Et si les tablettes numériques étaient nuisibles pour les moins de trois ans ?

Sapin de Maya

Merci Maya pour ce beau sapin de Noël !

 

La préparation des fêtes de fin d’année bat son plein. Si Noël et le nouvel An riment avec cadeaux, sapins, guirlandes, étoiles et tables généreusement garnies, la fin d’année est aussi la période des emplettes et des caddies bien remplis. Rappelons-nous alors que les achats effectués ont peut-être été dictés par la publicité. Pourquoi pas me direz-vous et vous avez raison, à condition cependant de rester vigilant et de ne pas se départir de tout discernement.

Les ventes de tablettes numériques n’ont sans doute pas encore atteint leur summum. C’est un matériel qui semble désormais devoir s’imposer aux consommateurs adultes comme aux enfants et ce, dès le plus jeune âge.

photo tablette 036

Pour toucher les plus petits, les fabricants rivalisent d’ingéniosité. Le design, les couleurs, la matière, tout est pensé pour donner l’illusion d’un produit adapté à l’âge de l’enfant. En 2012 Serge Tisseron, psychiatre et psychanalyste l’affirmait dans un interview pour le Journal du Dimanche : « Les tablettes, doivent être rangées avant 3 ans, un usage immodéré de l’écran tactile empêche l’enfant de construire des repères spatiaux et temporels qui le structurent.» Il précise un peu plus loin « la tablette limite la relation au monde, à ce que l’enfant en voit. Il touche l’écran au lieu de saisir l’objet, il ne le flaire pas, ne le mâchouille pas. Il n’a pas d’appréhension des trois dimensions de l’espace. »[1][2]

Avant 3 ans l’enfant à autre chose à faire que d’être placé devant un écran. C’est la période des grandes acquisitions qui ne sont rendues possibles que par l’expérimentation concrète et dans le cadre de relations humaines affectueuses et empathiques. Quels que soient son apparence (forme, matière etc.) et ses contenus, la tablette numérique ne sollicite que deux des cinq sens : le toucher et l’audition.

La différence établie par certains[3] (cf. mon article : Un avis scientifique ? et ici ) entre écrans passifs et écrans interactifs ne sert ni la cause des plus petits ni celle des parents, elle ne fait que légitimer la vente de ce matériel auprès d’une tranche d’âge qui constitue une niche économique supplémentaire. L’interactivité est illusoire et trompeuse parce qu’il s’agit d’une interactivité programmée et par conséquent limitée. Rien ne vaut l’expérience concrète d’une pile de cubes qui s’écroule si l’enfant retire celui sur lequel repose la tour patiemment construite ; rien ne vaut l’objet saisi dans l’environnement dont l’enfant peut détourner la fonction initiale au gré de son imagination.

Soyons conscient que si l’on met une tablette numérique trop tôt entre les mains de l’enfant cela l’expose à une dépendance future aux écrans. Il risque également d’éprouver plus de difficultés à investir d’autres activités. Enfin cela peut rendre, par la suite, plus difficile la gestion des écrans. Il ne faut pas oublier en effet que les habitudes prises dans ce domaine au cours des premières années de la vie ont tendance à persister par la suite et que plus nombreux sont les écrans dans le foyer, plus fréquentes sont les sollicitations.  En réalité, les risques encourus avec ce petit écran numérique sont les mêmes que ceux encourus pour un enfant de moins de trois ans que l’on expose à la télévision (voir à ce sujet l’article : Pas de télé pour les bébés. De plus l’enfant peut sembler tellement sage que les parents peuvent de leur côté avoir tendance à prolonger le temps d’utilisation de la tablette au-delà des limites conseillées par ceux qui la préconisent.

Par ailleurs si, pour forcer la vente de ce matériel auprès des parents de très jeunes enfants, les fabricants mettent également en avant les qualités ludiques et éducatives des programmes il va sans dire qu’il est aussi largement utilisé pour diffuser du dessin animé. Que devient alors l’argument de l’interactivité présentée comme un atout ?

L’achat d’un écran pour la famille ou pour l’un de ses membres n’est jamais un acte banal, c’est pourquoi nous devrions l’accompagner de questions essentielles : pourquoi cet achat ? Pour qui ? Pour quelle utilisation ? Quelles en seront les conséquences (heureuses ou malheureuses) sur les relations intrafamiliales, les comportements, la nature de la présence à l’autre que l’on va volontairement ou non, et parfais insidieusement développer ? Enfin, ayons clairement à l’esprit que le rapport qu’entretiennent les adultes avec les écrans numériques est un exemple sur lequel, assurément, les enfants s’appuieront.


[1] « Avant l’âge de trois ans, les tablettes sont nuisibles », Journal du Dimanche, 1er juillet 2012.

[2] Un an plus tard, ce spécialiste change de position, sur quels fondements ? La question est jusqu’à ce jour sans réponse.

[3] Académie des sciences : L’enfant et les écrans, éditions Le Pommier, janvier 2013.

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