Les enfants et les médias en temps de crise

Nous avons tous le souci de protéger les enfants d’une actualité chargée en événements tragiques et nous avons raison. Mais que faire, de quelle manière s’y prendre ?

Protéger les enfants ce n’est pas les mettre à l’écart de ce qui se passe, ce n’est pas davantage se taire ou masquer nos émotions et inquiétudes.

Rappelons, s’il le faut, que pour les enfants la première chose qui compte est d’être rassurés par leurs parents en des termes simples : « Ne t’inquiète pas, nous sommes là avec toi, nous veillons sur toi ».

Dans un second temps, la réassurance peut aussi se faire en rappelant que les dirigeants de la France ne sont pas seuls, que notre pays a beaucoup d’alliés. Ceux qui gouvernent la France sont aussi aidés par les forces de l’ordre pour protéger la population et arrêter les coupables.

Il est important également d’être attentifs à leurs questions dont l’une d’elle peut être insistante : « Pourquoi ? », «  pourquoi existe-t-il des gens qui commettent de telles atrocités ? ». Expliquons alors que si ces personnes font beaucoup de mal et ont déjà fait trop de victimes, c’est qu’elles ne vont pas bien du tout dans leur tête, leur comportement n’est absolument pas normal. Le rôle de la police et des dirigeants du pays est de les arrêter à temps pour que cela cesse. Nous les assurerons qu’une enquête est en cours et que beaucoup de professionnels spécialisés y travaillent.

Dans une période comme celle que nous traversons, où les informations et les images qui les accompagnent tournent en boucles à longueur de journée, nous pouvons être tentés de rester devant nos écrans sans prendre garde aux plus petits de notre entourage. Or, en présence des enfants, il est bon de savoir interrompre le flot médiatique. Cela nous est nécessaire à nous aussi adultes pour nous ménager des temps de respiration, pour sortir de cet état de sidération dans lequel nous plongent ces événements et les images auxquelles ils donnent lieu, pour retrouver la capacité de penser. C’est aussi crucial pour les enfants. Dessiner, colorier, bricoler, jouer, lire des histoires, en inventer, seront des exutoires précieux à leurs peurs et angoisses éventuelles et de bons moyens pour les élaborer.

Sites pour enfants : les parents évincés

L’exemple des sites des programmes télévisuels destinés à la jeunesse

Tous les contenus médiatiques spécifiquement destinés aux enfants et aux adolescents méritent l’attention des adultes. Que l’on soit parent, enseignant, animateur ou éducateur, nous avons à nous intéresser à tous les aspects de l’environnement des enfants et aux aires d’influences auxquelles ils sont exposés. C’est un des objectifs de ce blog qui a déjà exploré et analysé certaines offres jeunesse : émissions de télévision pour la jeunesse, sites pour adolescents…

P1070720Qu’en est-il des sites internet dits « pour enfants » ? Nous postulons que ces espaces dédiés aux enfants devraient systématiquement inclure les parents afin qu’ils puissent y exercer leur contrôle.

Dans un travail universitaire, des étudiants de l’université Paris 8 se sont penchés sur le site Gulli.fr. Ils relèvent en premier lieu que les frontières entre le contenu du site proprement dit et les messages publicitaires sont très floues. Or des études ont démontré que l’absence de franche démarcation entre les uns et les autres favorise la confusion et ôte à l’enfant sa capacité de discernement et de jugement. En réalité le site Gulli.fr permet à la chaîne du même nom d’instaurer une continuité avec les contenus télévisuels, de fidéliser les enfants à ses programmes et d’offrir une vitrine supplémentaire aux annonceurs.

Au-delà de ces considérations, la question que pose cet article concerne la place octroyée aux parents dans ces sites dédiés aux enfants de 4 à 14 ans. Ils devraient y avoir un accès facile et pouvoir être en mesure d’y recueillir les informations susceptibles de les aider dans leur rôle d’accompagnateur et d’éducateur.

Il n’en est rien pour le site Gulli.fr sur lequel selon les étudiants précités « la page parents est introuvable depuis la page d’accueil », et « semble ne plus être entretenue »[1]. Ils déplorent d’ailleurs fort justement que « pour une chaîne qui se dit familiale, le site […] ne permet pas de favoriser la pratique d’activités conjointes parents-enfants. »

Or si l’on se tourne vers les sites des autres grandes chaines de la télévision française, le même constat s’impose. Sur Tfou.fr, il faut chercher un peu pour trouver en bas de page et en très petits caractères la mention « coin parents ». Hélas! le contenu y est plus que lacunaire.

Idem pour Ludo.fr le site du programme jeunesse de Fr3. Il ne comporte pas d’onglet parents et n’évoque la question de l’autorisation parentale que dans les conditions générales d’utilisation.[2]

Qu’en est-il pour Fr5 la chaîne éducative par excellence ? Soyons rassurés, sur le site Zouzous.fr l’onglet « pour les parents » existe bel et bien. Mais paradoxalement nous le trouvons après avoir cliqué sur « le coin des enfants » puis au hasard sur l’icône « réveil » lequel n’est pas accompagné de la mention écrite « pour les parents », contrairement aux autres onglets « vidéos » et « jeux ». En revanche les parents y ont la possibilité de désactiver le son, et de limiter le temps passé sur le site.

Aucun des sites visités ne s’adresse véritablement aux parents afin de leur faire part des intentions de leurs éditeur(s) et concepteur(s), de l’objet du site, de la manière dont lesdits parents peuvent aider leurs enfants à utiliser le site et à les prévenir des dangers d’un usage excessif des écrans.

Les débats sociaux sur les enfants et les écrans ne manquent pas de pointer la responsabilité des parents. Chacun est d’accord pour les considérer comme premiers éducateurs. Mais quand le découragement guette, quand la facilité s’invite comme alternative à la vigilance, ils sont vite accusés de démissionner. Avouons tout de même que notre société n’est pas avare de paradoxes !

La responsabilité de l’éducation des enfants, leur bien-être et leur plein épanouissement ne peuvent s’envisager que dans la perspective d’une responsabilité partagée. La société civile, les professionnels des médias et des technologies numériques, les pouvoirs publics et politiques sont tous ensemble concernés. Reconnaissons que les seules conditions générales d’utilisation des sites dits « pour enfants » sont loin de satisfaire à ce souci de responsabilité partagée[3].

Vous qui lisez ces lignes n’hésitez pas à réagir et à partager votre point de vue. Vous arrive-t-il de consulter les sites dédiés aux enfants ? Quelle place aimeriez-vous y avoir en tant que parents ? Quelles informations aimeriez-vous y trouver ?

[1] « Analyse de la stratégie Gulli.fr », Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis, sous la direction de Sophie Jehel, 2014.

[2] Extrait des CGU article 4-2. Protection des mineurs

« Dans l’hypothèse où l’Utilisateur serait une personne physique mineure, il déclare et reconnaît avoir recueilli l’autorisation préalable de ses parents ou du (des) titulaire(s) de l’autorité parentale le concernant pour s’inscrire sur le Site. Le(s) titulaire(s) de l’autorité parentale a (ont) accepté d’être garant(s) du respect de l’ensemble des dispositions des présentes CGU lors de l’utilisation des Sites FRANCE TELEVISIONS par l’Utilisateur mineur. Ainsi, les parents (ou titulaires de l’autorité parentale) sont invités à surveiller l’utilisation faite par leurs enfants des Contenus et/ou Services mis à disposition sur les Sites FRANCE TELEVISIONS et à garder présent à l’esprit qu’en leur qualité de tuteur légal il est de leur responsabilité de surveiller l’utilisation qui en est faite. »

[3] Elles comportent généralement un article relatif à la protection des mineurs mais sont d’une lecture très longue (23 pages sur Gulli.fr) et fastidieuses. A l’heure du tout image, qui prendra le temps de les lire ?

Le smartphone, à partir de quel âge ?

Eh bien, si vous êtes de ceux qui se posent la question, la réponse a été clairement donnée dans le journal de 13 h de France 2 le 09 septembre dernier : vers 11 ans, âge qui correspond à l’entrée au collège.

Voilà, ils l’ont dit à la télé ! Un spécialiste, pédopsychiatre était même là, sur le plateau, pour confirmer les préconisations du reportage. D’ailleurs, pourquoi être récalcitrant quand « 1/3 des enfants de 10 ans a un mobile ». C’est ce qu’a affirmé la présentatrice du journal – sans citer sa source – avant de lancer le reportage.

Pour ceux qui sont sur le point de passer à l’acte d’achat, rien de tel que de se rendre dans une boutique spécialisée comme l’ont fait les journalistes de France 2. Pas n’importe laquelle d’ailleurs, si le vendeur interviewé était présenté comme un « conseiller en téléphonie mobile » la caméra, quant à elle, a bien pris soin de s’orienter de telle sorte que le téléspectateur puisse identifier l’opérateur : Bouygues. Tout cela était assorti d’arguments commerciaux bien ciblés : design du téléphone attrayant, caméra frontale pour les selfies, applications pour rester en contact avec les amis, etc.

Le coût ? Ne vous inquiétez pas, le commentaire sur image s’est voulu rassurant : « des forfaits à petits prix, sans engagement ». Mais comme si cela ne suffisait pas, ces propos ont été relayés par des plans sur les accroches commerciales de la boutique « tout compris », « sans engagement ».

On aura pris soin, tout de même, de prévenir les parents : « il faut les surveiller de près », assurer un suivi et que les devoirs soient faits avant tout divertissement. En réalité la surveillance parentale suffit-elle à mettre nos enfants à l’abri des usages excessifs et des contenus inappropriés ? Cette technologie-là le permet-elle vraiment ?

Rappelons quand même que l’usage d’un ordiphone (car il s’agit bien de cela : un ordinateur de poche) nécessite certaines compétences comme :

Savoir et pouvoir :

  • distinguer la réalité de la fiction ;
  • réagir aux contenus inappropriés ou inopportuns ;
  • reconnaître les techniques de marketing ;
  • débusquer les supercheries ;
  • trier l’information ;
  • analyser les contenus ;
  • protéger sa vie privée ;
  • réfléchir à l’utilité de certaines applications, etc.

Tout un programme en vérité… que les adultes ne maitrisent pas toujours si bien que ça ![1]

Pour ma part il ne me parait pas nécessaire de confier un smartphone à un jeune collégien. Si le téléphone mobile peut être utile dans certains cas, pourquoi ne pas se satisfaire des fonctions : recevoir et émettre appels et SMS ? L’ordiphone sera ainsi réservé à l’entrée au lycée, âge auquel l’adolescent a acquis des connaissances et une plus grande maturité.

Qu’en pensez-vous ?

Voir la vidéo du journal

Pour plus d’informations sur la publicité dans les émissions de télévision je vous invite à consulter le site du CSA et notamment ce qui relève de la publicité clandestine en fin de page.

[1] Au cours de ce même JT, un reportage était consacré au cas d’un chef d’entreprise qui s’est fait siphonner toute sa trésorerie suite à une arnaque – via le courrier électronique – non débusquée par la responsable du service financier.

Le régime de l’été : des vacances sans écrans !

Youpi ! c’est l’été ! L’école est finie, nous partons en VACANCES… SANS ÉCRANS !

P1010508Ah ces vacances tant attendues ! Elles nous procurent le temps de repos auquel nous aspirons et dont nous avons besoin. Elles nous offrent la possibilité de nous dépayser, de faire des découvertes et de porter un nouveau regard sur ce qui nous entoure. C’est aussi un grand plaisir pour les enfants qui voient leurs parents plus disponibles, plus détendus.

Pourquoi ne pas profiter de cette période favorable pour tester les bienfaits d’un régime anti-connexion ?

La base de ce régime :

– Des activités de plein air en tous genres ;

– Des visites et découvertes à volonté ;

– Des jeux de société réunissant petits et grands ;

Le tout agrémenté de lectures, de bonnes parties de ballon et autres ingrédients dont vous connaissez la saveur.

BEL ÉTÉ ET BONNES VACANCES A TOUS !         ios_emoji_emoticone_visage_souriant_avec_des_lunettes_de_soleil

 

 

Pour un bon usage des écrans, oui mais…

Certes nous ne sommes pas technophobes. Certes nous croyons que les technologies numériques peuvent être d’un grand bénéfice si nous savons leur attribuer la juste place. Oui nous préférons cette approche positive et constructive plutôt que celle qui consisterait à dénigrer à tout va les technologies qui s’invitent dans notre quotidien.

Toutefois, nous ne pouvons ni ne voulons nous voiler la face. Des entraves au bon usage des écrans existent. Or pour les contourner ou mieux, les supprimer, il nous faut les identifier. En effet quelles sont-elles ? Certaines nous sont propres, autrement dit, elles viennent de nous-mêmes, tandis que d’autres sont extérieures et indépendantes de notre volonté.

Commençons par examiner les premières.

La facilité

Eh oui, le temps passé par nos chers petits devant les écrans ne représente-t-il pas un confort pour nous qui avons tant de choses sérieuses à faire ? N’est-ce pas également un moyen simple pour avoir tout simplement la paix ? Les dessins animés du matin par exemple ne rendent-ils pas plus faciles l’habillage et la prise du petit déjeuner de ces chérubins ? Que dire du téléphone portable qui est remis aux enfants à un âge de plus en plus précoce ? On cède aux suppliques de notre progéniture parce que ce petit engin nous permet de la suivre à la trace (du moins le croit-on) et de la joindre plus facilement, ou bien parce que nous nous plions un peu facilement à sa demande pressante et à son argument de choc : « dans ma classe tout le monde en a !». De bonnes raisons pour succomber au chant des sirènes.

La fascination

Quel bijou de technologie ces petits et grands appareils ; combien sont attrayantes ces multiples applications, sites et autres réseaux sociaux ! Sans compter que nous pouvons nous connecter à tout moment et en tout lieu, rechercher de l’information en un temps record, communiquer avec un grand nombre « d’amis », etc. Comment ne pas nous laisser séduire par cette magie technologique à portée de main ?

Certains freins à une utilisation intelligente et raisonnée des écrans et de leurs contenus sont aussi totalement indépendants de notre volonté.

Le marketing et la publicité

La pression marketing est intense et bien malin celui qui est en capacité d’y faire face à tout instant ! Par les discours qu’elle véhicule et les identifications qu’elle propose la publicité décourage et désavoue toute conduite ou manière de penser qui ne serait pas favorable aux produits et marques qu’elle promeut. En revanche elle est capable de banaliser ou même d’encourager des comportements nuisibles sur le plan de la santé. Elle n’hésite pas à créer de la confusion dans l’esprit des consommateurs, et notamment des plus jeunes d’entre eux, afin de mieux les manipuler. Elle sollicite le pouvoir de harcèlement des enfants. Elle les encourage à passer outre les recommandations ou interdictions des adultes. En un mot elle est assez souvent anti-éducative.

L’accélération technologique, l’obsolescence programmée, la difficulté à identifier les principaux acteurs économiques concernés, etc. rendent difficile ce bon usage des écrans que nous appelons de nos vœux. Et puisque technologie rime avec modernité, le temps est à l’équipement, voire le suréquipement.

En réalité nous avons affaire à l’accouplement d’idéologies, consumériste d’une part, techniciste d’autre part, qui dépasse bien souvent nos louables intentions, nos bonnes résolutions et constituent des freins puissants au regard critique, à la distanciation et à une véritable attention au bien-être des enfants et des adolescents.

Devant les difficultés qui font barrage au bon usage des écrans, la tentation est grande de renvoyer dos à dos les parents et les autres éducateurs, les professionnels et les pouvoirs publics, quand nous devrions être à la recherche d’une cohérence éducative forte vis-à-vis des jeunes générations. Nous attendons des professionnels des médias et de l’industrie du numérique plus d’éthique et une exigence de qualité qui font encore trop souvent défaut aujourd’hui. Nous réclamons des pouvoirs publics qu’ils s’investissent délibérément dans une démarche de protection des mineurs plus soutenue. A nous, parents, éducateurs, professionnels de l’enfance et de la santé, experts, d’assumer notre propre rôle en mettant tout en œuvre pour faire des technologies numériques des alliés plutôt que des adversaires : informations, débats, formations d’éducation aux médias, etc.

Toutes les actions qui visent l’information, la prise de conscience et l’exercice de la citoyenneté dans le domaine des médias sont à promouvoir et à encourager. Il en est ainsi du « défi 10 jours sans écrans » lancé par Jacques Brodeur au Québec puis en France. Il propose aux enfants, à leurs parents, aux enseignants et autres adultes éducateurs de se déconnecter et de profiter de ce temps sans écrans pour se consacrer à d’autres activités et vivre des temps familiaux différents. Un colloque a eu lieu récemment en Ille-et-Vilaine, en partenariat avec l’association Un arc en ciel dans l’cartable, afin de faire connaître ce défi : « Des écrans pour servir OUI, pour asservir NON ! ».

Le blog que vous lisez porte également cette ambition : informer, éclairer, mettre en lien, échanger en vue de favoriser le bien-être des enfants et de leurs familles à l’air du numérique. Vous qui parcourez ces lignes, n’hésitez pas nous faire connaître vos propres initiatives et celles dont vous avez connaissance.

Ne baissons pas les bras, l’enjeu est de taille mais le but atteignable !

Voir aussi : ici et

Familles et télévision, l’exemple de Super Nanny

Que la famille soit « chouchoutée » par la télévision n’a rien d’étonnant. N’est-elle pas le lieu de prédilection de la consommation quotidienne ? Sur le petit écran l’alliance diffuseurs, producteurs, annonceurs face à l’entité « famille » se décline de multiples façons : publicités, séries, jeux, téléréalité, etc. Arrêtons-nous, l’espace d’un article, sur Super Nanny, émission de téléréalité créée et diffusée au Royaume-Uni, dont le concept a été repris et adapté en France par M6 en 2004 puis par NT1 pour y être diffusée à partir de 2013.

dessin Maya 2015

Sylvie, la super Nanny de NT1 vient au secours de parents en difficultés dans leur fonction parentale et prétend aider la famille à se reconstruire autour des règles qu’elle va proposer.

Comme toute émission de téléréalité, chaque épisode est structuré de façon identique :

  • Présentation de la famille et de ses difficultés: il s’agit le plus souvent de parents dépassés, d’enfants qui ne savent pas obéir, d’absence de communication ;
  • Super Nanny observe: l’éducatrice professionnelle appelée à la rescousse s’immerge dans la famille et à l’aide d’une tablette et d’un bloc note prend acte des problèmes qui se posent ;
  • Super Nanny intervient: elle réunit la famille et lui présente les nouvelles règles qu’elle a instituées pour un meilleur fonctionnement familial ;
  • Super Nanny s’éclipse: en son absence, la famille s’attache à suivre ces règles ;
  • Super Nanny recadre: des progrès sont observés, mais quelques défaillances restent encore à corriger ;
  • Conclusion positive: Super Nanny peut s’en aller, car tout est rentré dans l’ordre, la situation de cette famille est à présent satisfaisante.

Pour le sociologue François Jost, Super Nanny est comparable à une fée. Elle vient, à coup de baguette magique, rétablir une situation initialement perturbée. Toutefois, la comparaison s’arrête là, car, contrairement aux contes traditionnels, l’émission Super Nanny n’ouvre aucunement sur un imaginaire qui laisserait toute sa place à la créativité et à la recherche du sens que chacun peut vouloir donner à sa vie. Bien au contraire, sur un canevas immuable, les échanges entre les protagonistes, interventions de cette pseudoéducatrice télévisuelle et commentaires de la voix off semblent, d’émission en émission, se répéter inlassablement.

Cette absence de créativité propre à la téléréalité se repère non seulement dans la structure de l’émission, mais aussi aux nombreux clichés qu’elle véhicule. Les parents sont démissionnaires, ils ne savent pas se faire respecter, n’assument pas leur autorité et sont esclaves de leurs enfants. Ces petits derniers n’en font qu’à leur tête, ont les pleins pouvoirs, n’obéissent pas et font la loi. De même, les termes employés par Super Nanny sont lourdement connotés : elle se dit « effarée » et juge souvent la situation « catastrophique ». Les mots et expressions utilisés par la voix off surfent tout autant sur le registre dramatique : colères, crises de nerfs, contradictions, drames…

Alors bien sûr, face à ce « champ de bataille » constaté par une Super Nanny abasourdie, des règles de bonne conduite s’imposent à tous les membres de la famille. En un sens, ce n’est pas seulement l’éducation des enfants qui est visée, mais aussi celle des parents. Ces « incapables » ont droit tout à la fois aux remontrances de Super Nanny, à sa compréhension et à ses félicitations. Une infantilisation des parents qui pose problème dans une émission qui les enjoint d’assumer leur responsabilité.

Dans un travail universitaire consacré à cette émission, des étudiantes de l’Université Paris 8 observent : « Elle [Super Nanny] peut être amenée à avoir des gestes affectifs envers eux [les parents]. Ces étudiantes relèvent un exemple éloquent : « Super Nanny est légèrement inclinée (comme pour se mettre à la hauteur d’un enfant) et tient le menton de la mère. »[1] Les règles (mais elles s’apparentent davantage à des recettes) exposées par Super Nanny à la famille visitée sont, par la même occasion, présentées plein écran aux téléspectateurs supposés les prendre à leur propre compte.

Selon la psychanalyste Claude Halmos, « Super Nanny pose un problème éthique. L’émission donne l’image de mauvais parents devant la France entière. C’est monstrueux pour leurs enfants qui risquent d’être l’objet de moqueries à l’école. Or, l’image des parents est très importante pour aider un enfant à se construire. »[2]

Cette émission de télé-réalité laisse entendre aux téléspectateurs qui la regardent qu’une simple observance des règles édictées par Super Nanny suffirait à résoudre toutes les difficultés familiales et les conflits qu’elles engendrent, rien de tel en vérité. Chacun le sait, dans le domaine de l’éducation, il n’existe pas de recette intangible et immuable.

N’oublions jamais qu’une émission dit ce qu’elle est à travers ce qu’elle montre, mais aussi à travers ce qu’elle ne montre pas. L’émission Super Nanny donne-t-elle à réfléchir sur les raisons des situations familiales exposées ? Permet-elle aux parents d’examiner en profondeur leurs attitudes respectives ainsi que les comportements de leurs enfants ? Favorise-t-elle une prise en compte de la singularité de chacun et de la complexité des facteurs à l’œuvre ? Intègre-t-elle le désarroi psychique qui est parfois à la source des dysfonctionnements constatés ? Fait-elle référence au travail des professionnels qui œuvrent quotidiennement, en toute discrétion, auprès des familles et des enfants ? Non, non, et encore non !

La télévision n’est pas avare de leurres pour capter son audience. Sous prétexte de venir en aide à des familles en difficulté, elle fait étalage de leur vie privée, de leur défaillance et vulnérabilité. «La succession des plans dans le générique de début rend compte de l’artificialité de l’émission en mettant en scène des enfants dans des décors témoins (jardin, salon, chambre, cuisine, salle à manger…). Cela peut donner l’impression de feuilleter un catalogue de meubles en kit (Ikéa, Conforama…)» remarquent fort justement les étudiantes citées plus haut. N’est-ce pas là la véritable raison d’être de l’émission Super Nanny ?

Nous sommes donc en présence d’une chaîne qui est à la recherche de retombées financières, de parents, sans doute déboussolés, mais aussi tentés par un passage à la télévision. Qu’en est-il des enfants ? Où est leur intérêt ? Ne risquent-ils pas de pâtir de cette surexposition médiatique qu’ils n’ont pas choisie ? Qui s’en inquiète véritablement ?

[1] Analyse de super Nanny, approche croisée – jeunes et communication, Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis, année 2015.

[2] C. DIDIER, « Super Nanny infantilise les parents », Le Parisien, janvier 2007.

Les enfants de moins de 12 ans et les écrans portables

La portabilité des technologies numériques en facilite l’utilisation, mais ce n’est pas sans incidences pour les enfants qui se trouvent ainsi davantage surexposés aux écrans et à leurs contenus. Voici le point de vue de Cris Rowan : pédiatre ergothérapeute, biologiste, conférencière et auteure.

Partant du constat « que les enfants utilisent 4 à 5 fois la quantité de technologie recommandée »[1] et en sa qualité de pédiatre et d’ergothérapeute, Cris Rowan en appelle aux parents, aux professionnels de l’enfance, aux enseignants et aux gouvernements pour interdire l’utilisation des appareils numériques portables par les enfants de moins de 12 ans. Elle s’explique en énumérant les dix raisons qui motivent sa position.

Cris Rowan rappelle que le cerveau de l’enfant est en croissance rapide et qu’un cerveau en développement stimulé par les technologies numériques est sujet à un certain nombre de déficits, de retards et de troubles dans le domaine de l’attention, de la cognition et du comportement. Ces enfants exposés à la technologie numérique subissent un retard de développement dû notamment à un manque d’activités physiques. C’est aussi une des raisons pour lesquelles les cas d’obésité chez les enfants sont en augmentation. Un fléau qui devrait nous alerter, car les enfants obèses ont une « espérance de vie gravement réduite ». S’il n’est pas supervisé par les adultes, l’usage des technologies par les enfants de moins de 12 ans a également une influence sur le sommeil en le réduisant sensiblement.

Selon cette auteure, la surutilisation des technologies numériques est à l’origine de « maladies mentales » dont la dépression, l’anxiété, les troubles bipolaires et la psychose de l’enfant à problème. L’agressivité est encore une des conséquences d’une surexposition aux médias numériques parce que leurs contenus comportent trop souvent de la violence physique et sexuelle. Elle cite à ce sujet le jeu vidéo Grand Theft Auto V (GTA V).

La trop grande exposition des enfants aux écrans numériques et à leurs contenus « à haute vitesse » occasionne des conséquences en cascades. Le déficit de l’attention et la diminution de la mémoire, par exemple, font obstacle à l’activité d’apprentissage de l’enfant. C’est ce qui conduit Cris Rowan à parler de « Démence numérique ».

Selon cette spécialiste les addictions des enfants aux médias numériques peuvent se manifester lorsque les parents en sont eux-mêmes grands consommateurs. Elle explique que les enfants, en manque d’attachement, se tournent alors plus facilement et massivement vers les technologies.

Enfin, ce sont les émissions de radiations qui sont préoccupantes, classées par l’Organisation mondiale de la santé dans la catégorie des risques 2B (possiblement cancérigène). Cris Rowan se réfère aux travaux de spécialistes[2] qui, au vu des résultats de la recherche plus récente, demandent une révision de ces classifications, notamment par une reconnaissance de risque 2A (cancérigène probable).

Tout cela fait dire à Cris Rowan que « Les façons dont les enfants sont élevés et éduqués avec la technologie ne sont pas supportables […] et qu’il n’y a pas d’avenir pour les enfants qui surutilisent la technologie ». « Une approche en équipe est nécessaire et urgente afin de réduire l’utilisation de la technologie par les enfants », conclut-elle.

Faut-il bannir les écrans portables pour les enfants en dessous de 12 ans ?  Malgré les points de vue divergents que nous savons exister sur la question, reconnaissons à cet article le mérite de rappeler la nécessité d’un usage raisonné des écrans.

Voir l’article de Cris Rowan : 10 raisons pour lesquelles les écrans portables devraient être bannis pour les enfants de moins de 12 ans. (Huffingtonpost.com), 03/06/2014.

[1] L’auteure fait référence aux recommandations de l’Académie américaine de pédiatrie et de la Société canadienne de pédiatrie.

[2] Docteur Antony Miler de l’école de Santé publique de l’Université de Toronto et l’Académie américaine de pédiatrie.

Mobilisation pour un usage raisonné des écrans

L’éducation à l’image, aux médias et à l’information  n’est pas seulement souhaitable, elle est une des conditions qui rendent possibles le jeu démocratique et l’exercice éclairé de la citoyenneté.

Déjà, de nombreux collectifs, mouvements associatifs et d’éducation populaire, d’universitaires et d’experts œuvrent dans ce sens.

Une nouvelle association vient de voir le jour. Elle fait suite au colloque qui s’est déroulé dans le 19ème arrondissement de Paris le 30 avril 2014 : ALERTE. Elle vise l’éducation des enfants et des adolescents à un usage raisonné des écrans. D’ores et déjà n’hésitons à visiter sa page Facebook et à la relayer !

Parents face aux écrans

Les technologies numériques de l’information et de la communication connaissent un essor inégalé. Aujourd’hui les foyers sont multi-équipés, en moyenne 6,3 écrans chez chacun d’eux. Cet état de fait n’est pas sans répercussions sur la santé et l’éducation des enfants et des adolescents comme sur les relations intrafamiliales.

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Entre dramatisation et banalisation qui ne sont pas des attitudes souhaitables nous pouvons, adultes, nous frayer un chemin autre qui nous conduit à :

  • Nous tenir en éveil ;
  • Cultiver notre volonté de comprendre ;
  • Accompagner les enfants et les adolescents afin qu’ils ne s’égarent pas dans ce foisonnement technologique et de propositions commerciales.

Il est fondamental d’avoir à l’esprit que les enjeux économiques sont colossaux et qui rien n’est véritablement gratuit. Rappelons sans cesse aux enfants que « si c’est gratuit c’est que nous sommes (ils sont) le produit ». De la télévision à Internet en passant par les smartphones, les tablettes numériques, les jeux vidéo, etc., aucun contenu ou service n’est réellement anodin, ni inoffensif.

Cela a déjà été démontré dans l’espace de ce blog, les dessins animés constituent une aubaine pour distiller des messages commerciaux auprès du jeune public. C’est aussi l’occasion de leur inculquer précocement l’idéologie de la consommation avec tout ce qu’elle comporte d’abus d’écrans, d’excès alimentaires et d’achats immodérés.

Les réseaux dits « sociaux » surfent sur le désir de rencontres entre pairs, d’indépendance et de transgression des adolescents pour leur soutirer autant de données personnelles utiles à leur ciblage et à celui des autres membres de leur entourage (famille, amis).

Les très jeunes enfants, un temps protégés, tombent à leur tour dans l’escarcelle des géants du numérique et des grands annonceurs. Quand c’est bon pour le commerce, on finit par persuader les parents et certains professionnels de la petite enfance que c’est bon pour le tout-petit !

Les avantages et bénéfices que chacun d’entre nous peut retirer de ces technologies numériques d’information et de communication sont incontestables, les risques pour la santé et le bien-être des enfants ne sont pas moins réels. C’est pourquoi la vigilance de tous s’impose.

L’exercice de la parentalité nécessite parfois d’aller à contre-courant de la tendance impulsée par l’économie du numérique et du marketing. Les médias dominants encouragent les enfants à passer leur temps devant les écrans et les invitent à consommer sans retenue les produits de la grande consommation. Les parents, quant à eux, doivent nécessairement poser des limites, apprendre à leur enfant l’attente, la frustration afin que le principe de réalité ne soit pas évincé au profit du principe de plaisir.

Toutefois, on s’épargnera une mobilisation d’énergie superflue en posant très tôt des règles d’utilisation des écrans :

  • Tenir compte de l’âge de l’enfant : de préférence pas d’écran avant trois ans, puis des matériels et des contenus adaptés aux étapes du développement ;
  • Horaires d’utilisation : éviter le matin, pendant les repas, les veilles d’école ;
  • Éviter de multiplier les équipements au sein du foyer ;
  • Proposer des alternatives aux écrans : il est souhaitable que les enfants aient accès à d’autres sources de culture et de loisir ;
  • Permettre aux enfants de rencontrer les livres ;
  • Favoriser les activités concrètes, qu’elles relèvent des loisirs ou de l’aide aux tâches ménagères quotidiennes ;
  • Veiller à préserver les relations interpersonnelles directes par des temps familiaux hors écran et des activités qui amènent parents et enfants à faire des choses ensemble.

Sachons que les enfants multi-équipés ont des activités médiatiques plus solitaires et moins partagées avec leurs parents. Par ailleurs, les enfants dont les parents sont cadrants par rapport aux activités médiatiques sont aussi moins consommateurs et donc moins exposés aux risques[1].

[1] Voir à ce sujet l’ouvrage de Sophie JEHEL, « Parents ou médias, qui éduque les préadolescents ? » erès 2011.

Pourquoi pas des temps familiaux hors écrans ?

Les dirigeants de la Silicon Valley n’ont sans doute pas eu besoin de lire les études scientifiques sur les risques liés à l’usage des technologies numériques par les enfants. Ils sont les premiers à en avoir mesuré les dangers, ce qui les conduit à limiter sévèrement, voire à interdire totalement l’accès aux écrans à leur progéniture. L’expérience qu’ils ont de ces technologies et les connaissances pointues qu’ils détiennent dans ce domaine semblent dicter leur conduite parentale et leurs choix éducatifs.

Lire à ce sujet les articles parus dans Le Point  et dans Le Monde

Néanmoins face au mythe du tout écrans, qui est souvent le résultat d’une conscience et d’une connaissance insuffisantes de leurs impacts, les recherches scientifiques méritent d’être plus largement vulgarisées.

Une étude récente réalisée par des chercheurs américains et relayée par par le site Huffpost confirme que les activités scolaires sont directement impactées par le temps d’écrans et ce, à partir d’une demi-heure par jour. En effet les résultats scolaires sont inversement proportionnels au temps passé devant les écrans même si ce temps est consacré aux devoirs. L’étude en question valide également le constat d’effets négatifs sur le sommeil.

En revanche cette même étude met bien en évidence les atouts que représentent la vie de famille ainsi que le temps passé entre parents et enfants pour le bien être de ces derniers. Le quotidien familial, les weekends et les vacances sont autant d’occasions de passer du temps ensemble, qu’il s’agisse d’activités de détente comme les jeux de société ou de participation aux tâches ménagères qui valorisent l’enfant en le responsabilisant. Ne l’oublions pas, ce temps hors écrans est essentiel à l’épanouissement de l’enfant.