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Une journée pour se former

L’éducation au numérique c’est bien… léducation à l’image, aux médias et à l’information, c’est encore mieux !

L’AFI Centre social de Saint Paul Trois Châteaux dans le département de la Drôme a organisé, avec le soutien de l’UDAF, une formation qui a eu lieu le 13 mars dernier.

13 mars 2

Travail d’analyse de publicités en petits groupes

Les médias sont de plus en plus nombreux, leur technologie se fait toujours plus complexe et sophistiquée. En outre, les enjeux économiques qui les traversent sont très importants, ceux qui relèvent du politique, du social et de l’humain ne le sont pas moins. C’est pourquoi chaque individu doit être en mesure d’avoir une compréhension suffisante des tenants et des aboutissants de l’univers médiatique environnant, de ses répercussions sur nos vies et celle des enfants.

C’était l’objet de cette journée de formation que j’ai animée et au cours de laquelle s’est construite une réflexion commune à partir du décryptage et de l’analyse des images fixes et audiovisuelles ainsi que des contenus véhiculés par les technologies numériques. Cette démarche nous a conduit à nous interroger également sur les impacts des médias.

L’approche développée ici se base sur l’interaction entre chaque participant et avec l’intervenant. Nous nous sommes appuyés sur un diaporama et des exemples concrets à partir desquels chacun était amené à s’exprimer.

Si la rencontre avec les médias est de l’ordre de l’expérience, tout échange en groupe autour des images et des contenus médiatiques (quelles que soient leurs technologies) l’est également. Ces précieux moments de confrontations d’idées et de points de vue ainsi que leur très grande richesse, démontrent tout l’intérêt de développer largement ce type d’initiative.

Des bébés devant des écrans

Suite à l’article précédent concernant les dix risques liés aux écrans dans l’univers familial voici, comme convenu, quelques éléments de réflexion sur ce que j’ai mentionné comme le risque premier.

L’arrivée de chaînes privées spécifiquement destinées aux enfants de moins de trois ans, la mise sur le marché de DVD, de tablettes numériques et d’applications conçues pour les bébés, reposent la question de l’exposition précoce des enfants aux écrans.

Un grand nombre d’experts de la petite enfance et de chercheurs ont alerté les citoyens et les pouvoirs publics sur les dangers qu’encourent les tout-petits placés devant un écran. Mais leurs mises en garde ont-elles été suffisamment comprises et entendues ?

Le cerveau du bébé n’est pas un cerveau adulte en miniature, il ne possède pas les mêmes capacités que celui de son aîné, c’est pourquoi la période qui se situe entre 0 et 2 ans et demi – trois ans est très importante et ce à plusieurs titres. Avant deux ans, par exemple, l’enfant n’est pas en mesure de mettre en rapport la bidimensionnalité de l’image et le monde en trois dimensions dans lequel il vit. De même, des chercheurs ont pu démontrer que si l’on cache un jouet derrière un fauteuil sous le regard de l’enfant, ce dernier est en capacité d’aller chercher le jouet là où il a été dissimulé. En revanche si ce même enfant regarde cette scène via un écran, il ne sait pas retrouver l’objet. Ces expériences démontrent qu’il faut attendre au moins l’âge de deux ans pour que l’enfant puisse être en mesure de traiter les images audiovisuelles.

Nombre de parents pensent que leur bébé s’intéresse à ce qui se passe à la télévision, il serait en quelque sorte fasciné par les images. De ce constat découle un raccourci très courant : il regarde, cela signifie qu’il aime. Que l’on ne s’y trompe pas, ce phénomène n’a rien à voir avec l’intérêt du bébé pour le contenu de l’image qui ne lui est pas intelligible, il s’agit, comme l’explique le pédiatre Dimitri Christakis chercheur à Seattle, d’un réflexe dit « d‘orientation », réflexe qui fait que tout humain, et cela depuis la nuit des temps, s’oriente vers une source de bruit ou de lumière qu’il perçoit dans son environnement pour s’assurer qu’il n’y a pas de danger[1].

Disons-le clairement, non seulement les écrans ne sont pas adaptés aux enfants en bas âge mais ils sont susceptibles de nuire à leur développement psychomoteur, intellectuel et psychoaffectif. Des risques très précis ont été identifiés, il est impératif de les prendre au sérieux. A titre d’exemples :

–        Acquisition du langage perturbée et/ou retardée

Le langage s’acquiert grâce aux échanges directs et en vis-à-vis avec les personnes de l’entourage immédiat. Les écrans, quels qu’ils soient, ne procurent pas ce type de relations interpersonnelles ;

On a observé que tout en jouant le petit enfant babille, il entend les sons qui sortent de sa bouche, il s’amuse à les moduler tout en manipulant ses jouets. Progressivement ce babillage va le conduire au langage par la prononciation de mots, puis de groupes de mots, en attendant la construction de phrases plus complexes. Cette phase d’apprentissage langagier se construit sur le modèle développé par ses proches. Or, l’enfant qui regarde la télévision n’émet aucun son, il ne babille pas, il ne s’entend donc pas. Qu’en est-il alors de l’apprentissage du langage avec le support de la télévision ? Les expériences scientifiques montrent que l’absence de lien direct  avec la mère ou un autre adulte proche du tout petit enfant et l’inexistence de relation affective rend cette forme d’apprentissage très pauvre, voire inopérante.

–        Addiction future

Il y a lieu de penser que l’enfant biberonné aux écrans encourt le risque de développer des addictions futures aux écrans. Ce fait n’est pas étranger au constat que les habitudes prises dans la petite enfance par rapport aux écrans ont  tendance à persister par la suite.

–        Fatigue

N’oublions pas non plus que les écrans sont source de grande fatigue pour le bébé qui a une capacité d’attention très réduite. L’adulte n’a pas toujours pleinement conscience des efforts importants que le bébé doit fournir pour regarder un écran.

–        Imaginaire colonisé et appauvri par les écrans

Si le temps passé devant un écran à cet âge est conséquent les risques sont démultipliés. En outre, il semblerait comme l’indique Divina Frau-Meigs que « plus les activités sont répétées à la petite enfance, plus le cerveau, par économie, se focalise sur les structures et les synapses utilisées, laissant les autres péricliter parce qu’elles ne sont pas activées »[2].

Tous ces éléments, et ce ne sont pas les seuls (voir ci-dessous notes biliographiques) attestent de l’extrême vigilance que nous devons observer et du principe de précaution qui doit prévaloir sur toute autre considération dès lors que nous avons affaire aux enfants, et à plus forte raison, dans les toutes premières années de leur vie.

Alors, que faire ?

–        Ne pas banaliser la présence d’un bébé devant un écran ;

–        Donner priorité aux expériences concrètes plutôt que virtuelles ;

–        Donner priorité à l’imaginaire de l’enfant plutôt qu’à celui qui lui est fourni par les écrans ;

–        Lui procurer présence et accompagnement humains dans tous les domaines de sa vie ;

–        Lui assurer la sécurité affective dont il a le plus grand besoin.

En tout état de cause, ayons bien à l’esprit que ces produits destinés aux bébés répondent d’abord à des intérêts commerciaux. C’est à chaque parent de s’informer suffisamment pour savoir ce qui est véritablement bon pour son enfant.

Enfin précisons que l’âge de trois ans n’est qu’un repère, des précautions sont à prendre en matière d’écrans pendant toutes les phases de son développement et ce, jusqu’à ce qu’il atteigne une autonomie suffisante, c’est-à-dire jusqu’à la fin de l’adolescence.

Pour terminer je vous propose ce très beau dessin d’Arthur (5 ans) réalisé en janvier 2014. Merci Arthur !

« Notre salon » – Arthur, sa petite sœur, sa maman et son papa sur le canapé, le tapis vert et la télévision.

Dessin d'Arthur 2

A lire ou à écouter en complément :

ALLARD C., « Les bébés et la télévision » in Réalités familiales n°84, 2007, pp. 82-85.

BATON-HERVE E., « Pas de télévision pour les bébés ! » in Réalités familiales n°84, 2007, pp.76-81.

JEHEL Sophie, CIEM., Télévision pour les bébés : un danger pour leur santé, pour leur développement et pour leur éducation,

Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, Délibération du 22 juillet 2008 visant à protéger les enfants de moins de trois ans des effets de la télévision

MARTIN T., « L’enfant face à la télévision : quels effets sur son développement cognitif, langagier et pragmatique ? » Certificat de capacité d’orthophoniste, juin 2011, 111 p.

JOUSSELME C., « Nous déconseillons fortement l’usage de la télévision chez le tout-petit », interview, Santé de l’homme, dossier petite enfance et promotion de la santé.

GIAMPINO S., « Télévision et bébé »

GIAMPINO S., « La télé, c’est pas pour les bébés »

URAF Centre

UNAF : « Télévision, les bébés ont autre chose à faire ! »

UNAF : Réaction de l’UNAF à l’avis de l’Académie des sciences sur « l’enfant et les écrans »

A lire également l’Avis de la DGS (Direction Générale de la Santé) sur l’impact des chaînes télévisées sur le tout petit enfant (0 à 3 ans), 16 avril 2008.


[1] Une Télé dans le biberon, film documentaire de Anne Georget, ARTE,  04 février 2011. Voir aussi : http://www.film-documentaire.fr/Une_t%C3%A9l%C3%A9_dans-biberon.html,film,34308

[2] Télévision pour les bébés : un danger pour leur santé, pour leur développement et pour leur éducation, http://www.collectifciem.org/spip.php?article108#outil_sommaire_3

L’éducation aux médias à l’école

Les médias, quels qu’ils soient et quels que soient leurs supports font partie intégrante de la vie des enfants. Ces médias agissent parfois de concert mais aussi hélas trop souvent en contradiction avec l’éducation transmise par les parents et par l’école.

Les enfants doivent pouvoir apprendre très tôt à les décrypter, à comprendre leur fonctionnement afin d’acquérir le discernement et le jugement critique qui s’impose. C’est pourquoi il est plus que souhaitable que l’éducation aux médias soit intégrée aux enseignements scolaires dès le plus jeune âge.

Dans son numéro du mois de janvier le magazine Acteurs de la vie scolaire s’interroge sur le rôle de l’école dans l’éducation.

L’éducation aux médias ne s’improvise pas

Voir également l’article de Stéphane Menu pp 6-8 Quel rôle pour l’école dans l’éducation aux médias ?

Et vous, lecteurs habituels ou occasionnels, avez-vous des expériences, témoignages ou observations au sujet de l’éducation aux médias à l’école à partager sur ce blog ?

Les programmes de télévision destinés à la jeunesse : des contenus à interroger

Les enfants sont devant l’écran de télévision, ils regardent une émission jeunesse. Voici pour nous, enfin, un moment assuré de calme et de tranquillité ! Pendant ce temps nous pouvons vaquer à nos occupations quotidiennes ou tout simplement nous reposer. Toutefois, savons-nous ce qui leur est transmis par le biais de ces émissions comme contenu réel et symbolique, comme valeurs, comme idéologie ?

Comment évaluer les programmes jeunesse ?

Adultes, nous ne prenons généralement pas le temps de regarder les dessins animés télévisés destinés à la jeunesse, encore moins d’en questionner le contenu. Il est en effet difficile de s’installer devant son téléviseur pour regarder ne serait-ce qu’un dessin animé dans son intégralité. Il est d’autant plus laborieux de s’atteler à visionner plusieurs épisodes d’une même série sans parler de l’exercice qui consisterait à s’intéresser à plusieurs titres de séries animées, l’ennui guette, le manque d’intérêt menace, le mépris affleure. Pourtant, si cela demande un effort à l’adulte soucieux de l’univers médiatique dans lequel baignent les enfants il ne sera pas déçu de l’expérience.

Mais de quelle manière s’y prendre pour se forger un point de vue sur une production jeunesse déterminée ? Pour faire simple nous prendrons juste le temps de formuler quelques questions (et d’essayer d’y répondre bien sûr !) :

– Le dessin-animé est-il adapté à l’âge des enfants qui constituent l’audience des émissions jeunesse des chaînes de télévision (soit 4-10 ans) ;

– Quel type de message véhicule-t-il en priorité et à quelle(s) fin(s) ? Pour cela on s’intéressera à l’univers dans lequel évoluent les personnages, aux dialogues, à l’intrigue, à sa résolution, etc.

– S’agit-il d’une production de qualité ?

Quelques critères peuvent nous aider à évaluer la qualité des dessins-animés proposés aux enfants par les diffuseurs. La production en question :

  • Est-elle conçue en fonction des besoins et des attentes des enfants ?
  • Vise-t-elle le développement intégral de l’enfant ?
  • Respecte-t-elle l’enfant pour ce qu’il est, ici et maintenant, et en tant qu’être humain en devenir ?
  • Fait-elle appel à son intelligence, à son jugement critique, à sa faculté de penser ?
  • Stimule-t-elle son imaginaire ?
  • Ouvre-t-elle l’enfant aux autres dans leurs différences et au monde dans sa diversité ?
  • l’enfant y joue-t-il un rôle actif ?
  • Les moyens techniques sont-ils appropriés ?
  • Un soin particulier est-il apporté à l’esthétique (dessins, couleurs, etc.), au récit (vocabulaire riche et approprié) ?

– Les horaires de programmation correspondent-ils aux moments de disponibilité des enfants de la tranche d’âge concernée ?

– La programmation dans laquelle est inséré le dessin animé permet-elle à l’enfant une claire distinction entre la fiction et les autres composants du programme : publicité, bandes annonces, séquences d’habillage, etc.

– La série animée donne-t-elle lieu à des produits dérivés, lesquels ?

Cette liste n’est pas exhaustive, vous pouvez ajouter vos propres questions.

L’exemple de Totally spies!

Equipés de cette petite grille d’analyse voyons ce qu’il en est pour la série Totally Spies ! diffusée dans le cadre du programme jeunesse de la chaîne TF1 depuis le mois d’avril 2002. Il s’agit d’une série d’animation franco-canadienne produite par Marathon Média et créée par Vincent Chalvon-Demerseay et David Michel.

Les principales protagonistes de cette série : Sam, Clover et Alex mènent une double-vie d’étudiantes et d’espionnes. Elles travaillent en effet pour le compte du World Office of Human Protection, autrement dit le WOOHP. Ces trois fidèles amies sont envoyées en mission par leur patron Jerry. Chaque épisode donne lieu à une nouvelle enquête pour laquelle elles sont affublées d’une combinaison moulante en latex et de plusieurs gadgets sophistiqués qui les aident à résoudre toutes les énigmes et à triompher du mal et de la méchanceté.

Les centres d’intérêt de ces trois personnages féminins sont exclusivement orientés vers les centres commerciaux, le shopping, la mode, le spectacle, les stars, etc. Ce contexte préférentiel de consommation marchande est présent dans tous les épisodes.

L’exploration des chansons des génériques est également d’un grand intérêt pour nous. A titre d’exemple nous avons sélectionné un extrait d’une chanson interprétée par Diana Bartolomeo

Trois drôles de filles super study
Toujours fraîches et happy
Trois pures espionnes totally fashion
Super fly, super spy
Pour vivre l’action il faut être à la mode
C’est une question de code
Avant chaque mission, fashion opération
Relookées on est fin prête Alex, Sam, Clover
Totally cush power Allô Jerry, ready
L’shopping est terminé
Okay let’s go baby
Envoyez les gadgets
Tout à fond pour la fête
Totally spies
Allô Jerry, ready
L’shopping est terminé

Okay let’s go baby
Envoyez les gadgets
Tout à fond pour la fête
Totally spies De la tête au pied, totalement lookées
Pour mieux faire face au danger
Les spies un geste, totally parfaites
Trois misses jusqu’au bout des cils
Le Groove comme repère, y’a pas de mystère
En un clin d’œil vers la lumière
Les esprits hostiles, on en fait notre affaire
Avec l’art et la manière Alex, Sam, Clover
Unies pour le meilleur Allô Jerry, ready
L’shopping est terminé

Les synopsis constituent une autre source d’information digne d’intérêt. La plupart des intriques sont basées sur la propension de mauvaises personnes à contrôler les esprits par l’hypnose ou en leur faisant subir divers traitements plus sophistiqués les uns que les autres. Pourvus de cerveaux maléfiques ces êtres peu recommandables inventent des machines supers puissantes, capables de les faire devenir extrêmement riches et de prendre le contrôle de la planète et de ses habitants. Mais les espionnes sont elles aussi dotées de supers pouvoirs avantageusement complétés par les gadgets distribués par Jerry pour leur venir en aide dans chacune de leurs missions.

L’analyse de certains épisodes démontre un lien étroit entre le contexte de consommation marchande de cette série animée et l’univers dans lequel se déroulent les différents épisodes. Les Totally spies appelées à quitter la ville pour une nouvelle mission en campagne déplorent l’absence de centres commerciaux, les ruraux supportent alors, de la part de ces trois complices, des jugements et aprioris parfois dégradants.

Au delà des réflexions rien moins que gratuites qui émaillent les épisodes des six saisons de la série Totally spies! une analyse plus approfondie met en évidence la place importante attribuée à certaines marques comme Nike, Fabio Salsa, Mamie Nova, etc. Les épisodes constituent un univers porteur pour les marques et deviennent de véritables supports pour les annonceurs intéressés par le placement de produit dans les productions destinées aux 4-10 ans bien que cela ne soit pas autorisé par le CSA.

L’épisode Super Mamie (saison 5), pour prendre cet exemple, renvoie au produit Mamie Nova. Plusieurs signes associés à la marque confortent notre hypothèse. Le téléspectateur apprend que la Mamie délinquante fabrique elle-même ses cookies (le produit laitier est, pour les besoins de la cause, travesti en biscuit), la seule chose qu’on peut lui reprocher « c’est d’y introduire en douce de la crème fraîche ». Nous retrouvons également les codes couleurs de la marque et de son produit ne serait-ce que dans les vêtements revêtus par les Spies afin de passer inaperçues dans une maison de retraite : ils renvoient à la mascotte Mamie Nova et aux produits laitiers du même nom. Nous avons par le passé démontré l’apparition de la virgule Nike au beau milieu d’un combat opposant le « bon » Jerry et trois jeunes hommes sous l’emprise d’un personnage malfaisant.

L’espace de ce blog ne permet pas de multiplier les exemples mais pourquoi ne feriez-vous pas, chers amis lecteurs, un petit exercice de décryptage par vous-mêmes ? Vous pourriez le partager ensuite sur ce blog ou ailleurs. A vos plumes !

Dans l’attente de cette éventuelle contribution de votre part faisons d’ores et déjà un point sur les éléments récoltés à travers la prise en compte du contexte, de la typologie des personnages, des textes et des éléments de synopsis rapportés ici.

Si l’on conçoit que le diffuseur cible la frange aînée de ce type de programme -les enfants ont tendance à s’identifier aux plus grands qu’eux- il est évident que cette série n’est pas adaptée aux enfants les plus jeunes. Les personnages principaux sont présentés comme appartenant à un groupe d’âge nettement supérieur (les Totally spies sont étudiantes à l’université), leurs centres d’intérêt, leurs problématiques appartiennent au monde de l’adolescence, non à celui des enfants de 4 à 8 ans.

Les messages véhiculés sont prioritairement axés sur la consommation. « Pour passer à l’action il faut être à la mode » dit la chanson du générique. Le shopping est l’occupation principale des héroïnes lorsqu’elles ne sont pas en mission. Les gadgets dont les affuble leur patron ne sont rien d’autres que des objets de consommation pour la gente féminine : bâton de rouge à lèvres, crème de bronzage, chaussures et autres vêtements derniers cris.

Il s’agit certes d’une production franco-canadienne mais cela ne présage pas de sa qualité. La série dont nous nous occupons ne vise pas le développement de l’enfant dans toutes ses dimensions. Les aspects éducatifs, culturels, intellectuels sont totalement délaissés au profit d’un seul et même univers, celui de la consommation marchande. Les récits des différents épisodes sont construits sur le même modèle. Aucune place n’est laissée à la différence et à l’autre comme être singulier. L’enfant n’y est guère représenté et n’y joue pas un rôle actif. La qualité esthétique n’est pas davantage au rendez-vous. Nous avons affaire à un récit pauvre, un dessin peu soigné et des couleurs flashy laissant peu de place au champ de l’imaginaire.

Voici bientôt 12 ans que cette série animée s’est installée dans l’émission TFOU. Qu’est-ce qui lui vaut une telle pérennité ? Comment se fait-il que les programmateurs y tiennent tant ? Est-ce lié au goût des enfants mais « il ne faut pas confondre ce qu’ils regardent avec une demande » souligne Dominique Wolton) ou bien sert-elle d’autres ambitions ? Assurément les intérêts commerciaux sont prioritaires, d’autant plus que le dessin animé Totally spies! donne lieu à un nombre important de produits dérivés : jeux vidéo, jouets, livres sans compter les albums musicaux, DVD et films long métrage.

Au final, n’est-il pas permis de se demander si ces techniques d’hypnose et de contrôle des esprits dont il est si souvent question dans la série Totally spies! ne sont pas également le fait de certains acteurs de la production audiovisuelle et du marketing qui ont sans doute un intérêt à prendre le contrôle des cerveaux enfantins ? On le voit placer les enfants devant la petite lucarne n’a rien d’anodin.

 

De l’argent virtuel sur un site pour enfants…

Sur son site Internet pour enfants Tfou.fr, TF1 propose un jeu d’argent en ligne : Casino Mouv’.

Depuis des années j’encourage vivement les parents à regarder de temps à autre les programmes jeunesse diffusés par les chaînes de télévision afin de les connaître et de savoir quels genres de dessins animés sont programmés, et par leur intermédiaire, quels messages sont délivrés aux enfants. En effet j’ai pu en faire le constat au travers de mes travaux de recherche précédents, le label « jeunesse » ne garantit en rien un univers télévisuel adapté aux enfants de 4 à 10 ans[1]. Il en est de même pour les sites Internet jeunesse de ces chaînes, nous gagnerions assurément beaucoup à mieux les connaître.

Faisons d’ores et déjà une petite exploration de http://www.tfou.fr Ce site propose diverses activités comme : vidéos, jeux, héros, coloriages. Choisissons de cliquer sur « jeux ». Différentes sortes de jeux nous sont alors proposés : jeux tribus, jeux d’action, jeux de filles, jeux de sport, jeux d’éveil. Chacune de ces rubriques comporte un onglet : « plus de jeux de… ». Nous optons pour la rubrique « Tribu » et cliquons sur « Plus de jeux de tribu ». A nouveau six nouvelles propositions se présentent : Love, Mana, jeux mouv’, jeu next, jeux panda, jeux tiki, jeux x-trem, jeux zombie. Nous cliquons au hasard sur Jeux mouv’ pour apprendre que « le Casino Mouv sur Tfou.fr est ouvert ! » annonce suivie d’une invite :  « Joue aux jeux de Bonto Mania, du Méga Jackpot, ou de la roue et découvre si tu as gagné des Tfiz ! Tente vite ta chance au jeu de la Tribu des mouv’ sur Tfou.fr. Que la chance soit avec toi Tfounaute ! »

Tfou casi Mouv 1

Savez-vous ce que sont ces fameux TFiz ? Non ? moi non plus. En faisant une recherche sur Google je découvre un lien qui http://www.tfou.fr/coin-parents/les-tfiz-7085889-739.html  apporte la réponse à notre interrogation : «  Envie d’un nouveau look ? visite vite ta boutique TFou et viens dépenser tes TFiz ! Le Tfiz est la monnaie virtuelle de TFou qui te permet de t’acheter virtuellement ce que tu veux dans la boutique. Pour gagner des TFiz, tout est gratuit, suit vite mes conseils ! »

Ayant compris ou non ces explications laconiques, nous entrons dans le casino Mouv’ aux couleurs criardes : jaune, violet, rose. Un arrière fond sonore de voix, de bruits de machines à sous complète l’atmosphère qui règne habituellement dans ces lieux, on s’y croirait pour de vrai.

Reconnaissons que nous sommes là en présence d’un jeu qui n’a absolument rien d’anodin même (et à plus forte raison) s’il s’agit d’un jeu pour enfants de jeux d’argent en ligne. « Les jeux d’argent en ligne ne sont ni un commerce ordinaire, ni un service ordinaire, prévient le texte de loi 12 mai 2010[2], « dans le respect du principe de subsidiarité, ils font l’objet d’un encadrement strict au regard des enjeux d’ordre public, de sécurité publique et de protection de la santé et des mineurs ».

Depuis l’ouverture à la concurrence des jeux d’argent en ligne, la question de l’addiction est devenue plus aiguë. Dans un interview au journal La Croix, Michel Lejoyeux psychiatre et addictologue à l’hôpital Bichat à Paris l’affirme sans détour : « Il est indéniable que l’ouverture des jeux d’argent sur Internet peut créer des problèmes en matière de dépendance. […] toute augmentation d’une substance ou d’un comportement va révéler des nouveaux dépendants. De plus, dit-il, le jeu en ligne a la particularité d’être potentiellement doublement addictif. Il conjugue une addiction au virtuel […] et celle aux jeux d’argent ». L’addictologue s’inquiète : « on peut craindre que certains pourvoyeurs de jeux en ligne aient comme métier de créer des addictions avec un intérêt plus porté sur leur bénéfice que sur l’intérêt collectif. »[3]

Le métier de TF1 serait-il de créer des dépendances précoces de manière à procurer aux opérateurs concernés la relève de joueurs nécessaires afin d’assurer la pérennité de leur marché ? Si la multiplication des jeux d’argent en ligne augmente assurément le nombre de joueurs dépendants, il est tout aussi évident que la proposition de tels jeux dès l’enfance constitue un facteur de risque supplémentaire pour ceux qui s’y adonnent déjà via le site jeunesse de TF1. Cette pratique qui consiste à mettre en ligne à l’intention des jeunes internautes des jeux d’argent calqués sur ceux qui sont réservés aux adultes est pour le moins contestable parce que insidieuse et dangereuse.

Les professionnels de la santé et de l’éducation mettent en évidence le rôle majeur des parents dans les problèmes d’addiction. En 2012, dans un communiqué relatif à la pratique excessive des jeux sur écrans, l’Académie de médecine recommande : « Une sensibilisation plus forte des parents, premiers éducateurs et exemples en la matière, portant sur le contrôle des jeux et du temps qui leur est consacré ; ».  Il en est de même pour les acteurs du monde de l’éducation. « […] le plus souvent, c’est d’abord une attitude éducative et pédagogique qui doit tenter de répondre à la crise, et les parents doivent y être aidés et conseillés dans les trois directions suivantes : cadrer, accompagner, se soucier des écrans dès la maternelle ». Il est précisé que « les parents doivent s’intéresser aux jeux de leur enfant, le regarder jouer, lui poser des questions et ne pas hésiter à prendre un peu de temps pour s’informer sur ces jeux en allant sur Internet […]. »  L’exploration du site pour enfants Tfou.fr nous apporte une illustration des plus frappantes de cette nécessité.

Admettons cependant que la tâche dévolue aux parents devient de plus en plus lourde et complexe. De toute évidence ils ne peuvent faire pleinement confiance ni aux programmes de télévision destinés à la jeunesse, ni aux sites pour enfants ni, de manière générale, aux produits numériques et multimédiatiques mis sur le marché et prétendument conçus spécifiquement pour les enfants (rappelons-nous les chaînes de télévision pour les bébés et la recommandation du CSA suite à l’avis rendu par la Direction Générale de la Santé).

En initiant les enfants aux machines à sous et à l’univers qui y est associé, en leur faisant adopter l’attitude mentale et comportementale des joueurs de jeux d’argent en ligne ne les prépare-t-on pas à développer ces mêmes schèmes dans la vie adulte ? Or, s’il est entendu que la prévention est l’affaire de tous, pourquoi les acteurs du monde marchand devraient-ils se dispenser de toute réflexion sur le sujet ? Pourquoi devraient-ils se départir de toute responsabilité et considération éthique ?


[1] C’est la tranche d’âge concernée par les programmes jeunesse et la cible visée par les annonceurs intéressés par ces espaces télévisuels dédiés aux enfants.

[2] Loi 2010-476 relative à l’ouverture à la concurrence et à la régulation du secteur des jeux d’argent et de hasard en ligne.

[3] « Les jeux d’argent sur Internet posent-ils un problème de santé publique ? La Croix, 7 avril 2010.

Noël des enfants ou Noël des tablettes ?

Et si les tablettes numériques étaient nuisibles pour les moins de trois ans ?

Sapin de Maya

Merci Maya pour ce beau sapin de Noël !

 

La préparation des fêtes de fin d’année bat son plein. Si Noël et le nouvel An riment avec cadeaux, sapins, guirlandes, étoiles et tables généreusement garnies, la fin d’année est aussi la période des emplettes et des caddies bien remplis. Rappelons-nous alors que les achats effectués ont peut-être été dictés par la publicité. Pourquoi pas me direz-vous et vous avez raison, à condition cependant de rester vigilant et de ne pas se départir de tout discernement.

Les ventes de tablettes numériques n’ont sans doute pas encore atteint leur summum. C’est un matériel qui semble désormais devoir s’imposer aux consommateurs adultes comme aux enfants et ce, dès le plus jeune âge.

photo tablette 036

Pour toucher les plus petits, les fabricants rivalisent d’ingéniosité. Le design, les couleurs, la matière, tout est pensé pour donner l’illusion d’un produit adapté à l’âge de l’enfant. En 2012 Serge Tisseron, psychiatre et psychanalyste l’affirmait dans un interview pour le Journal du Dimanche : « Les tablettes, doivent être rangées avant 3 ans, un usage immodéré de l’écran tactile empêche l’enfant de construire des repères spatiaux et temporels qui le structurent.» Il précise un peu plus loin « la tablette limite la relation au monde, à ce que l’enfant en voit. Il touche l’écran au lieu de saisir l’objet, il ne le flaire pas, ne le mâchouille pas. Il n’a pas d’appréhension des trois dimensions de l’espace. »[1][2]

Avant 3 ans l’enfant à autre chose à faire que d’être placé devant un écran. C’est la période des grandes acquisitions qui ne sont rendues possibles que par l’expérimentation concrète et dans le cadre de relations humaines affectueuses et empathiques. Quels que soient son apparence (forme, matière etc.) et ses contenus, la tablette numérique ne sollicite que deux des cinq sens : le toucher et l’audition.

La différence établie par certains[3] (cf. mon article : Un avis scientifique ? et ici ) entre écrans passifs et écrans interactifs ne sert ni la cause des plus petits ni celle des parents, elle ne fait que légitimer la vente de ce matériel auprès d’une tranche d’âge qui constitue une niche économique supplémentaire. L’interactivité est illusoire et trompeuse parce qu’il s’agit d’une interactivité programmée et par conséquent limitée. Rien ne vaut l’expérience concrète d’une pile de cubes qui s’écroule si l’enfant retire celui sur lequel repose la tour patiemment construite ; rien ne vaut l’objet saisi dans l’environnement dont l’enfant peut détourner la fonction initiale au gré de son imagination.

Soyons conscient que si l’on met une tablette numérique trop tôt entre les mains de l’enfant cela l’expose à une dépendance future aux écrans. Il risque également d’éprouver plus de difficultés à investir d’autres activités. Enfin cela peut rendre, par la suite, plus difficile la gestion des écrans. Il ne faut pas oublier en effet que les habitudes prises dans ce domaine au cours des premières années de la vie ont tendance à persister par la suite et que plus nombreux sont les écrans dans le foyer, plus fréquentes sont les sollicitations.  En réalité, les risques encourus avec ce petit écran numérique sont les mêmes que ceux encourus pour un enfant de moins de trois ans que l’on expose à la télévision (voir à ce sujet l’article : Pas de télé pour les bébés. De plus l’enfant peut sembler tellement sage que les parents peuvent de leur côté avoir tendance à prolonger le temps d’utilisation de la tablette au-delà des limites conseillées par ceux qui la préconisent.

Par ailleurs si, pour forcer la vente de ce matériel auprès des parents de très jeunes enfants, les fabricants mettent également en avant les qualités ludiques et éducatives des programmes il va sans dire qu’il est aussi largement utilisé pour diffuser du dessin animé. Que devient alors l’argument de l’interactivité présentée comme un atout ?

L’achat d’un écran pour la famille ou pour l’un de ses membres n’est jamais un acte banal, c’est pourquoi nous devrions l’accompagner de questions essentielles : pourquoi cet achat ? Pour qui ? Pour quelle utilisation ? Quelles en seront les conséquences (heureuses ou malheureuses) sur les relations intrafamiliales, les comportements, la nature de la présence à l’autre que l’on va volontairement ou non, et parfais insidieusement développer ? Enfin, ayons clairement à l’esprit que le rapport qu’entretiennent les adultes avec les écrans numériques est un exemple sur lequel, assurément, les enfants s’appuieront.


[1] « Avant l’âge de trois ans, les tablettes sont nuisibles », Journal du Dimanche, 1er juillet 2012.

[2] Un an plus tard, ce spécialiste change de position, sur quels fondements ? La question est jusqu’à ce jour sans réponse.

[3] Académie des sciences : L’enfant et les écrans, éditions Le Pommier, janvier 2013.

L’éducation aux médias et au numérique, quels enjeux pour l’adolescence ?

L’éducation au numérique revendiquée comme grande cause nationale 2014 aura-t-elle des incidences concrètes sur une véritable responsabilisation des acteurs privés et sur une mobilisation des citoyens dans le sens d’un plus grand respect des enfants et des adolescents ?

L’éducation au numérique grande cause nationale 2014 ?

Cette initiative se veut positive et constructive et nous souscrivons aux objectifs énoncés : « Promouvoir un univers respectueux des droits et des libertés » ; « conduire le citoyen vers une autonomie et une responsabilisation dans ses usages et sa maîtrise de cet environnement, en mettant à sa disposition de manière pérenne des outils d’apprentissage et de développement de ses capacités numériques. » Toutefois, pourquoi dissocier l’éducation au numérique de l’éducation aux médias, l’une et l’autre ne vont-elles pas de pair ? Isoler le numérique dans le cadre d’une démarche éducative semble tout à fait paradoxal quand justement cette technologie permet et favorise le multi(médias), l’inter(connexion), la complémentarité, la convergence, l’incessant va et vient entre certains médias dits « classiques » et d’autres plus nouveaux (« nouveaux » au moins pour ceux qui ont connu la vie avant la popularisation de l’Internet).

Par ailleurs, il est tout aussi essentiel d’éviter de faire de cette éducation un simple apprentissage technologique. Car gagner en autonomie et apprendre à acquérir un niveau suffisant de compétence nécessite d’en passer par différents stades et certains types de savoirs qui conduisent à mieux appréhender les tenants et les aboutissants de cet univers technologique ainsi que la culture qu’il véhicule et développe. Mais pas seulement, les capacités technologiques acquises ne doivent pas non plus dissuader d’exercer sa propre pensée non seulement à travers les contenus rendus accessibles via Internet mais aussi en apprenant à s’interroger sur les formes de savoirs ainsi développés, la fonction du langage qui s’y trouve privilégiée, les liens sociaux qui y sont favorisés au dépend d’autres (Roland Gori)[1].

Évitons également de ne considérer que les seuls usagers qui auraient à développer leurs capacités afin de retirer de ces outils le maximum. Nous attendons également une responsabilisation plus grande de la part des acteurs privés qui misent et oeuvrent sur le Net surtout quand ils prétendent s’adresser aux enfant et aux adolescents.

Quel horizon d’avenir pour les adolescents dans l’univers numérique ?

Le développement de sites internet de rencontre pour adolescents prouve s’il le faut que l’on ne cherche pas à s’embarrasser de considérations éthiques et déontologiques lorsque seul compte l’appât du gain, voir article précédent.

Quelles règles du jeu proposent aux adolescents d’aujourd’hui ces sites de rencontre qui se développent sur le Net ? Comment les adolescents (selon leur âge) sont-ils en mesure de se saisir des « cartes » qui leur sont distribuées et à quelles fins ?

Dans un article publié en 2003, le psychiatre et psychanalyste spécialiste de l’adolescence Antoine Masson explique clairement les enjeux de cette période charnière de l’existence.

« Il est possible et même nécessaire de s’interroger si le social et les autres générations assument suffisamment leur part pour que les points de fragilité et de péril puissent être traversés par ces adolescents qui se situent dans la frange intermédiaire tributaire des appuis à disposition. C’est finalement le destin de cette frange intermédiaire qui fait la différence entre une société plutôt bonne par rapport à une société plutôt mauvaise.

Il est également possible et même nécessaire d’examiner quelles sont les cartes actuelles et les jeux proposés aux adolescents, afin qu’ils trouvent-inventent les cartes sur lesquelles ils vont pouvoir miser et la manière dont ils s’engageront à les jouer. […] une société suffisamment bonne serait celle qui propose des jeux plus ou moins à la hauteur des cartes dont elle dispose et transmet, tandis qu’une société relativement périlleuse serait celle qui propose et transmet des cartes avec des règles du jeu qui n’en permettent que très difficilement l’utilisation. »  [2]

 Antoine Masson avait bien perçu cette possible exploitation plus ou moins malveillante et cette mise en jeu périlleuse des fragilités de l’adolescence sur Internet. La présence des adolescents sur Internet, ce qu’ils y engagent de leur intimité et la part d’eux-mêmes qu’ils déposent dans les réseaux sociaux ont encouragé ce psychanalyste à mettre en place sur le Net un dispositif clinique destiné à accueillir l’adolescent en passage et… de passage. « Il s’agissait donc de penser un dispositif pouvant fonctionner grâce à Internet, et en même temps malgré Internet, voire à l’encontre de la logique habituelle d’Internet. »[3] Ce dispositif a pris le nom de Passado. A contre-courant de sites qui exploitent sans vergogne cette période délicate entre l’enfance et l’âge adulte, le site www.Passado.be permet aux adolescents de se dire, d’échanger, d’exprimer leurs peurs, leurs angoisses, leurs désirs, leurs amours, leurs ambitions et projets, dans l’assurance du respect de ce qu’ils sont. Des groupes d’adolescents y échangent en présence d’animateurs adultes en mesure d’assurer à la fois un cadrage et une fonction de tiers. Cette expérience mérite d’être connue et prouve s’il le faut les potentialités offertes par les technologies numériques à celles et ceux qui ont pour ambition d’en faire des outils au service de l’humanité.


[1] Roland GORI, La dignité de penser, essai, Babel, octobre 2013

[2] L’adolescence aujourd’hui (Texte publié dans : Bulletin trimestriel des Bureaux de Quartiers, 4ème trim 2003, pp 2 à 15).

[3] « Médiation technologique et modalités du transfert à l’adolescence », in Réseaux sociaux, sous la direction de Bernard Stiegler, Institut de Recherche et d’Innovation, éditions fyp, 2011.

Des sites de rencontre pour adolescents

Les adolescents ont aussi leurs sites de rencontre mais cela ne représente-il pas un risque pour les plus jeunes ?

(Dans cet article les noms et/ou pseudos des jeunes internautes ont été modifiés)

Qu’est-ce qu’un adolescent ? Qu’est-ce que cette période de la vie dite de l’adolescence ? Même si les frontières entre l’âge d’entrée et de sortie dans la période de l’adolescence sont floues (c’est un passage qui se fait progressivement et qui varie d’un individu à l’autre) il est un âge que personne ne peut ignorer, c’est celui de la majorité légale, c’est-à-dire celui auquel l’individu est considéré comme étant capable d’exercer ses droits soit, en France, 18 ans. Dès lors et lorsqu’on s’adresse aux individus au cours de cette période charnière de leur vie, il est bon de se rappeler qu’il existe des adolescents mineurs et des adolescents majeurs et que les uns et les autres n’en sont pas au même stade de leur cheminement.

« L’adolescence est une étape sensible du développement de la personnalité dont les enjeux peuvent être déterminants pour l’avenir » assure le psychanalyste Philippe Jeammet spécialiste de l’adolescence. Les auteurs et concepteurs de supports, contenus et autres applications destinés aux adolescents sont-ils toujours pleinement conscients de cela et suffisamment soucieux de la responsabilité qui leur incombe ?

Une petite exploration de quelques sites de rencontre pour adolescents nous donnera un aperçu de la manière dont on s’adresse aux adolescents, de ce que l’on attend d’eux et peut-être bien de la façon dont ils sont manipulés.

« Renconte-ados » prétend s’adresser aux 11-25 ans, un écart d’âge incroyable qui pour le moins interroge. Ainsi, pour prendre cet exemple, une rencontre entre une fillette de 11 ans avec un homme adulte de 25 ans ou plus, est-elle rendue possible via ce site !

« NoDaron » est un de ces autres sites qui pour sa part affiche clairement un âge maximum (interdit aux plus de 25 ans) sans aucune indication d’âge minimum. Ainsi belli 13 ans qui dit s’être inscrite pour flirt a-t-elle la possibilité de rentrer en contact avec balu312, 22 ans.

Sur « Kiss Ados » on trouve des femmes qui affichent allègrement les 30 ans voire les 48 ans. Cela va sans dire, on ne sait jamais qui se cache derrière un pseudo ! Arrêtons nous encore sur le profil de cedriclem qui dit être un homme âgé de 12 ans, il affiche une préférence sexuelle pour les femmes et se présente comme célibataire. Quant à Ginagendron 12 ans, elle ne sait pas qui elle recherche, toutes les rencontres sont donc permises. Il est vrai que « Kiss Ados » fait miroiter aux mineurs comme aux jeunes adultes qui s’y connectent qu’ils rencontreront peut-être l’amour de leur vie.

Sur sa page d’accueil « Rencontre-ados » affiche une promesse : « Vous pourrez consulter de nombreux profils d’ados célibataires de votre pays ou région ». Encore une fois on s’interroge : que signifie le mot « célibataire » pour un mineur ?

Bien évidemment les initiateurs de ces sites montrent patte blanche. Si l’on cherche bien, on trouve sur « Rencontre-Ados » un règlement intérieur qui précise : « Il est strictement interdit aux mineurs de s’inscrire sans l’accord au préalable de leurs parents ou personnes responsables de ceux-ci. » L’article suivant interdit également toujours aussi strictement aux mineurs « de naviguer sur le site sans la surveillance de leurs parents ou personnes responsables de ceux-ci. »

Sur NoDaron les conditions générales totalisent douze pages. Quel adolescent aura pris le temps de lire les « obligations générales et fondamentales » ? Quel adolescent aura su maintenir son intérêt jusqu’à l’article 4 « Vie privée et protection des données des membres » ?
Le jeune, qu’il soit mineur ou adulte, est pourtant invité à « lire attentivement les Conditions d’utilisation pour participer, avec le site Internet NoDaron et en étant Membre, au développement d’un Internet responsable et d’un Service de qualité. » Si ces nobles intentions étaient véritablement sincères pourquoi ne pas les afficher dès la page d’accueil ?

Non, ce qui est mis en avant sur les pages d’accueil de ces sites c’est la gratuité, une gratuité qui a son envers car elle ne dit pas les tractations et les accords qui se font en coulisses avec les annonceurs et agences de marketing intéressés par la cible que constituent les consommateurs adolescents. Non seulement il y a tromperie mais ces sites exposent sans doute trop dangereusement les plus jeunes, ceux notamment qui sont en passe de sortir du cocon de l’enfance.

Un avis scientifique ?

L’avis rendu par l’Académie des sciences sur l’impact des écrans chez les enfants est-il vraiment scientifique ?

Il est tout à fait normal et légitime, pour tenter de se forger un avis objectif sur les impacts des technologies numériques sur la santé des enfants, de consulter la littérature scientifique qui se rapporte à cette question. Et elle est abondante.

En janvier dernier, l’Académie des sciences a publié un avis intitulé « l’enfant et les écrans« 

Une étude controversée
Une étude controversée

Toutefois, certains auteurs de cet avis n’ont jamais fait de recherches dans ce domaine très spécifique. À contrario des chercheurs reconnus et expérimentés, et ils sont plusieurs en France, ne sont ni consultés, ni référencés. Les affirmations concernant la tablette numérique pour les bébés sont étonnantes car qui peut prétendre disposer de suffisamment de recul pour en connaître les effets réels sur le développement global du petit enfant ?

La lettre ouverte de plusieurs chercheurs publiée dans le monde en février 2013 « Laisser les enfants devant les écrans est préjudiciable » constitue un contrepoint essentiel à l’Avis de l’Académie des sciences. A lire absolument!

Voir également la liste complète des signataires « L’incroyable avis de l’Académie des sciences« 

Voir aussi la réaction de l’Union Nationale des Associations Familiales

Bonnes lectures !