la télévision

L’usage de la télé est multiple : d’aucuns souhaitent que la télé soit culturelle, certains la considèrent comme un outil de savoir, beaucoup n’y cherchent qu’un temps de détente. Ouverts à tout, les enfants sont souvent dans l’embarras de faire un choix. Leur envie la plus forte est de se laisser porter par l’image, l’émotion, le rire, la violence ou la peur. Le choix de l’enfant ne peut se faire sans dommage si l’adulte présent ne prend pas le temps de clarifier et d’expliquer ces événements sans lien. Les enfants ont en général une grande foi dans tout ce qui est vu ou dit à l’écran. Les moins de 6 ans en particulier confèrent à la télé une fonction magique. Ils croient que les personnages vivent dans le récepteur si des repères clairs ne leur sont pas donnés pour distinguer le réel de l’imaginaire. Le risque de voir les enfants s’enfermer dans le monde des apparences est grand. En l’absence de protocole et de rituel familial, ils doivent réagir seuls aux débordements suscités par les images.

A nous de ne pas abandonner nos enfants devant la télévision !

Alors, que puis-je faire pour protéger mes données personnelles ? (4)

Nous avons vu que les données personnelles sont des informations qui concernent une personne unique et qui permettent de l’identifier.

  • nom et prénom
  • adresse postale
  • adresse mail
  • adresse IP (Protocol Internet)
  • données de localisation
  • coordonnées bancaires
  • documents d’identité (passeport, carte d’identité…)
  • D’autres données : par exemple les renseignements médicaux, scolaires, professionnels,  etc., mais aussi les croyances religieuses, les opinions politiques…
  • Et les informations que vous livrez en prenant des photos personnelles : domicile, membres de votre famille, voisinage, etc.

Vos données personnelles seront protégées si vous :

  • paramétrez scrupuleusement votre ou vos comptes
  • avez des mots de passe très sécurisés et différents pour chacun de vos comptes
  • n’acceptez aucun inconnu comme ami ou contact
  • êtes très discret sur votre vie et celle de votre entourage sur les réseaux sociaux (attention aux photos personnelles !)
  • n’acceptez que les cookies nécessaires
  • utilisez d’autres navigateurs : Google espionne les internautes, certains navigateurs protègent davantage la vie privée, comme : Qwant Junior, Qwant…
  • n’utilisez que des réseaux wifi sécurisés (évitez ceux des lieux publics). Faites des mises à jour régulières
  • vérifiez la provenance de vos mails et si vous vous méfiez des pièces jointes lorsque l’expéditeur est un inconnu
  • ne vous fiez qu’aux sites internet sécurisés
  • lisez les conditions générales d’utilisation : elles sont malheureusement souvent très longues et fastidieuses à lire, mais il est peut-être possible de les parcourir !

Au-delà de ces consignes et d’une manière plus générale, il est important de toujours se poser la question de nos besoins par rapport aux outils numériques et à leurs services. Les usages que nous en faisons sont-ils toujours :

  • Absolument nécessaires ?
  • Pourrions-nous parfois nous en passer ?
  • À quels moments ?
  • Dans quelles circonstances ?

Car il est certain que moins vous utilisez le numérique moins vous y laissez de traces !

Alors, pour ne pas céder à la tentation de saisir sans cesse votre smartphone ou votre tablette quelques petites astuces :

  • supprimer les notifications de l’écran d’accueil
  • désactiver le son
  • faire un choix draconien dans les applications
  • masquer la webcam

Et n’oublions pas tout ce que nous pouvons faire dans la vie

sans être connecté !

Méfions-nous des amis qui connaissent plus de choses sur nous que nous n’en connaissons sur eux. C’est ce que propose Pascal Perri, dans son livre « Google, un ami qui ne vous veut pas que du bien ». Éditions Anne Carrière, 2013.

Articles précédents :

Les données personnelles, c’est quoi au juste ? (1)

Données personnelles : quand est-ce que je les communique ? (2)

Données personnelles : pourquoi faire attention ? Je n’ai rien à cacher moi ! (3)