Quels écrans, quels contenus, quels âges ?

Classification par âges et protection des mineurs

Beaucoup de parents se posent la question de l’exposition de leur enfant aux écrans selon leur âge. « A partir de quel âge puis-je autoriser mon enfant à regarder la télévision, à utiliser l’ordinateur, à aller sur internet ? A partir de quel âge puis-je remettre entre ses mains une tablette numérique, un téléphone portable ? Etc. »

Après avoir tenté de déplier le questionnement afin d’en identifier différents aspects cet article considérera les dispositifs mis en place par les pouvoirs publics et les entreprises médiatiques dans un souci de protection des mineurs (partie 1). Il traitera ensuite des écrans dans la sphère familiale envisagés dans une démarche éducative globale et d’exercice de la parentalité (partie 2).

Le mot « écran » concentre en lui-même de nombreuses réalités. C’est un objet technologique au service de l’information et de la communication de masse au niveau mondial, c’est aussi une marchandise commercialisée à grande échelle à l’aide de stratégies marketing puissantes et sophistiquées. De part leur fonction d’information et de communication, ces objets ont une dimension individuelle et sociale (ils interfèrent dans la vie quotidienne des individus et dans leurs modes de relation).

L’attitude éducative vis-à-vis des enfants dans leurs relations aux écrans implique de ne pas s’en tenir à la seule dimension technologique de l’outil mais de prendre en compte l’ensemble des facettes d’une réalité fort complexe et d’en connaître les acteurs principaux. Cette interrogation est indissociable de la notion de protection des mineurs (c‘est pourquoi seront évoqués ici les systèmes de classification par âges et les autres dispositifs de protection).

Conscients de cela (et attentifs à ce que les enfants grandissent et s’épanouissent dans de bonnes conditions), que peuvent faire parents et éducateurs ?

Ils peuvent d’une part recourir aux réglementations et recommandations existantes en terme de protection de l’enfance (ce dont traite cet article) et, d’autre part, s’appuyer sur leur propre connaissance de l’enfant dont ils ont la charge ainsi que sur la dimension empathique de la relation qu’ils entretiennent avec lui.

La régulation des médias, une aide à la parentalité ?

Dans un souci de protection des mineurs, des réglementations et recommandations émanent d’institutions publiques et d’entreprises privées. Il s’agit notamment de systèmes de classification par âges pour la télévision, pour le cinéma et pour les jeux vidéo. Une telle classification n’est pas à négliger car elle constitue une aide appréciable pour les parents et peut agir comme alerte sur la nocivité potentielle de certains programmes, films ou jeux.

Télévision – Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel s’est vu confier par la loi une mission de protection de l’enfance et des mineurs vis-à-vis des programmes audiovisuels susceptibles de nuire à leur épanouissement physique, mental ou moral. A cette fin il a mis en place une signalétique par catégories d’âges (tout public, -10, -12, -16, -18). Néanmoins, il est bon de savoir que l’application de la classification des programmes revient aux chaînes de télévision. Le CSA exerce pour sa part un contrôle à postériori sur les classifications des émissions opérées par les diffuseurs.

Dessin d'Arthur 1

Dessin d’Arthur 5 ans

Cinéma – Pour les films cinématographiques les catégories d’âges sont à peu près les mêmes en France que celles appliquées à la télévision. Néanmoins celles-ci ne sont plus de l’ordre de la recommandation mais de l’interdiction (tout public, interdiction moins de 12 ans, interdiction moins de 16 ans, interdiction moins de 18 ans). Chacune de ces mesures pouvant être accompagnées d’un avertissement. La classification des films qui sortent en salles est proposée par une commission qui se réunit sous l’égide du Conseil national du cinéma et de l’image animée. La décision de classification est prise par le ministre de la Culture. Elle a valeur de loi, celles et ceux qui ne la respectent pas se placent dans l’illégalité. L’adulte accompagnateur d’enfants au cinéma doit, pour connaitre la classification, se rendre sur le site du CNC, activer l’onglet « Rechercher une œuvre » et indiquer dans les champs prévus à cet effet le titre du film, le nom du réalisateur ou tout autre information dont il dispose.

Jeux vidéo – En ce qui concerne les jeux vidéo une classification par âge spécifique (3-7-12-16-18) assortie de pictogrammes apportant des indications sur le type de contenus véhiculés par le jeu est proposée par les acteurs professionnels, il s’agit du système Pan European Game Information (PEGI). Elle constitue un guide pour l’acheteur potentiel de jeux vidéos. Contrairement au message de promotion de ce système véhiculé par un spot télévisuel qui met en scène un père (dépassé) et un enfant entre lesquels la communication est impossible, il est non seulement nécessaire pour le parent d’être présent au moment de l’achat du jeu vidéo ou à défaut d’en connaitre la provenance, mais également de recueillir des informations sur son contenu et d’en échanger clairement avec l’enfant.

Radio – Quand aux stations de radio, elles sont dans l’obligation de respecter des contraintes horaires : « Aucun service de radiodiffusion sonore ne doit diffuser entre 6h et 22h30 de programmes susceptibles de heurter la sensibilité des auditeurs de moins de 16 ans. »

Publications jeunesse – En ce qui concerne les publications destinées à la jeunesse elles sont régies par la Loi n° 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse et réactualisée au19 mai 2011.

Internet – Internet est libre d’accès à tous moments. Sa seule restriction concerne les contenus illicites, c’est-à-dire ceux qui sont interdits et punis par la loi française. Les parents et éducateurs devront se tourner vers des sites officiels tels que ceux de la Commission Nationale de I’Informatique et des Libertés (CNIL) du ministère de l’Intérieur ou du ministère de l’Education nationale pour recueillir les informations susceptibles de les aider dans leur fonction éducative vis-à-vis d’internet. Le CSA consacre également une page de son site à cette question. Certains sites de professionnels peuvent également être consultés.

Publicité – Les professionnels des médias défendent quant à eux l’autorégulation. C’est le cas notamment de l’Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité (ARPP), qui prône l’autodiscipline notamment  en ce qui concerne les publicités destinées aux enfants.

Jugement critique et citoyenneté

Législateurs, pouvoirs publics et professionnels assument leur part de protection de la jeunesse avec plus ou moins de justesse et de rigueur. Néanmoins des insuffisances, des vides juridiques demeurent (Internet) ouvrant la voie à des pratiques douteuses et discutables, comme les sites de rencontres pour adolescents.

L’éducation et la protection des enfants dans le domaine des médias et de leurs écrans passent donc par une prise en compte des systèmes de classification. Cela n’empêche pas l’exercice du jugement critique et de la citoyenneté. Chacun peut faire connaître son point de vue (l’appréciation parentale peut diverger de celle des chaînes de télévision, la mise sur le marché de services, contenus ou applications spécifiquement conçus pour les enfants, peut satisfaire des visées commerciales et non répondre aux besoins des enfants). La mobilisation des citoyens, la force de l’opinion peuvent infléchir les politiques publiques et faire reculer certaines entreprises dans leur recherche de profit maximum par tous les moyens. Les chaînes de télévision pour bébés en France en constitue un bel exemple.

Sur ce sujet voir également :

Écrans : pourquoi la mite des trois ans ? (1)

Écrans : pourquoi la limite des trois ans ? (2)

Le smartphone : à partir de quel âge ?

Écrans et enfants : la recherche de la bonne mesure

Les enfants de moins de 12 ans et les écrans portables

Mis à jour le 17 novembre 2020

Noël des enfants ou Noël des tablettes ?

Et si les tablettes numériques étaient nuisibles pour les moins de trois ans ?

Sapin de Maya

Merci Maya pour ce beau sapin de Noël !

 

La préparation des fêtes de fin d’année bat son plein. Si Noël et le nouvel An riment avec cadeaux, sapins, guirlandes, étoiles et tables généreusement garnies, la fin d’année est aussi la période des emplettes et des caddies bien remplis. Rappelons-nous alors que les achats effectués ont peut-être été dictés par la publicité. Pourquoi pas me direz-vous et vous avez raison, à condition cependant de rester vigilant et de ne pas se départir de tout discernement.

Les ventes de tablettes numériques n’ont sans doute pas encore atteint leur summum. C’est un matériel qui semble désormais devoir s’imposer aux consommateurs adultes comme aux enfants et ce, dès le plus jeune âge.

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Pour toucher les plus petits, les fabricants rivalisent d’ingéniosité. Le design, les couleurs, la matière, tout est pensé pour donner l’illusion d’un produit adapté à l’âge de l’enfant. En 2012 Serge Tisseron, psychiatre et psychanalyste l’affirmait dans un interview pour le Journal du Dimanche : « Les tablettes, doivent être rangées avant 3 ans, un usage immodéré de l’écran tactile empêche l’enfant de construire des repères spatiaux et temporels qui le structurent.» Il précise un peu plus loin « la tablette limite la relation au monde, à ce que l’enfant en voit. Il touche l’écran au lieu de saisir l’objet, il ne le flaire pas, ne le mâchouille pas. Il n’a pas d’appréhension des trois dimensions de l’espace. »[1][2]

Avant 3 ans l’enfant à autre chose à faire que d’être placé devant un écran. C’est la période des grandes acquisitions qui ne sont rendues possibles que par l’expérimentation concrète et dans le cadre de relations humaines affectueuses et empathiques. Quels que soient son apparence (forme, matière etc.) et ses contenus, la tablette numérique ne sollicite que deux des cinq sens : le toucher et l’audition.

La différence établie par certains[3] (cf. mon article : Un avis scientifique ? et ici ) entre écrans passifs et écrans interactifs ne sert ni la cause des plus petits ni celle des parents, elle ne fait que légitimer la vente de ce matériel auprès d’une tranche d’âge qui constitue une niche économique supplémentaire. L’interactivité est illusoire et trompeuse parce qu’il s’agit d’une interactivité programmée et par conséquent limitée. Rien ne vaut l’expérience concrète d’une pile de cubes qui s’écroule si l’enfant retire celui sur lequel repose la tour patiemment construite ; rien ne vaut l’objet saisi dans l’environnement dont l’enfant peut détourner la fonction initiale au gré de son imagination.

Soyons conscient que si l’on met une tablette numérique trop tôt entre les mains de l’enfant cela l’expose à une dépendance future aux écrans. Il risque également d’éprouver plus de difficultés à investir d’autres activités. Enfin cela peut rendre, par la suite, plus difficile la gestion des écrans. Il ne faut pas oublier en effet que les habitudes prises dans ce domaine au cours des premières années de la vie ont tendance à persister par la suite et que plus nombreux sont les écrans dans le foyer, plus fréquentes sont les sollicitations.  En réalité, les risques encourus avec ce petit écran numérique sont les mêmes que ceux encourus pour un enfant de moins de trois ans que l’on expose à la télévision (voir à ce sujet l’article : Pas de télé pour les bébés. De plus l’enfant peut sembler tellement sage que les parents peuvent de leur côté avoir tendance à prolonger le temps d’utilisation de la tablette au-delà des limites conseillées par ceux qui la préconisent.

Par ailleurs si, pour forcer la vente de ce matériel auprès des parents de très jeunes enfants, les fabricants mettent également en avant les qualités ludiques et éducatives des programmes il va sans dire qu’il est aussi largement utilisé pour diffuser du dessin animé. Que devient alors l’argument de l’interactivité présentée comme un atout ?

L’achat d’un écran pour la famille ou pour l’un de ses membres n’est jamais un acte banal, c’est pourquoi nous devrions l’accompagner de questions essentielles : pourquoi cet achat ? Pour qui ? Pour quelle utilisation ? Quelles en seront les conséquences (heureuses ou malheureuses) sur les relations intrafamiliales, les comportements, la nature de la présence à l’autre que l’on va volontairement ou non, et parfais insidieusement développer ? Enfin, ayons clairement à l’esprit que le rapport qu’entretiennent les adultes avec les écrans numériques est un exemple sur lequel, assurément, les enfants s’appuieront.


[1] « Avant l’âge de trois ans, les tablettes sont nuisibles », Journal du Dimanche, 1er juillet 2012.

[2] Un an plus tard, ce spécialiste change de position, sur quels fondements ? La question est jusqu’à ce jour sans réponse.

[3] Académie des sciences : L’enfant et les écrans, éditions Le Pommier, janvier 2013.

Des sites de rencontre pour adolescents

Les adolescents ont aussi leurs sites de rencontre mais cela ne représente-il pas un risque pour les plus jeunes ?

(Dans cet article les noms et/ou pseudos des jeunes internautes ont été modifiés)

Qu’est-ce qu’un adolescent ? Qu’est-ce que cette période de la vie dite de l’adolescence ? Même si les frontières entre l’âge d’entrée et de sortie dans la période de l’adolescence sont floues (c’est un passage qui se fait progressivement et qui varie d’un individu à l’autre) il est un âge que personne ne peut ignorer, c’est celui de la majorité légale, c’est-à-dire celui auquel l’individu est considéré comme étant capable d’exercer ses droits soit, en France, 18 ans. Dès lors et lorsqu’on s’adresse aux individus au cours de cette période charnière de leur vie, il est bon de se rappeler qu’il existe des adolescents mineurs et des adolescents majeurs et que les uns et les autres n’en sont pas au même stade de leur cheminement.

« L’adolescence est une étape sensible du développement de la personnalité dont les enjeux peuvent être déterminants pour l’avenir » assure le psychanalyste Philippe Jeammet spécialiste de l’adolescence. Les auteurs et concepteurs de supports, contenus et autres applications destinés aux adolescents sont-ils toujours pleinement conscients de cela et suffisamment soucieux de la responsabilité qui leur incombe ?

Une petite exploration de quelques sites de rencontre pour adolescents nous donnera un aperçu de la manière dont on s’adresse aux adolescents, de ce que l’on attend d’eux et peut-être bien de la façon dont ils sont manipulés.

« Renconte-ados » prétend s’adresser aux 11-25 ans, un écart d’âge incroyable qui pour le moins interroge. Ainsi, pour prendre cet exemple, une rencontre entre une fillette de 11 ans avec un homme adulte de 25 ans ou plus, est-elle rendue possible via ce site !

« NoDaron » est un de ces autres sites qui pour sa part affiche clairement un âge maximum (interdit aux plus de 25 ans) sans aucune indication d’âge minimum. Ainsi belli 13 ans qui dit s’être inscrite pour flirt a-t-elle la possibilité de rentrer en contact avec balu312, 22 ans.

Sur « Kiss Ados » on trouve des femmes qui affichent allègrement les 30 ans voire les 48 ans. Cela va sans dire, on ne sait jamais qui se cache derrière un pseudo ! Arrêtons nous encore sur le profil de cedriclem qui dit être un homme âgé de 12 ans, il affiche une préférence sexuelle pour les femmes et se présente comme célibataire. Quant à Ginagendron 12 ans, elle ne sait pas qui elle recherche, toutes les rencontres sont donc permises. Il est vrai que « Kiss Ados » fait miroiter aux mineurs comme aux jeunes adultes qui s’y connectent qu’ils rencontreront peut-être l’amour de leur vie.

Sur sa page d’accueil « Rencontre-ados » affiche une promesse : « Vous pourrez consulter de nombreux profils d’ados célibataires de votre pays ou région ». Encore une fois on s’interroge : que signifie le mot « célibataire » pour un mineur ?

Bien évidemment les initiateurs de ces sites montrent patte blanche. Si l’on cherche bien, on trouve sur « Rencontre-Ados » un règlement intérieur qui précise : « Il est strictement interdit aux mineurs de s’inscrire sans l’accord au préalable de leurs parents ou personnes responsables de ceux-ci. » L’article suivant interdit également toujours aussi strictement aux mineurs « de naviguer sur le site sans la surveillance de leurs parents ou personnes responsables de ceux-ci. »

Sur NoDaron les conditions générales totalisent douze pages. Quel adolescent aura pris le temps de lire les « obligations générales et fondamentales » ? Quel adolescent aura su maintenir son intérêt jusqu’à l’article 4 « Vie privée et protection des données des membres » ?
Le jeune, qu’il soit mineur ou adulte, est pourtant invité à « lire attentivement les Conditions d’utilisation pour participer, avec le site Internet NoDaron et en étant Membre, au développement d’un Internet responsable et d’un Service de qualité. » Si ces nobles intentions étaient véritablement sincères pourquoi ne pas les afficher dès la page d’accueil ?

Non, ce qui est mis en avant sur les pages d’accueil de ces sites c’est la gratuité, une gratuité qui a son envers car elle ne dit pas les tractations et les accords qui se font en coulisses avec les annonceurs et agences de marketing intéressés par la cible que constituent les consommateurs adolescents. Non seulement il y a tromperie mais ces sites exposent sans doute trop dangereusement les plus jeunes, ceux notamment qui sont en passe de sortir du cocon de l’enfance.

Un avis scientifique ?

L’avis rendu par l’Académie des sciences sur l’impact des écrans chez les enfants est-il vraiment scientifique ?

Il est tout à fait normal et légitime, pour tenter de se forger un avis objectif sur les impacts des technologies numériques sur la santé des enfants, de consulter la littérature scientifique qui se rapporte à cette question. Et elle est abondante.

En janvier dernier, l’Académie des sciences a publié un avis intitulé « l’enfant et les écrans« 

Une étude controversée
Une étude controversée

Toutefois, certains auteurs de cet avis n’ont jamais fait de recherches dans ce domaine très spécifique. À contrario des chercheurs reconnus et expérimentés, et ils sont plusieurs en France, ne sont ni consultés, ni référencés. Les affirmations concernant la tablette numérique pour les bébés sont étonnantes car qui peut prétendre disposer de suffisamment de recul pour en connaître les effets réels sur le développement global du petit enfant ?

La lettre ouverte de plusieurs chercheurs publiée dans le monde en février 2013 « Laisser les enfants devant les écrans est préjudiciable » constitue un contrepoint essentiel à l’Avis de l’Académie des sciences. A lire absolument!

Voir également la liste complète des signataires « L’incroyable avis de l’Académie des sciences« 

Voir aussi la réaction de l’Union Nationale des Associations Familiales

Bonnes lectures !