Les jeunes et les médias au Sénégal : rencontres (1)

Tandis que certains construisent des murs, activons-nous à ériger des ponts ! Les échanges citoyens à l’international et les relations interculturelles en constituent des exemples bénéfiques pour tous. Quant aux médias et aux technologies numériques, reconnaissons qu’elles ne connaissent pas de frontières.

Lycée Sérigne Mamadou Sérigne Mamadou Léna Diop photo.doc

Lycée Sérigne Mamadou Lena Diop – Ngaparou – SÉNÉGAL

Au Sénégal la radio et la télévision demeurent les médias les plus présents : 8 ménages sur 10 sont équipés d’une télévision. Comme ailleurs, les chaînes commerciales diffusent leurs émissions sponsorisées, supports de choix pour le placement de produits. Ces chaînes se tournent également vers les jeunes téléspectateurs à travers des émissions qui suscitent la colère de certains enseignants à l’exemple de Sen petit Gallé. Par ailleurs la télévision est parfois regardée tardivement par des enfants qui se lèvent très tôt pour aller à l’école, c’est le constat que font des professeurs de collège dont les élèves présentent des signes de fatigue.

Lycee Ngaparou

Lycée Sérigne Mamadou Lena Diop – Ngaparou – SÉNÉGAL

« Nos enfants sont, chaque jour, exposés aux contenus et à l’influence de la télévision, de jeux préformatés sur leurs tablettes, de réseaux sociaux tels que Facebook ou Skype… Sans contrôle, ni préparation, ni encadrement, encore moins de mise en lien avec nos propres valeurs » lit-on sur le site de Allo Dakar

Le taux de pénétration d’internet au Sénégal est de 37 % en milieu urbain et de 24 % en zone rurale. Néanmoins l’usage du smartphone semble se répandre de plus en plus, aussi bien chez les jeunes que chez les moins jeunes. Les connexions, lorsqu’elles ne sont pas possibles au domicile, se font dans la rue près des habitations qui disposent du wifi. C’est ainsi que l’on peut voir des petits groupes de jeunes s’agglutiner au pied de maisons, dont les habitants acceptent de partager leur connexion.

Des interventions auprès de collégiens à Dakar et à Ngaparou et les échanges qu’elles ont suscités témoignent de l’importance du téléphone portable chez ces jeunes et de l’usage des réseaux sociaux dans leur quotidien.

Les collégiens à qui l’on propose une information dans une perspective d’éducation aux médias et à l’information, se montrent très attentifs, intéressés et désireux de comprendre.


Collège CEM 19 Dakar photo 1

Collège CEM U19 – Dakar – Sénégal

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Collège CEM U19 – Dakar – Sénégal

Le développement de l’éducation aux médias et à l’information (EMI) au Sénégal est un enjeu d’autant plus important que le taux d’analphabétisme et illettrisme touche 65 % de la population[1].

Ces nouvelles réalités ont incité le CNRA (homologue du CSA français) à se pencher sur la question en réalisant un sondage et en convoquant une journée scientifique[2]. L’éducation aux médias est désormais pensée par le CNRA comme une nécessité « pour apprendre à lire les médias, comprendre la société de l’information… »[3]

[1] Allo Dakar, Sénégal : les TV dépriment les enfants !

[2] CNRA, Protection du jeune public, Rapport annuel 2014, pp. 78-87.

[3] CNRA, Rapport annuel 2015.

L’éducation aux médias et à l’information : un enjeu de démocratie

Suite aux attentats de Paris, Divina Frau-Meigs, professeur des sciences de l’information et de la communication à l’Université Sorbonne Nouvelle, Paris 3, revient sur la nécessaire mise en place d’un vrai parcours EMI (éducation aux médias et à l’information).

« Après les attentats de Paris, l’importance de l’éducation aux médias et à l’information

[…] Les élèves ont besoin d’un ensemble de compétences remises à jour et étendues pour maîtriser les cultures de l’information (comme actualité, donnée, document…). Ces compétences relèvent d’apprentissages permettant de comprendre les dispositifs d’actualité, de vérifier et authentifier les sources des documents en ligne, de s’interroger sur l’agenda des opérateurs et les contraintes des plates-formes, de décrypter l’intention des messages pour en distinguer les fonctions (propagande, publicité…) et de surveiller le destin de leurs données. » Lire l’intégralité de l’article.

Voir aussi : L’éducation aux médias ne s’improvise pas

 

Mobilisation pour un usage raisonné des écrans

L’éducation à l’image, aux médias et à l’information  n’est pas seulement souhaitable, elle est une des conditions qui rendent possibles le jeu démocratique et l’exercice éclairé de la citoyenneté.

Déjà, de nombreux collectifs, mouvements associatifs et d’éducation populaire, d’universitaires et d’experts œuvrent dans ce sens.

Une nouvelle association vient de voir le jour. Elle fait suite au colloque qui s’est déroulé dans le 19ème arrondissement de Paris le 30 avril 2014 : ALERTE. Elle vise l’éducation des enfants et des adolescents à un usage raisonné des écrans. D’ores et déjà n’hésitons à visiter sa page Facebook et à la relayer !

Une journée pour se former

L’éducation au numérique c’est bien… léducation à l’image, aux médias et à l’information, c’est encore mieux !

L’AFI Centre social de Saint Paul Trois Châteaux dans le département de la Drôme a organisé, avec le soutien de l’UDAF, une formation qui a eu lieu le 13 mars dernier.

13 mars 2

Travail d’analyse de publicités en petits groupes

Les médias sont de plus en plus nombreux, leur technologie se fait toujours plus complexe et sophistiquée. En outre, les enjeux économiques qui les traversent sont très importants, ceux qui relèvent du politique, du social et de l’humain ne le sont pas moins. C’est pourquoi chaque individu doit être en mesure d’avoir une compréhension suffisante des tenants et des aboutissants de l’univers médiatique environnant, de ses répercussions sur nos vies et celle des enfants.

C’était l’objet de cette journée de formation que j’ai animée et au cours de laquelle s’est construite une réflexion commune à partir du décryptage et de l’analyse des images fixes et audiovisuelles ainsi que des contenus véhiculés par les technologies numériques. Cette démarche nous a conduit à nous interroger également sur les impacts des médias.

L’approche développée ici se base sur l’interaction entre chaque participant et avec l’intervenant. Nous nous sommes appuyés sur un diaporama et des exemples concrets à partir desquels chacun était amené à s’exprimer.

Si la rencontre avec les médias est de l’ordre de l’expérience, tout échange en groupe autour des images et des contenus médiatiques (quelles que soient leurs technologies) l’est également. Ces précieux moments de confrontations d’idées et de points de vue ainsi que leur très grande richesse, démontrent tout l’intérêt de développer largement ce type d’initiative.