Classification par âges et protection des mineurs

Le sujet traité ici fait suite à un article précédent « Les dix risques liés aux médias dans l’univers familial ».

Beaucoup de parents se posent la question de l’exposition de leur enfant aux écrans selon leur âge. « A partir de quel âge puis-je autoriser mon enfant à regarder la télévision[1], à utiliser l’ordinateur, à aller sur internet ? A partir de quel âge puis-je remettre entre ses mains une tablette numérique, un téléphone portable ? Etc. »

Si certains tentent l’aventure d’une réponse directe[2], d’autres se montrent prudents par rapport à des repères considérés comme discutables[3].

Après avoir tenté de déplier le questionnement afin d’en identifier différents aspects cet article considérera les dispositifs mis en place par les pouvoirs publics et les entreprises médiatiques dans un souci de protection des mineurs (partie 1). Il traitera ensuite des écrans dans la sphère familiale envisagés dans une démarche éducative globale et d’exercice de la parentalité (partie 2).

Le mot « écran » concentre en lui-même de nombreuses réalités. C’est un objet technologique au service de l’information et de la communication de masse au niveau mondial, c’est aussi une marchandise commercialisée à grande échelle à l’aide de stratégies marketing puissantes et sophistiquées. De part leur fonction d’information et de communication, ces objets ont une dimension individuelle et sociale (ils interfèrent dans la vie quotidienne des individus et dans leurs modes de relation).

L’attitude éducative vis-à-vis des enfants dans leurs relations aux écrans implique de ne pas s’en tenir à la seule dimension technologique de l’outil mais de prendre en compte l’ensemble des facettes d’une réalité fort complexe et d’en connaître les acteurs principaux. Cette interrogation est indissociable de la notion de protection des mineurs (c‘est pourquoi seront évoqués ici les systèmes de classification par âges et les autres dispositifs de protection).

Conscients de cela (et attentifs à ce que les enfants grandissent et s’épanouissent dans de bonnes conditions), que peuvent faire parents et éducateurs ?

Ils peuvent d’une part recourir aux réglementations et recommandations existantes en terme de protection de l’enfance (ce dont traite cet article) et, d’autre part, s’appuyer sur leur propre connaissance de l’enfant dont ils ont la charge ainsi que sur la dimension empathique de la relation qu’ils entretiennent avec lui (prochain article).

La régulation des médias, une aide à la parentalité ?

Dans un souci de protection des mineurs, des réglementations et recommandations émanent d’institutions publiques et d’entreprises privées. Il s’agit notamment de systèmes de classification par âges pour la télévision, pour le cinéma et pour les jeux vidéo. Une telle classification n’est pas à négliger car elle constitue une aide appréciable pour les parents et peut agir comme alerte sur la nocivité potentielle de certains programmes, films ou jeux.

Télévision – Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel s’est vu confier par la loi une mission de protection de l’enfance et de l’adolescence vis-à-vis des programmes audiovisuels susceptibles de nuire à leur épanouissement physique, mental ou moral. A cette fin il a mis en place une signalétique par catégories d’âges (tout public, -10, -12, -16, -18). Néanmoins, il est bon de savoir que l’application de la classification des programmes revient aux chaînes de télévision. Le CSA exerce pour sa part un contrôle à postériori sur les classifications des émissions opérées par les diffuseurs.

Dessin d'Arthur 1

Dessin d’Arthur 5 ans

Cinéma – Pour les films cinématographiques les catégories d’âges sont à peu près les mêmes en France que celles appliquées à la télévision. Néanmoins celles-ci ne sont plus de l’ordre de la recommandation mais de l’interdiction (tout public, interdiction moins de 12 ans, interdiction moins de 16 ans, interdiction moins de 18 ans). Chacune de ces mesures pouvant être accompagnées d’un avertissement. La classification des films qui sortent en salles est proposée par une commission qui se réunit sous l’égide du Conseil national du cinéma et de l’image animée. La décision de classification est prise par le ministre de la Culture. Elle a valeur de loi, celles et ceux qui ne la respectent pas se placent dans l’illégalité. L’adulte accompagnateur d’enfants au cinéma doit, pour connaitre la classification, se rendre sur le site du CNC activer l’onglet « Rechercher une œuvre » et indiquer dans les champs prévus à cet effet le titre du film, le nom du réalisateur ou tout autre information dont il dispose.

Jeux vidéo – En ce qui concerne les jeux vidéo une classification par âge spécifique (3-7-12-16-18) assortie de pictogrammes apportant des indications sur le type de contenus véhiculés par le jeu est proposée par les acteurs professionnels, il s’agit du système Pan European Game Information (PEGI). Elle constitue un guide pour l’acheteur potentiel de jeux vidéos. Contrairement au message de promotion de ce système véhiculé par un spot télévisuel qui met en scène un père (dépassé) et un enfant entre lesquels la communication est impossible, il est non seulement nécessaire pour le parent d’être présent au moment de l’achat du jeu vidéo ou à défaut d’en connaitre la provenance, mais également de recueillir des informations sur son contenu et d’en échanger clairement avec l’enfant.

Radio – Quand aux stations de radio, elles sont dans l’obligation de respecter des contraintes horaires : « Aucun service de radiodiffusion sonore ne doit diffuser entre 6h et 22h30 de programmes susceptibles de heurter la sensibilité des auditeurs de moins de 16 ans. »

Publications jeunesse – En ce qui concerne les publications destinées à la jeunesse elles sont régies par la Loi n° 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse et réactualisée au19 mai 2011.

Internet – Internet est libre d’accès à tous moments. Sa seule restriction concerne les contenus illicites, c’est-à-dire ceux qui sont interdits et punis par la loi française. Les parents et éducateurs devront se tourner vers des sites officiels tels que ceux de la Commission Nationale de I’Informatique et des Libertés (CNIL) du ministère de l’Intérieur ou du ministère de l’Education nationale pour recueillir les informations susceptibles de les aider dans leur fonction éducative vis-à-vis d’internet. Le CSA consacre également une page de son site à cette question. Certains sites de professionnels peuvent également être consultés.

Les professionnels des médias défendent quant à eux l’autorégulation. C’est le cas notamment de l’Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité (ARPP), qui prône l’autodiscipline notamment  en ce qui concerne les publicités destinées aux enfants.

Jugement critique et citoyenneté

Législateurs, pouvoirs publics et professionnels assument leur part de protection de la jeunesse avec plus ou moins de justesse et de rigueur. Néanmoins des insuffisances, des vides juridiques demeurent (Internet) ouvrant la voie à des pratiques douteuses et discutables.

L’éducation et la protection des enfants dans le domaine des médias et de leurs écrans passent donc par une prise en compte des systèmes de classification. Cela n’empêche pas l’exercice du jugement critique et de la citoyenneté. Chacun peut faire connaître son point de vue (l’appréciation parentale peut diverger de celle des chaînes de télévision, la mise sur le marché de services, contenus ou applications spécifiquement conçus pour les enfants, peut satisfaire des visées commerciales et non répondre aux besoins des enfants). La mobilisation des citoyens, la force de l’opinion peuvent infléchir les politiques publiques et faire reculer certaines entreprises dans leur recherche de profit maximum par tous les moyens. L’arrivée des chaînes de télévision pour bébés en France en constitue un bel exemple.

[1] Question traitée dans l’article Des bébés devant des écrans et nous avons vu qu’il est préférable d’éviter tout écran avant 3 ans.

[2] TISSERON. S., Grandir avec les écrans « La règle 3-3-9-12 », Yakapa 2013

[3] JEHEL. S., Pourquoi Enjeux e-médias ne soutient pas la règle des 3-6-9-12 ? Enjeux e-médias, 2013

Un commentaire sur « Quels écrans, quels contenus, quels âges ? Quelques repères (1) »

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