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Les enfants et les médias en temps de crise

Nous avons tous le souci de protéger les enfants d’une actualité chargée en événements tragiques et nous avons raison. Mais que faire, de quelle manière s’y prendre ?

Protéger les enfants ce n’est pas les mettre à l’écart de ce qui se passe, ce n’est pas davantage se taire ou masquer nos émotions et inquiétudes.

Rappelons, s’il le faut, que pour les enfants la première chose qui compte est d’être rassurés par leurs parents en des termes simples : « Ne t’inquiète pas, nous sommes là avec toi, nous veillons sur toi ».

Dans un second temps, la réassurance peut aussi se faire en rappelant que les dirigeants de la France ne sont pas seuls, que notre pays a beaucoup d’alliés. Ceux qui gouvernent la France sont aussi aidés par les forces de l’ordre pour protéger la population et arrêter les coupables.

Il est important également d’être attentifs à leurs questions dont l’une d’elle peut être insistante : « Pourquoi ? », «  pourquoi existe-t-il des gens qui commettent de telles atrocités ? ». Expliquons alors que si ces personnes font beaucoup de mal et ont déjà fait trop de victimes, c’est qu’elles ne vont pas bien du tout dans leur tête, leur comportement n’est absolument pas normal. Le rôle de la police et des dirigeants du pays est de les arrêter à temps pour que cela cesse. Nous les assurerons qu’une enquête est en cours et que beaucoup de professionnels spécialisés y travaillent.

Dans une période comme celle que nous traversons, où les informations et les images qui les accompagnent tournent en boucles à longueur de journée, nous pouvons être tentés de rester devant nos écrans sans prendre garde aux plus petits de notre entourage. Or, en présence des enfants, il est bon de savoir interrompre le flot médiatique. Cela nous est nécessaire à nous aussi adultes pour nous ménager des temps de respiration, pour sortir de cet état de sidération dans lequel nous plongent ces événements et les images auxquelles ils donnent lieu, pour retrouver la capacité de penser. C’est aussi crucial pour les enfants. Dessiner, colorier, bricoler, jouer, lire des histoires, en inventer, seront des exutoires précieux à leurs peurs et angoisses éventuelles et de bons moyens pour les élaborer.

Sites pour enfants : les parents évincés

L’exemple des sites des programmes télévisuels destinés à la jeunesse

Tous les contenus médiatiques spécifiquement destinés aux enfants et aux adolescents méritent l’attention des adultes. Que l’on soit parent, enseignant, animateur ou éducateur, nous avons à nous intéresser à tous les aspects de l’environnement des enfants et aux aires d’influences auxquelles ils sont exposés. C’est un des objectifs de ce blog qui a déjà exploré et analysé certaines offres jeunesse : émissions de télévision pour la jeunesse, sites pour adolescents…

P1070720Qu’en est-il des sites internet dits « pour enfants » ? Nous postulons que ces espaces dédiés aux enfants devraient systématiquement inclure les parents afin qu’ils puissent y exercer leur contrôle.

Dans un travail universitaire, des étudiants de l’université Paris 8 se sont penchés sur le site Gulli.fr. Ils relèvent en premier lieu que les frontières entre le contenu du site proprement dit et les messages publicitaires sont très floues. Or des études ont démontré que l’absence de franche démarcation entre les uns et les autres favorise la confusion et ôte à l’enfant sa capacité de discernement et de jugement. En réalité le site Gulli.fr permet à la chaîne du même nom d’instaurer une continuité avec les contenus télévisuels, de fidéliser les enfants à ses programmes et d’offrir une vitrine supplémentaire aux annonceurs.

Au-delà de ces considérations, la question que pose cet article concerne la place octroyée aux parents dans ces sites dédiés aux enfants de 4 à 14 ans. Ils devraient y avoir un accès facile et pouvoir être en mesure d’y recueillir les informations susceptibles de les aider dans leur rôle d’accompagnateur et d’éducateur.

Il n’en est rien pour le site Gulli.fr sur lequel selon les étudiants précités « la page parents est introuvable depuis la page d’accueil », et « semble ne plus être entretenue »[1]. Ils déplorent d’ailleurs fort justement que « pour une chaîne qui se dit familiale, le site […] ne permet pas de favoriser la pratique d’activités conjointes parents-enfants. »

Or si l’on se tourne vers les sites des autres grandes chaines de la télévision française, le même constat s’impose. Sur Tfou.fr, il faut chercher un peu pour trouver en bas de page et en très petits caractères la mention « coin parents ». Hélas! le contenu y est plus que lacunaire.

Idem pour Ludo.fr le site du programme jeunesse de Fr3. Il ne comporte pas d’onglet parents et n’évoque la question de l’autorisation parentale que dans les conditions générales d’utilisation.[2]

Qu’en est-il pour Fr5 la chaîne éducative par excellence ? Soyons rassurés, sur le site Zouzous.fr l’onglet « pour les parents » existe bel et bien. Mais paradoxalement nous le trouvons après avoir cliqué sur « le coin des enfants » puis au hasard sur l’icône « réveil » lequel n’est pas accompagné de la mention écrite « pour les parents », contrairement aux autres onglets « vidéos » et « jeux ». En revanche les parents y ont la possibilité de désactiver le son, et de limiter le temps passé sur le site.

Aucun des sites visités ne s’adresse véritablement aux parents afin de leur faire part des intentions de leurs éditeur(s) et concepteur(s), de l’objet du site, de la manière dont lesdits parents peuvent aider leurs enfants à utiliser le site et à les prévenir des dangers d’un usage excessif des écrans.

Les débats sociaux sur les enfants et les écrans ne manquent pas de pointer la responsabilité des parents. Chacun est d’accord pour les considérer comme premiers éducateurs. Mais quand le découragement guette, quand la facilité s’invite comme alternative à la vigilance, ils sont vite accusés de démissionner. Avouons tout de même que notre société n’est pas avare de paradoxes !

La responsabilité de l’éducation des enfants, leur bien-être et leur plein épanouissement ne peuvent s’envisager que dans la perspective d’une responsabilité partagée. La société civile, les professionnels des médias et des technologies numériques, les pouvoirs publics et politiques sont tous ensemble concernés. Reconnaissons que les seules conditions générales d’utilisation des sites dits « pour enfants » sont loin de satisfaire à ce souci de responsabilité partagée[3].

Vous qui lisez ces lignes n’hésitez pas à réagir et à partager votre point de vue. Vous arrive-t-il de consulter les sites dédiés aux enfants ? Quelle place aimeriez-vous y avoir en tant que parents ? Quelles informations aimeriez-vous y trouver ?

[1] « Analyse de la stratégie Gulli.fr », Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis, sous la direction de Sophie Jehel, 2014.

[2] Extrait des CGU article 4-2. Protection des mineurs

« Dans l’hypothèse où l’Utilisateur serait une personne physique mineure, il déclare et reconnaît avoir recueilli l’autorisation préalable de ses parents ou du (des) titulaire(s) de l’autorité parentale le concernant pour s’inscrire sur le Site. Le(s) titulaire(s) de l’autorité parentale a (ont) accepté d’être garant(s) du respect de l’ensemble des dispositions des présentes CGU lors de l’utilisation des Sites FRANCE TELEVISIONS par l’Utilisateur mineur. Ainsi, les parents (ou titulaires de l’autorité parentale) sont invités à surveiller l’utilisation faite par leurs enfants des Contenus et/ou Services mis à disposition sur les Sites FRANCE TELEVISIONS et à garder présent à l’esprit qu’en leur qualité de tuteur légal il est de leur responsabilité de surveiller l’utilisation qui en est faite. »

[3] Elles comportent généralement un article relatif à la protection des mineurs mais sont d’une lecture très longue (23 pages sur Gulli.fr) et fastidieuses. A l’heure du tout image, qui prendra le temps de les lire ?

Est-il bon pour les bébés de jouer sur une tablette ?

NON ! répondent d’une même voix un grand nombre de professionnels de l’enfance, d’enseignants et de chercheurs dans un article paru le 14 septembre dernier dans Le Monde Science et techno.

« La tablette cause de sérieux troubles chez l’enfant lorsqu’elle devient le principal outil de stimulation ». Des effets notoires sont observés sur l’attention, le langage, la constitution de la notion de temps et de causalité, la motricité fine et globale et le graphisme.

Lire l’article ici

Lire ou relire

Des bébés devant des écrans 

Les tout petits et les écrans ne font pas bon ménage

Le smartphone, à partir de quel âge ? Ce qu’en dit le JT de Fr2

Eh bien, si vous êtes de ceux qui se posent la question, la réponse a été clairement donnée dans le journal de 13 h de France 2 le 09 septembre dernier : vers 11 ans, âge qui correspond à l’entrée au collège.

Voilà, ils l’ont dit à la télé ! Un spécialiste, pédopsychiatre était même là, sur le plateau, pour confirmer les préconisations du reportage. D’ailleurs, pourquoi être récalcitrant quand « 1/3 des enfants de 10 ans a un mobile ». C’est ce qu’a affirmé la présentatrice du journal – sans citer sa source – avant de lancer le reportage.

Pour ceux qui sont sur le point de passer à l’acte d’achat, rien de tel que de se rendre dans une boutique spécialisée comme l’ont fait les journalistes de France 2. Pas n’importe laquelle d’ailleurs, si le vendeur interviewé était présenté comme un « conseiller en téléphonie mobile » la caméra, quant à elle, a bien pris soin de s’orienter de telle sorte que le téléspectateur puisse identifier l’opérateur : Bouygues. Tout cela était assorti d’arguments commerciaux bien ciblés : design du téléphone attrayant, caméra frontale pour les selfies, applications pour rester en contact avec les amis, etc.

Le coût ? Ne vous inquiétez pas, le commentaire sur image s’est voulu rassurant : « des forfaits à petits prix, sans engagement ». Mais comme si cela ne suffisait pas, ces propos ont été relayés par des plans sur les accroches commerciales de la boutique « tout compris », « sans engagement ».

On aura pris soin, tout de même, de prévenir les parents : « il faut les surveiller de près », assurer un suivi et que les devoirs soient faits avant tout divertissement. En réalité la surveillance parentale suffit-elle à mettre nos enfants à l’abri des usages excessifs et des contenus inappropriés ? Cette technologie-là le permet-elle vraiment ?

Rappelons quand même que l’usage d’un ordiphone (car il s’agit bien de cela : un ordinateur de poche) nécessite certaines compétences comme :

Savoir et pouvoir :

  • distinguer la réalité de la fiction
  • réagir aux contenus inappropriés ou inopportuns
  • reconnaître les techniques de marketing
  • débusquer les supercheries
  • trier l’information
  • analyser les contenus
  • protéger sa vie privée
  • réfléchir à l’utilité de certaines applications
  • connaître les ressorts de la captologie

Tout un programme en vérité… que les adultes ne maitrisent pas toujours si bien que ça ![1]

Est-il véritablement nécessaire de confier un smartphone à un jeune collégien ? Si le téléphone mobile peut être utile dans certains cas, pourquoi ne pas se satisfaire des fonctions : recevoir et émettre appels et SMS ? L’ordiphone sera ainsi réservé à l’entrée au lycée, âge auquel l’adolescent a acquis des connaissances et une plus grande maturité.

Pour plus d’informations sur la publicité dans les émissions de télévision je vous invite à consulter le site du CSA et notamment ce qui relève de la publicité clandestine en fin de page.

[1] Au cours de ce même JT, un reportage était consacré au cas d’un chef d’entreprise qui s’est fait siphonner toute sa trésorerie suite à une arnaque – via le courrier électronique – non débusquée par la responsable du service financier.

Le régime de l’été : des vacances sans écrans !

Youpi ! c’est l’été ! L’école est finie, nous partons en VACANCES… SANS ÉCRANS !

P1010508Ah ces vacances tant attendues ! Elles nous procurent le temps de repos auquel nous aspirons et dont nous avons besoin. Elles nous offrent la possibilité de nous dépayser, de faire des découvertes et de porter un nouveau regard sur ce qui nous entoure. C’est aussi un grand plaisir pour les enfants qui voient leurs parents plus disponibles, plus détendus.

Pourquoi ne pas profiter de cette période favorable pour tester les bienfaits d’un régime anti-connexion ?

La base de ce régime :

– Des activités de plein air en tous genres ;

– Des visites et découvertes à volonté ;

– Des jeux de société réunissant petits et grands ;

Le tout agrémenté de lectures, de bonnes parties de ballon et autres ingrédients dont vous connaissez la saveur.

BEL ÉTÉ ET BONNES VACANCES A TOUS !         ios_emoji_emoticone_visage_souriant_avec_des_lunettes_de_soleil

 

 

Pour un bon usage des écrans, oui mais…

Certes nous ne sommes pas technophobes. Certes nous croyons que les technologies numériques peuvent être d’un grand bénéfice si nous savons leur attribuer la juste place. Oui nous préférons cette approche positive et constructive plutôt que celle qui consisterait à dénigrer à tout va les technologies qui s’invitent dans notre quotidien.

Toutefois, nous ne pouvons ni ne voulons nous voiler la face. Des entraves au bon usage des écrans existent. Or pour les contourner ou mieux, les supprimer, il nous faut les identifier. En effet quelles sont-elles ? Certaines nous sont propres, autrement dit, elles viennent de nous-mêmes, tandis que d’autres sont extérieures et indépendantes de notre volonté.

Commençons par examiner les premières.

La facilité

Eh oui, le temps passé par nos chers petits devant les écrans ne représente-t-il pas un confort pour nous qui avons tant de choses sérieuses à faire ? N’est-ce pas également un moyen simple pour avoir tout simplement la paix ? Les dessins animés du matin par exemple ne rendent-ils pas plus faciles l’habillage et la prise du petit déjeuner de ces chérubins ? Que dire du téléphone portable qui est remis aux enfants à un âge de plus en plus précoce ? On cède aux suppliques de notre progéniture parce que ce petit engin nous permet de la suivre à la trace (du moins le croit-on) et de la joindre plus facilement, ou bien parce que nous nous plions un peu facilement à sa demande pressante et à son argument de choc : « dans ma classe tout le monde en a !». De bonnes raisons pour succomber au chant des sirènes.

La fascination

Quel bijou de technologie ces petits et grands appareils ; combien sont attrayantes ces multiples applications, sites et autres réseaux sociaux ! Sans compter que nous pouvons nous connecter à tout moment et en tout lieu, rechercher de l’information en un temps record, communiquer avec un grand nombre « d’amis », etc. Comment ne pas nous laisser séduire par cette magie technologique à portée de main ?

Certains freins à une utilisation intelligente et raisonnée des écrans et de leurs contenus sont aussi totalement indépendants de notre volonté.

Le marketing et la publicité

La pression marketing est intense et bien malin celui qui est en capacité d’y faire face à tout instant ! Par les discours qu’elle véhicule et les identifications qu’elle propose la publicité décourage et désavoue toute conduite ou manière de penser qui ne serait pas favorable aux produits et marques qu’elle promeut. En revanche elle est capable de banaliser ou même d’encourager des comportements nuisibles sur le plan de la santé. Elle n’hésite pas à créer de la confusion dans l’esprit des consommateurs, et notamment des plus jeunes d’entre eux, afin de mieux les manipuler. Elle sollicite le pouvoir de harcèlement des enfants. Elle les encourage à passer outre les recommandations ou interdictions des adultes. En un mot elle est assez souvent anti-éducative.

L’accélération technologique, l’obsolescence programmée, la difficulté à identifier les principaux acteurs économiques concernés, etc. rendent difficile ce bon usage des écrans que nous appelons de nos vœux. Et puisque technologie rime avec modernité, le temps est à l’équipement, voire le suréquipement.

En réalité nous avons affaire à l’accouplement d’idéologies, consumériste d’une part, techniciste d’autre part, qui dépasse bien souvent nos louables intentions, nos bonnes résolutions et constituent des freins puissants au regard critique, à la distanciation et à une véritable attention au bien-être des enfants et des adolescents.

Devant les difficultés qui font barrage au bon usage des écrans, la tentation est grande de renvoyer dos à dos les parents et les autres éducateurs, les professionnels et les pouvoirs publics, quand nous devrions être à la recherche d’une cohérence éducative forte vis-à-vis des jeunes générations. Nous attendons des professionnels des médias et de l’industrie du numérique plus d’éthique et une exigence de qualité qui font encore trop souvent défaut aujourd’hui. Nous réclamons des pouvoirs publics qu’ils s’investissent délibérément dans une démarche de protection des mineurs plus soutenue. A nous, parents, éducateurs, professionnels de l’enfance et de la santé, experts, d’assumer notre propre rôle en mettant tout en œuvre pour faire des technologies numériques des alliés plutôt que des adversaires : informations, débats, formations d’éducation aux médias, etc.

Toutes les actions qui visent l’information, la prise de conscience et l’exercice de la citoyenneté dans le domaine des médias sont à promouvoir et à encourager. Il en est ainsi du « défi 10 jours sans écrans » lancé par Jacques Brodeur au Québec puis en France. Il propose aux enfants, à leurs parents, aux enseignants et autres adultes éducateurs de se déconnecter et de profiter de ce temps sans écrans pour se consacrer à d’autres activités et vivre des temps familiaux différents. Un colloque a eu lieu récemment en Ille-et-Vilaine, en partenariat avec l’association Un arc en ciel dans l’cartable, afin de faire connaître ce défi : « Des écrans pour servir OUI, pour asservir NON ! ».

Le blog que vous lisez porte également cette ambition : informer, éclairer, mettre en lien, échanger en vue de favoriser le bien-être des enfants et de leurs familles à l’air du numérique. Vous qui parcourez ces lignes, n’hésitez pas nous faire connaître vos propres initiatives et celles dont vous avez connaissance.

Ne baissons pas les bras, l’enjeu est de taille mais le but atteignable !

Voir aussi : ici et

Familles et télévision, l’exemple de Super Nanny

Que la famille soit « chouchoutée » par la télévision n’a rien d’étonnant. N’est-elle pas le lieu de prédilection de la consommation quotidienne ? Sur le petit écran l’alliance diffuseurs, producteurs, annonceurs face à l’entité « famille » se décline de multiples façons : publicités, séries, jeux, téléréalité, etc. Arrêtons-nous, l’espace d’un article, sur Super Nanny, émission de téléréalité créée et diffusée au Royaume-Uni, dont le concept a été repris et adapté en France par M6 en 2004 puis par NT1 pour y être diffusée à partir de 2013.

dessin Maya 2015

Sylvie, la super Nanny de NT1 vient au secours de parents en difficultés dans leur fonction parentale et prétend aider la famille à se reconstruire autour des règles qu’elle va proposer.

Comme toute émission de téléréalité, chaque épisode est structuré de façon identique :

  • Présentation de la famille et de ses difficultés: il s’agit le plus souvent de parents dépassés, d’enfants qui ne savent pas obéir, d’absence de communication ;
  • Super Nanny observe: l’éducatrice professionnelle appelée à la rescousse s’immerge dans la famille et à l’aide d’une tablette et d’un bloc note prend acte des problèmes qui se posent ;
  • Super Nanny intervient: elle réunit la famille et lui présente les nouvelles règles qu’elle a instituées pour un meilleur fonctionnement familial ;
  • Super Nanny s’éclipse: en son absence, la famille s’attache à suivre ces règles ;
  • Super Nanny recadre: des progrès sont observés, mais quelques défaillances restent encore à corriger ;
  • Conclusion positive: Super Nanny peut s’en aller, car tout est rentré dans l’ordre, la situation de cette famille est à présent satisfaisante.

Pour le sociologue François Jost, Super Nanny est comparable à une fée. Elle vient, à coup de baguette magique, rétablir une situation initialement perturbée. Toutefois, la comparaison s’arrête là, car, contrairement aux contes traditionnels, l’émission Super Nanny n’ouvre aucunement sur un imaginaire qui laisserait toute sa place à la créativité et à la recherche du sens que chacun peut vouloir donner à sa vie. Bien au contraire, sur un canevas immuable, les échanges entre les protagonistes, interventions de cette pseudoéducatrice télévisuelle et commentaires de la voix off semblent, d’émission en émission, se répéter inlassablement.

Cette absence de créativité propre à la téléréalité se repère non seulement dans la structure de l’émission, mais aussi aux nombreux clichés qu’elle véhicule. Les parents sont démissionnaires, ils ne savent pas se faire respecter, n’assument pas leur autorité et sont esclaves de leurs enfants. Ces petits derniers n’en font qu’à leur tête, ont les pleins pouvoirs, n’obéissent pas et font la loi. De même, les termes employés par Super Nanny sont lourdement connotés : elle se dit « effarée » et juge souvent la situation « catastrophique ». Les mots et expressions utilisés par la voix off surfent tout autant sur le registre dramatique : colères, crises de nerfs, contradictions, drames…

Alors bien sûr, face à ce « champ de bataille » constaté par une Super Nanny abasourdie, des règles de bonne conduite s’imposent à tous les membres de la famille. En un sens, ce n’est pas seulement l’éducation des enfants qui est visée, mais aussi celle des parents. Ces « incapables » ont droit tout à la fois aux remontrances de Super Nanny, à sa compréhension et à ses félicitations. Une infantilisation des parents qui pose problème dans une émission qui les enjoint d’assumer leur responsabilité.

Dans un travail universitaire consacré à cette émission, des étudiantes de l’Université Paris 8 observent : « Elle [Super Nanny] peut être amenée à avoir des gestes affectifs envers eux [les parents]. Ces étudiantes relèvent un exemple éloquent : « Super Nanny est légèrement inclinée (comme pour se mettre à la hauteur d’un enfant) et tient le menton de la mère. »[1] Les règles (mais elles s’apparentent davantage à des recettes) exposées par Super Nanny à la famille visitée sont, par la même occasion, présentées plein écran aux téléspectateurs supposés les prendre à leur propre compte.

Selon la psychanalyste Claude Halmos, « Super Nanny pose un problème éthique. L’émission donne l’image de mauvais parents devant la France entière. C’est monstrueux pour leurs enfants qui risquent d’être l’objet de moqueries à l’école. Or, l’image des parents est très importante pour aider un enfant à se construire. »[2]

Cette émission de télé-réalité laisse entendre aux téléspectateurs qui la regardent qu’une simple observance des règles édictées par Super Nanny suffirait à résoudre toutes les difficultés familiales et les conflits qu’elles engendrent, rien de tel en vérité. Chacun le sait, dans le domaine de l’éducation, il n’existe pas de recette intangible et immuable.

N’oublions jamais qu’une émission dit ce qu’elle est à travers ce qu’elle montre, mais aussi à travers ce qu’elle ne montre pas. L’émission Super Nanny donne-t-elle à réfléchir sur les raisons des situations familiales exposées ? Permet-elle aux parents d’examiner en profondeur leurs attitudes respectives ainsi que les comportements de leurs enfants ? Favorise-t-elle une prise en compte de la singularité de chacun et de la complexité des facteurs à l’œuvre ? Intègre-t-elle le désarroi psychique qui est parfois à la source des dysfonctionnements constatés ? Fait-elle référence au travail des professionnels qui œuvrent quotidiennement, en toute discrétion, auprès des familles et des enfants ? Non, non, et encore non !

La télévision n’est pas avare de leurres pour capter son audience. Sous prétexte de venir en aide à des familles en difficulté, elle fait étalage de leur vie privée, de leur défaillance et vulnérabilité. «La succession des plans dans le générique de début rend compte de l’artificialité de l’émission en mettant en scène des enfants dans des décors témoins (jardin, salon, chambre, cuisine, salle à manger…). Cela peut donner l’impression de feuilleter un catalogue de meubles en kit (Ikéa, Conforama…)» remarquent fort justement les étudiantes citées plus haut. N’est-ce pas là la véritable raison d’être de l’émission Super Nanny ?

Nous sommes donc en présence d’une chaîne qui est à la recherche de retombées financières, de parents, sans doute déboussolés, mais aussi tentés par un passage à la télévision. Qu’en est-il des enfants ? Où est leur intérêt ? Ne risquent-ils pas de pâtir de cette surexposition médiatique qu’ils n’ont pas choisie ? Qui s’en inquiète véritablement ?

[1] Analyse de super Nanny, approche croisée – jeunes et communication, Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis, année 2015.

[2] C. DIDIER, « Super Nanny infantilise les parents », Le Parisien, janvier 2007.

Les adolescents, des produits (pas) comme les autres

Réflexion sur les sites de rencontre pour adolescents

Les réseaux sociaux constituent un sujet de grand intérêt, parfois même d’inquiétude pour les parents d’adolescents et pour les éducateurs. Selon Danay Boyd, il ne faut pas s’en inquiéter outre mesure « Les réseaux sociaux sont un endroit où les jeunes peuvent se retrouver avec leurs amis. Il faut prendre ça comme un espace public dans lequel ils trainent »[1].

Toutefois, ces réseaux sociaux ne sont pas des espaces publics comme les autres, ils sont le fait d’entreprises privées dont le but est de faire du profit et pour certaines, sans souci éthique particulier. Il en est ainsi des sites de rencontre pour adolescents qui continuent à se développer sur la toile. Ils sont suffisamment nombreux à s’adresser aux 13-25 ans pour que nous nous y intéressions. Calqués sur le modèle des sites de rencontre pour adultes, ils disent s’adresser aux adolescents hétérosexuels pour les uns, aux gays ou lesbiennes, ou encore aux bisexuels pour les autres.

La question de l’âge à partir duquel ces sites sont accessibles est centrale et nous conduit à nous réinterroger sur ce qui caractérise ce moment de la vie situé entre l’enfance et l’âge adulte. « L’adolescence correspond à la prise de conscience collective récente de l’existence d’une crise psychique déclenchée par l’apparition du pouvoir sexuel chez l’enfant et cherchant une issue hors du cadre familial. L’adolescence serait donc un phénomène sociologique révélant une crise psychologique ».[2] L’auteur de cette définition, P. Laroche, médecin et psychanalyste rappelle que l’adolescence englobe à la fois un aspect physiologique (puberté), un aspect psychique ainsi qu’un aspect social. C’est dire que l’adolescence, entendue comme processus, est une période délicate qui nécessite l’accompagnement d’adultes fiables, respectueux et bienveillants. Non seulement les sites de rencontre pour adolescents ne remplissent pas ces conditions, mais ils instrumentalisent les jeunes internautes pour leur soutirer des données personnelles de plus en plus fines et précises afin d’en tirer profit.

Arrêtons-nous sur l’un d’entre eux : Rencontre-ados.net. Les informations requises pour une inscription y sont nombreuses : « âge, pays, ville, orientation sexuelle, statut matrimonial, profession ou études, taille, silhouette, couleur des cheveux, couleur des yeux, enfants, fume, boisson alcoolisée, religion ». Seule l’indication de la religion est facultative, en revanche l’internaute n’a pas le choix pour l’orientation sexuelle qui doit être mentionnée (hétérosexuel, homosexuel, ou bisexuel).

A l’origine ce site s’adressait à la tranche des 11-25 ans. Suite à certaines manifestations de mécontentement et quelques articles de presse, Rencontre-ados à repoussé l’âge d’accès à son site : de 11 ans il est passé à 13 ans. Il va sans dire que l’écart d’âge entre les plus jeunes et les plus âgés reste très important et implique une grande hétérogénéité de situations, d’expériences, d’aspirations et de désirs, sans parler des compétences cognitives et de la transformation physique qui s’opère chez les plus jeunes alors qu’elle est achevée chez les aînés.

Le forum et les topics de Rencontre-ados sont des espaces dans lesquels les préoccupations sexuelles s’expriment sans fausse pudeur, pour ne pas dire crûment, mais aussi sans élaboration, sans mise en sens et en l’absence d’adulte modérateur compétent. Une question sur la pratique du cunnilingus amène cette réponse d’un internaute : « En tout cas le pénis n’est pas fait pour servir de sucette et le minou n’est pas fait pour servir de gobelet à glace ». Autres échanges de même acabit : « J’ai pas changé ma chatte, mais stv en être on fait un skype mh (pictogramme cœur) juste les photos en double sont refusées je savais pas. » réponse : « Je tencule, je te prend je te retourne je te plaque contre un mur et je te baize par tôut les trous. ». Autre exemple de conversation :

–        Js : Salut Ld on baise.

–        Ld : Cousou Js, avec plaisir, actif ou passif ?

–        Js : Passif bb, capote ou sans ?

–        Ld : sans je veux me plonger dans ton caca[3].

Combien d’adultes véritablement soucieux du vécu des adolescents et de leur devenir connaissent ces sites de rencontre et ce qui s’y joue ? Car, même si Rencontre-ados affiche un cadre d’utilisation par des interdits et un système de modération, les internautes qui s’y connectent, notamment les plus jeunes d’entre eux, sont de fait dangereusement exposés. Le manque de sérieux de Rencontre-ados se manifeste entre autres à travers les contradictions dont il fait preuve. Les plans « cam » et « sexe » sont interdits, mais il suffit d’explorer le site pour se rendre compte que cette interdiction n’est pas respectée. Les photos de corps dénudés, les injures, la stigmatisation sont réprouvées, mais elles sont monnaie courante sur ce type de site. L’interdiction de poster un message d’incitation à la consommation d’alcool est contredite par le site lui-même qui introduit une question à ce sujet dans le profil que le jeune internaute réalise lors de son inscription. Comme le soulignent des étudiants qui on réalisé un travail universitaire sur ce site : « la modération est parfois lente à l’exemple de la plainte de harcèlement d’un utilisateur datant de 3 jours où l’administrateur admet qu’ils ont beaucoup de signalements et donc beaucoup de cas à traiter. »[4]

Selon une étude de l’UNICEF France, bon nombre d’adolescents sont en souffrance. « La souffrance psychologique s’explique […] par des difficultés de relation aussi bien dans la sphère familiale que dans la sphère scolaire et élective, et il apparaît de façon claire que ces difficultés sont cumulatives.[5] » Certaines formes de souffrances, explique ce rapport, peuvent être relatives à la vie sociale dans son ensemble : « la difficulté de se conformer à des standards de consommation, la difficulté à être protégé et reconnu dans les relations familiales, l’épreuve de la discrimination et du harcèlement, les problèmes liés à la vie scolaire.[6]« 

Il est certain que la société tout entière est responsable de ses adolescents. Elle doit leur apporter l’étayage dont ils ont besoin pour accéder à l’âge adulte dans les meilleures conditions. Les sites de rencontre pour adolescents comptent parmi les réseaux sociaux qui ne respectent pas les jeunes internautes qui les fréquentent, ils ne les reconnaissent pas comme sujets et les exploitent savamment à des fins marchandes. Si c’est gratuit, c’est qu’ils sont le produit !

 Rencontre ados

[1] 6 clés pour comprendre comment vivent les ados sur les réseaux sociaux, Le Monde 10 mars 2014.

[2] DELAROCHE P., L’adolescence. Enjeux clinique et thérapeutiques, Armand Colin, 2013 ? P. 9.

[3] Dans ces extraits de conversations, l’orthographe n’a pas été modifiée.

[4] « Analyse d’un site destiné aux jeunes », Université Paris 8, 2015.

[5] Ibid., « Ecoutons ce que les enfants ont à nous dire. Adolescence en France, le grand malaise », Consultation nationale des 6-18 ans, UNICEF France, 2014, p. 28.

[6] Ibid., p. 27.

Les tout-petits et les écrans ne font pas bon ménage !

Entretien avec Héloïse Junier, psychologue en crèche et formatrice en psychologie de l’enfant.

Pouvez-vous nous rappeler rapidement quels sont les besoins essentiels de l’enfant entre 0 et 3 ans ?

On distingue deux grandes familles de besoins :

  • les besoins physiologiques : manger, dormir, évacuer, respirer…
  • les besoins psychologiques : besoins d’interactions avec l’adulte, d’être câliné, d’être aimé, d’être considéré avec bienveillance par l’adulte. Mais aussi le besoin d’explorer, de découvrir, de tester…

Les écrans interfèrent avec les besoins fondamentaux de l’enfant. Quant aux besoins psychologiques, ils sont souvent mésestimés voir méconnus par l’adulte alors qu’ils sont, comme les besoins physiologiques, primordiaux pour un bon développement et un bon épanouissement.

Les écrans ne nuisent pas directement aux besoins physiologiques, qu’en est-il alors du sommeil ou des repas devant la télévision ?

Ils font interférence avec. C’est-à-dire que si l’enfant regarde un écran avant de dormir, la sécrétion de la mélatonine, hormone régulatrice du sommeil, sera modifiée et de ce fait l’endormissement risque d’être retardé. Si bien que l’enfant pourra avoir des difficultés d’attention le lendemain et être plus fatigable, plus irritable. Ça ne va pas non plus l’empêcher de manger, mais il risque de moins manger ou au contraire de manger de manière plus automatique, sans réel plaisir pour l’action en cours. Or, n’oublions pas que le temps de repas est avant tout un temps de partage avec l’adulte au cours duquel l’enfant acquiert des nouveaux mots de vocabulaire. On peut dire que les écrans altèrent les besoins physiologiques de base, mais n’empêchent pas qu’ils soient assouvis.

En ce qui concerne les besoins psychologiques, les conséquences de l’exposition aux écrans du tout-petit sont-elles plus graves ?

Oui, l’exposition des enfants de moins de 3 ans aux écrans court-circuite les besoins psychologiques. Ils ne vont pas dans le même sens. Par exemple, un enfant a besoin d’être en interaction avec un adulte (ce qui est rarement le cas lorsqu’il est seul face à un écran), ce que les nombreuses études en psychologie du développement et de l’attachement ont bien mis en avant. Sans oublier que les interactions sociales sont indispensables pour le bon développement des fonctions cognitives.

Si l’enfant passe tout son temps devant un écran loin de l’adulte, les meilleures conditions pour un bon développement et un épanouissement ne seront pas réunies. Plus la consommation d’écran est importante plus les besoins psychologiques risquent d’être altérés.

Les écrans ont-ils ou non une place dans cette période de la vie ? Et si oui de quelle manière ?

Spontanément, j’aurais tendance à répondre que non ! Non, les écrans n’ont pas leur place dans cette tranche de vie. L’enfant n’en a pas besoin pour bien grandir, au contraire. En réalité, c’est un peu plus compliqué, car les parents ont besoin des écrans pour leur propre usage…

Ces écrans vont à l’encontre de leurs besoins fondamentaux. Les jeunes enfants ont besoin d’être dans la vraie vie, dans de vraies interactions avec de vrais gens et non en interaction avec Dora qui fait semblant de les écouter et de leur répondre via un écran. Eh oui, ils sont très sensibles à la réponse de leur interlocuteur. Le tout petit a vraiment besoin, dans son environnement, de personnes réelles qui lui fassent des feed-back très répétés pour bien apprendre, par essais et erreurs. Il a également besoin de manipuler de vrais objets. Sur une tablette tactile, la girafe et l’éléphant sont sensiblement identiques alors qu’en vrai, un éléphant en plastique, une girafe en tissu et un cube en bois n’auront pas le même poids, ni la même texture, ni la même odeur ! Mais ce n’est pas tout. La luminosité et la rapidité des images qui caractérisent les écrans sur-stimulent l’enfant et sur-sollicitent son attention (son système d’attention involontaire, cf. B. Harlé [1]). Entre 0 et 3 ans, les enfants n’ont pas besoin d’être sur-stimulés, leurs apprentissages sont spontanés. D’ailleurs, contrairement aux idées reçues, il ne s’agit pas que d’un problème de contenu, mais aussi d’un problème de contenant. Je m’explique : ce ne sont pas les seules images qui défilent sur l’écran qui posent un souci, c’est aussi l’écran lui-même. Même si, bien évidemment, il est bien plus déconseillé que l’enfant regarde le JT qu’un épisode de Petit Ours Brun ! Rappelons qu’à ces âges, l’enfant n’est pas en capacité de distinguer la fiction de la réalité. Il prend tout ce qu’il voit pour argent comptant.

L’écran place l’enfant dans une position passive à un âge où il devrait être actif pour découvrir son environnement. Et puis, n’oublions pas que, au-delà de l’ensemble de ces méfaits, l’écran vient voler à l’enfant du temps passé à faire autre chose de bien plus précieux pour son développement : attraper des objets et les mettre à la bouche, courir après un oiseau, construire des tours de cubes, faire quelques pas dans l’herbe… Finalement, chez le tout-petit, moins l’environnement est sophistiqué, mieux c’est !

Pour toutes ces raisons, les écrans n’ont pas leur place dans l’environnement de l’enfant. Cependant, certains parents étant très friands de ces écrans, l’objectif est de trouver un compromis qui respecte les besoins des enfants et les souhaits des parents ce qui, il faut le reconnaître,est souvent assez compliqué !

Y a-t-il une différence sensible en ce qui concerne l’exposition des enfants aux écrans entre 2 et 3 ans ? Les organisations pédiatriques américaines et canadiennes préconisent l’absence d’écrans jusqu’à 2 ans, en France la Direction générale de la santé a donné un avis qui place la limite à 3 ans.

Ce n’est pas très facile de respecter la limite des 3 ans pour les familles où il y a des fratries, par exemple. Entre 2 et 2 ans et demi, l’enfant gagne en maturité cognitive, le langage s’est déjà un peu plus développé. On peut imaginer qu’à cet âge, les enfants sont un peu plus « costauds » pour être exposés aux écrans. Cela dit, l’idéal serait, comme le préconise Michel Desmurget [2], l’absence totale d’écran. Néanmoins si on veut mettre une limite, 2 ans est un bon repère. Même si, c’est indéniable, 3 ans est encore mieux. Disons que plus cette consommation d’écrans est tardive, mieux c’est.

Quels conseils pratiques donneriez-vous aux adultes qui sont en contacts réguliers avec les enfants de moins de 3 ans ?

Les professionnels de l’enfance, de la petite enfance et les enseignants sont peu au courant des méfaits des écrans. Il faudrait donc commencer par les informer pour qu’à leur tour ils puissent sensibiliser les familles (via des articles, des affichages dans les lieux publics, des échanges informels dans les couloirs). Il faudrait envisager toute une politique de sensibilisation des parents aux effets des écrans.

Par rapport aux parents, cela dépend toujours de leur capacité à contrôler ou à tolérer la présence des écrans au foyer. Mais en tant que psychologue de crèche, je leur communique quelques conseils :

  • Pas d’écran le matin avant d’aller chez la nounou, à la crèche ou à l’école. C’est un point important. Les enfants qui regardent la télé épuisent toute leur attention et arrivent à l’école la batterie « déchargée ». Ces derniers peuvent, au cours de la journée, être plus excités, plus actifs, avoir plus de difficultés à se concentrer sur une activité, être moins tolérants à la frustration… Bien entendu, cette hyper-excitation peut ne pas être l’unique apanage des écrans et demeurer, bien souvent, multifactorielle.
  • Pas d’écran le soir avant de dormir. Regarder l’écran peu de temps avant de se coucher tend à retarder leur endormissement et à les maintenir dans un état d’excitation. Dans la continuité, il aura plus de mal à se réveiller le lendemain matin. Or, qui dit réveil difficile, dit journée plus difficile.
  • Pas d’écran pendant les repas de façon à privilégier les interactions avec l’adulte. Les repas sont des moments où l’on peut échanger, nommer les objets, partager un plaisir. Au cours des repas, les enfants apprennent tellement de nouveaux mots grâce à ces interactions privilégiées avec l’adulte, qu’il serait dommage de les en priver !
  • Pas d’écran à disposition de l’enfant : il faut utiliser un contrôle parental et éviter de mettre les télécommandes à portée de main, faire en sorte qu’il ne puisse allumer tout seul le bouton power. Et bien sûr, pas d’écran dans la chambre pour limiter les tentations et l’usage solitaire de ces nouvelles technologies.

Pour plus d’informations vous pouvez consulter le blog d’Héloïse Junier et sa communauté facebook « La psy contre-attaque » 

Voir aussi : Des bébés devant des écrans

[1] HARLE Bruno, pédopsychiatre hospitalier, région Rhône-Alpes

[2] DESMURGET Michel, TV lobotomie. La vérité scientifique sur les effets de la télévision, Max Milo Éditions, 2012.

Mobilisation pour un usage raisonné des écrans

L’éducation à l’image, aux médias et à l’information  n’est pas seulement souhaitable, elle est une des conditions qui rendent possibles le jeu démocratique et l’exercice éclairé de la citoyenneté.

Déjà, de nombreux collectifs, mouvements associatifs et d’éducation populaire, d’universitaires et d’experts œuvrent dans ce sens.

Une nouvelle association vient de voir le jour. Elle fait suite au colloque qui s’est déroulé dans le 19ème arrondissement de Paris le 30 avril 2014 : ALERTE. Elle vise l’éducation des enfants et des adolescents à un usage raisonné des écrans. D’ores et déjà n’hésitons à visiter sa page Facebook et à la relayer !