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Parents face aux écrans

Les technologies numériques de l’information et de la communication connaissent un essor inégalé. Aujourd’hui les foyers sont multi-équipés, en moyenne 6,3 écrans chez chacun d’eux. Cet état de fait n’est pas sans répercussions sur la santé et l’éducation des enfants et des adolescents comme sur les relations intrafamiliales.

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Entre dramatisation et banalisation qui ne sont pas des attitudes souhaitables nous pouvons, adultes, nous frayer un chemin autre qui nous conduit à :

  • Nous tenir en éveil ;
  • Cultiver notre volonté de comprendre ;
  • Accompagner les enfants et les adolescents afin qu’ils ne s’égarent pas dans ce foisonnement technologique et de propositions commerciales.

Il est fondamental d’avoir à l’esprit que les enjeux économiques sont colossaux et qui rien n’est véritablement gratuit. Rappelons sans cesse aux enfants que « si c’est gratuit c’est que nous sommes (ils sont) le produit ». De la télévision à Internet en passant par les smartphones, les tablettes numériques, les jeux vidéo, etc., aucun contenu ou service n’est réellement anodin, ni inoffensif.

Cela a déjà été démontré dans l’espace de ce blog, les dessins animés constituent une aubaine pour distiller des messages commerciaux auprès du jeune public. C’est aussi l’occasion de leur inculquer précocement l’idéologie de la consommation avec tout ce qu’elle comporte d’abus d’écrans, d’excès alimentaires et d’achats immodérés.

Les réseaux dits « sociaux » surfent sur le désir de rencontres entre pairs, d’indépendance et de transgression des adolescents pour leur soutirer autant de données personnelles utiles à leur ciblage et à celui des autres membres de leur entourage (famille, amis).

Les très jeunes enfants, un temps protégés, tombent à leur tour dans l’escarcelle des géants du numérique et des grands annonceurs. Quand c’est bon pour le commerce, on finit par persuader les parents et certains professionnels de la petite enfance que c’est bon pour le tout-petit !

Les avantages et bénéfices que chacun d’entre nous peut retirer de ces technologies numériques d’information et de communication sont incontestables, les risques pour la santé et le bien-être des enfants ne sont pas moins réels. C’est pourquoi la vigilance de tous s’impose.

L’exercice de la parentalité nécessite parfois d’aller à contre-courant de la tendance impulsée par l’économie du numérique et du marketing. Les médias dominants encouragent les enfants à passer leur temps devant les écrans et les invitent à consommer sans retenue les produits de la grande consommation. Les parents, quant à eux, doivent nécessairement poser des limites, apprendre à leur enfant l’attente, la frustration afin que le principe de réalité ne soit pas évincé au profit du principe de plaisir.

Toutefois, on s’épargnera une mobilisation d’énergie superflue en posant très tôt des règles d’utilisation des écrans :

  • Tenir compte de l’âge de l’enfant : de préférence pas d’écran avant trois ans, puis des matériels et des contenus adaptés aux étapes du développement ;
  • Horaires d’utilisation : éviter le matin, pendant les repas, les veilles d’école ;
  • Éviter de multiplier les équipements au sein du foyer ;
  • Proposer des alternatives aux écrans : il est souhaitable que les enfants aient accès à d’autres sources de culture et de loisir ;
  • Permettre aux enfants de rencontrer les livres ;
  • Favoriser les activités concrètes, qu’elles relèvent des loisirs ou de l’aide aux tâches ménagères quotidiennes ;
  • Veiller à préserver les relations interpersonnelles directes par des temps familiaux hors écran et des activités qui amènent parents et enfants à faire des choses ensemble.

Sachons que les enfants multi-équipés ont des activités médiatiques plus solitaires et moins partagées avec leurs parents. Par ailleurs, les enfants dont les parents sont cadrants par rapport aux activités médiatiques sont aussi moins consommateurs et donc moins exposés aux risques[1].

[1] Voir à ce sujet l’ouvrage de Sophie JEHEL, « Parents ou médias, qui éduque les préadolescents ? » erès 2011.

Pourquoi pas des temps familiaux hors écrans ?

Les dirigeants de la Silicon Valley n’ont sans doute pas eu besoin de lire les études scientifiques sur les risques liés à l’usage des technologies numériques par les enfants. Ils sont les premiers à en avoir mesuré les dangers, ce qui les conduit à limiter sévèrement, voire à interdire totalement l’accès aux écrans à leur progéniture. L’expérience qu’ils ont de ces technologies et les connaissances pointues qu’ils détiennent dans ce domaine semblent dicter leur conduite parentale et leurs choix éducatifs.

Lire à ce sujet les articles parus dans Le Point  et dans Le Monde

Néanmoins face au mythe du tout écrans, qui est souvent le résultat d’une conscience et d’une connaissance insuffisantes de leurs impacts, les recherches scientifiques méritent d’être plus largement vulgarisées.

Une étude récente réalisée par des chercheurs américains et relayée par par le site Huffpost confirme que les activités scolaires sont directement impactées par le temps d’écrans et ce, à partir d’une demi-heure par jour. En effet les résultats scolaires sont inversement proportionnels au temps passé devant les écrans même si ce temps est consacré aux devoirs. L’étude en question valide également le constat d’effets négatifs sur le sommeil.

En revanche cette même étude met bien en évidence les atouts que représentent la vie de famille ainsi que le temps passé entre parents et enfants pour le bien être de ces derniers. Le quotidien familial, les weekends et les vacances sont autant d’occasions de passer du temps ensemble, qu’il s’agisse d’activités de détente comme les jeux de société ou de participation aux tâches ménagères qui valorisent l’enfant en le responsabilisant. Ne l’oublions pas, ce temps hors écrans est essentiel à l’épanouissement de l’enfant.

La communication publicitaire en direction des enfants à travers les émissions télévisuelles destinées à la jeunesse

Extrait de ma contribution au colloque « L’enfant face aux écrans » (Noisy-le-Grand, 24 septembre 2014).

Mélange des genres et confusion des esprits

La confusion entre la publicité et les autres éléments des programmes est non seulement courante mais savamment orchestrée. Elle se manifeste à différents niveaux :

  • Les publicités qui s’adressent aux enfants se présentent souvent comme de courts dessins animés avec leurs héros, leurs intrigues et un dénouement heureux grâce au produit ;
  • Certains dessins animés sont issus de jeux, jouets ou bandes dessinées lorsque d’autres donnent lieu à des produits dérivés (M. Bahuaud 1999) : Pokémon, Viva Pinatas, My little ponny, Ninjago, Tortues Ninja, Batman. Dans les deux cas les jouets ont tout loisir de parader tout au long des épisodes de la série animée ;
  • Les marques de passage entre un élément du programme et l’écran publicitaire sont astucieusement gommées
    • Absence de générique de fin ;
    • Indicatif publicitaire brouillé ;
    • Succession de deux épisodes de dessins animés sans que le passage entre l’un et l’autre soit clairement indiqué ;
    • insertion du titre du second épisode d’une même série seulement après la première séquence ;
  • Dessins animés conçus sur le mode publicitaire. Ces dessins-animés représentent presque l’essentiel des programmations pour enfants.

C’est ainsi que les programmes jeunesse et les sites qui leur sont associés (à part quelques exceptions qui ne font que confirmer la règle), ne semblent plus inculquer aux enfants que les comportements et valeurs conformes à l’idéologie de la consommation.

Exemple : Gardfield & Cie, Fr3, 10 septembre 2014, saison 4, épisode 53, Plus peur que son ombre.

Le tout Début de l’épisode présente Nerman (le copain de Gardfield) assis dans un fauteuil devant la télévision avec un grand bol de céréales qu’il dévore gloutonnement. Arrive Gardfield à qui il s’adresse en ces termes : « Y’a rien de mieux dans la vie que d’être assis confortablement devant ses programmes préférés en mangeant un délicieux petit encas ». Gardfield le déloge alors brutalement afin de retrouver son fauteuil et reprend à son compte l’affirmation de son ami : « Eh ! Il a raison, y’a rien de mieux dans la vie que d’être assis confortablement devant ses programmes préférés en mangeant un délicieux petit encas. Puis il ajoute en s’adressant directement aux jeunes télépespectateurs : oh d’ailleurs j’espère que vous êtes bien installés vous aussi. »

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Cette courte séquence est à l’image de l’ensemble de cette série et de nombre d’autres fictions animées programmées par les diffuseurs. Elle démontre que :

  • Les intentions persuasives ne sont pas le seul fait des spots publicitaires, elles traversent de part en part les fictions animées qui font l’objet de programmation dans l’espace-temps télévisuel dédié aux jeunes téléspectateurs ;
  • Elles ne sont pas toujours de nature explicitement commerciale :
    • Elles promeuvent et encouragent les comportements associées à la consommation des produits distribués par les grandes marques présentes dans le programme jeunesse (céréales, pizzas, hamburgers…) ;
    • Elles promeuvent et encouragent la présence de la télévision dans la famille (il est inconcevable qu’il n’y ait pas d’écran de télévision dans le foyer) ainsi que les attitudes attendues : s’asseoir devant l’écran, appuyer sur la télécommande (condition sine qua non pour que l’enfant soit exposé aux messages commerciaux).

Lire le texte intégral : La communication publicitaire en direction des enfants Noisy le Grand le 24 09 2014

La question de la violence au cinéma : de Scream 2 à Only God forgives

Une journée d’étude sur les adolescents face aux images trash a eu lieu à Paris le 9 juillet dernier. Elle était organisée par Sophie Jehel, sociologue, MCF Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis, dans le cadre du projet de l’équipe du CEMTI soutenu par la Fondation de France.

Comité scientifique : Sophie Jehel

Claude Aiguevives, Pédopsychiatre, Chef de service à l’hôpital de Béziers, Expert près des tribunaux

Patricia Attagui, Professeur en psychologie clinique, Univsersité Lyon 2

Lire ma contribution : Comment la violence vient aux images ?

 

Écrans et enfants, quelques repères

 

Le point de vue d’une psychologue

Comment gérer les écrans dans l’univers familial ? Pour Sabine Duflo, psychologue clinicienne, au-delà des catégories d’âges, toujours compliquées à appliquer dans les familles nombreuses, il existe des repères simples qu’elle nous livre ici. Entretien.

L’exposition des enfants aux écrans nécessite-t-elle qu’on tienne compte de leur âge ? Pourquoi ? Pourriez-vous nous donner quelques repères ?

La réponse est oui. Il est évident qu’il faut tenir compte de l’âge tout simplement parce que les capacités de compréhension et de représentation ne sont pas les mêmes à 3, 6 ou 12 ans. C’est donc extrêmement important. Il faut évaluer ces compétences, variables suivant l’âge et entre les enfants de même âge, avant de les exposer aux écrans.

Concernant les tous petits (2 à 5 ans), il existe un repère assez simple : c’est le niveau de langage de l’enfant. L’enfant doit pouvoir raconter ce qu’il a vu. Quand l’enfant ne peut pas le faire, il ne peut pas non plus se représenter ce qu’il a vu. L’image alors risque de faire effraction et de créer des excitations qui se traduiront dans la journée par de l’agitation ou par des réveils nocturnes, des cauchemars. Lorsque le petit enfant vient de regarder un dessin animé (quelque chose évidemment d’adapté) on lui demande : « raconte-moi ce que tu as vu ». Certains enfants sont capables de mettre en mots ce qu’ils ont vu, c’est-à-dire qu’ils n’ont pas de mal à retrouver la narration de l’histoire, d’autres en sont incapables.

C’est un repère important à avoir à l’esprit parce qu’on a affaire actuellement à des dessins animés (pokemon, Tortues Ninja, Power Rangers), en particulier pour les 6-7 ans, avec une succession accéléré de plans. L’enfant est capté par ces images qui vont très vite, par une bande son changeante et souvent stressante. Leurs sens sont captés mais l’aspect narratif est passé de côté. Ces dessins animés ultra rapides comportent souvent une narration assez pauvre. Bermejo Berros[1] les qualifie de « dénarrativisants » c’est-à-dire qu’ils suppriment cette possibilité de mettre en mots et sur-stimulent l’attention primaire au détriment des capacités internes de mise à distance de l’image et de représentation. Il faut pouvoir demander à l’enfant de raconter. Ceux qui ont été habitués très tôt à beaucoup d’écran, avec des films d’animation trop rapides ne sont souvent pas capables de raconter ce qu’ils ont vu et d’introduire une temporalité. Ils ne sont pas capables de distance. Et cette distance est essentielle car elle permet de penser ce qui a été perçu, de passer d’une attitude passive à un comportement actif.

Une autre compétence importante à acquérir est la distinction entre le réel et le virtuel. On fait actuellement comme si cette distinction était là d’emblée. Ce n’est pas vrai, cette compétence n’est pas innée mais acquise, et chez l’enfant bien portant elle ne l’est que vers 12 – 13 ans. C’est pour cela qu’exposer des enfants à des images violentes, des contenus inadaptés provoque un stress émotionnel intense et difficilement réversible De nombreux enfants aujourd’hui sont exposés à des contenus inadaptés de films, de jeux vidéo, et s’en vantent dans les cours d’école mais ils ne disent pas qu’ils ne parviennent pas à s’endormir seuls, qu’ils ont peur de rester seul chez eux ou même de jouer seul dans leur chambre.

L’introduction de la 3D, très prisée par les producteurs de film d’animation, augmente l’effet de réalisme de l’image : on a l’impression que les personnages sortent de l’écran et bondissent vers vous. Actuellement on ne possède pas de recul sur les effets de cette technique sur le cerveau encore immature des jeunes enfants. Mais on a tout lieu de penser que ce qui vaut pour les films classiques est valable, de façon majorée, avec les films en 3 D. Dans le domaine de la maturation affective, on ne peut pas sauter d’étapes ou alors si on le fait c’est au détriment de l’enfant. Etre exposé trop tôt et de manière répétée à des films ou jeux vidéos aux contenus inadaptés, ne vous rend pas plus courageux, plus fort ou plus indépendant. Les études comme les observations cliniques montrent l’inverse. Cela rend l’enfant plus peureux, plus impulsif, et plus suggestible…

Qu’en est-il des supports ?

Ce qui est déterminant c’est le format : transportable ou non et le lieu où se situe l’écran. Lorsque la télévision est dans le salon, le contrôle parental reste encore possible, si la télé est dans la chambre de l’enfant, il est impossible.

Quand l’écran peut se glisser dans la poche sous la forme du Smartphone avec accès illimité à internet le contrôle parental est impossible aussi.

En ce qui concerne la tablette ?

Pour les tous petits on ne dispose pas de recul. La seule chose que j’observe c’est que les parents sont trop facilement séduits par l’argument de vente selon lequel ils retrouveraient en un même objet tous les jeux éducatifs habituels. C’est faux parce que le développement de l’enfant entre 0 et 3 ans est essentiellement sensori-moteur. C’est-à-dire que l’enfant s’approprie le monde en touchant, en sentant, en mettant à sa bouche les objets qui le constituent. Il découvre les objets et acquiert une maîtrise sur eux en les manipulant. Or la tablette ne stimule que deux sens : l’audition et la vision. Prenons l’exemple du puzzle. On a de plus en plus de gamins totalement incapables de faire des puzzles de 15 pièces à 3-4 ans. Les parents disent que sur la tablette ils y arrivent très bien. Sauf qu’avec la tablette c’est beaucoup plus simple. Il suffit de faire glisser les pièces et elles vont se placer d’elles-mêmes. Même chose avec le coloriage : l’apprentissage du geste graphique, le contrôle toniquo postural s’acquièrent de façon plus ferme avec un crayon qu’avec le stylet de la tablette car si l’enfant déborde, la machine corrige aussitôt. Et il en est ainsi de beaucoup d’autres jeux sur écrans où c’est la machine qui corrige, voire anticipe les difficultés de l’enfant. C’est pour cela aussi que c’est un support très apprécié des enfants.

L’autre aspect c’est le temps volé à d’autres activités. On voit de plus en plus de très jeunes enfants (2, 3 ans) arriver en consultation, envoyés par la crèche ou la halte garderie pour ce qu’elles qualifient de retard, voire de troubles autistiques. Le langage en effet est quasi absent et pas dans un registre de communication, l’enfant ne s’intéresse pas aux jouets, aux objets ou s’il le fait c’est de façon fugitive ; il regarde très peu l’adulte, il est dans une agitation permanente. Mais quand on voit ce type d’enfant seul, on s’aperçoit surtout qu’il a été mal stimulé. Et si l’on conseille aux parents de supprimer les écrans, de prendre le temps de jouer avec l’enfant, d’être avec lui, et aussi de tolérer que leur enfant s’ennuie, les choses se remettre en place progressivement. Et les parents gardent ces habitudes parce qu’ils sont contents des résultats obtenus.

En conclusion ?

Il y a des choses sur lesquelles on ne peut pas faire l’impasse. Ce sont notamment ces repères relatifs aux moments de la journée. C’est pour cela que j’ai mis au point une petite règle que j’appelle « la règle des 4 pas » : pas d’écran le matin car c’est le moment où l’attention est la plus forte, pas pendant les repas familiaux parce que ça nuit aux échanges, pas avant de se coucher, ça fatigue l’enfant et ça perturbe son sommeil et pas dans la chambre d’enfant.

Je pense que si on veut que la génération à venir devienne maitresse des écrans, et non pas dépendante d’eux, il faut paradoxalement limiter au maximum leur présence dans la vie de l’enfant afin de lui permettre d’acquérir une compétence essentielle à son humanité : la capacité à penser par soi même.

A lire également

Écrans : pourquoi la limite des trois ans ? (1)

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Le smartphone : à partir de quel âge ?

Les enfants de moins de 12 ans et les écrans portables

Écrans et enfants : la recherche de la bonne mesure

[1] BERROS B., Génération télévision. La relation controversée de l’enfant avec la télévision, De Boeck, 2007

Et :

BATON-HERVE E.,  Grandir avec les écrans ? Ce qu’en pensent les professionnels de l’enfance, éditions érès, 2020

DUFLO S., Quand les écrans deviennent neurotoxiques, éditions Marabout, 2018

Mis à jour le 18 novembre 2020

Quand la publicité discrédite l’imagination des enfants

Les marques qui s’adressent aux enfants conduisent parfois ces derniers à se détourner de leur propre imagination et créativité pour adopter les produits qu’elles commercialisent à leur intention.

Il en est ainsi de ce spot publicitaire pour Quick et sa Magic Box. Des enfants, un garçon et une fille, sont en train de jouer à la princesse et au pirate. A cette fin, ils se sont fabriqués des petits personnages avec des bouchons en liège mais ceux-ci finissent pas se casser. Sur ces entrefaites un ado arrive et leur lance d’un air moqueur : « Il sont trop nases vos jouets ». C’est alors que la marque Quick présente sa Magic Box contenant des jouets Playmobil.

Dans une émission documentaire fort instructive intitulée « Les enfants de la surconsommation », à propos des publicités pour jouets une spécialiste, Susan Linn, fait observer : « On leur dit [aux enfants] que leur imagination n’est pas à la hauteur, que ça ne suffit pas d’avoir un bâton ou une baquette magique, il faut avoir la vraie ».

A force de répétition, ce type de message peut être très dommageable pour les enfants qui, au contraire, ont besoin de s’appuyer sur leur imagination, de fabriquer de leurs propres mains, d’expérimenter… Plus encore, cette parole publicitaire peut conduire l’enfant qui la reçoit à avoir une piètre idée de lui-même et de ses compétences.

Cela dit nous pouvons, pour notre part, adopter une attitude positive et constructive face au pouvoir d’influence de la publicité. Ainsi, à partir de ce spot publicitaire il sera possible de vérifier ce que l’enfant en a compris et de lui demander ce qu’il en pense. Au cours de cet échange le parent a aussi la possibilité de lui faire part de son point de vue. De cette manière l’enfant est mis en situation d’exercer sa pensée et d’apprendre le discernement. C’est ce qu’on appelle : l’éducation aux médias.

NB : en écrivant cet article je découvre que je ne suis pas la seule à avoir repéré cette publicité. Le JEP (Jury d’éthique de la publicité, organe d’autodiscippline du secteur de la publicité de Belgique) a reçu une plainte d’un consommateur, plainte qu’il a classée comme non recevable. L’autorégulation a ses limites ! Notons cependant que si les observations et réclamations arrivaient en plus grand nombre auprès des instances professionnelles de régulation elles auraient aussi probablement plus de poids.

Tahiti Quest : le CSA interpellé

Comme je l’indiquais dans un précédent article, la seconde édition de Tahiti Quest est en préparation. L’association Enjeux e-médias avec l’appui d’une universitaire et d’experts en psychologie a saisi le Conseil supérieur de l’audiovisuel afin de l’interroger sur la présence d’enfants dans ce genre d’émission.

A lire absolument !

http://www.enjeuxemedias.org/Tahiti-Quest-la-telerealite-un

 

Quels écrans, quels contenus, quels âges ?

Classification par âges et protection des mineurs

Beaucoup de parents se posent la question de l’exposition de leur enfant aux écrans selon leur âge. « A partir de quel âge puis-je autoriser mon enfant à regarder la télévision, à utiliser l’ordinateur, à aller sur internet ? A partir de quel âge puis-je remettre entre ses mains une tablette numérique, un téléphone portable ? Etc. »

Après avoir tenté de déplier le questionnement afin d’en identifier différents aspects cet article considérera les dispositifs mis en place par les pouvoirs publics et les entreprises médiatiques dans un souci de protection des mineurs (partie 1). Il traitera ensuite des écrans dans la sphère familiale envisagés dans une démarche éducative globale et d’exercice de la parentalité (partie 2).

Le mot « écran » concentre en lui-même de nombreuses réalités. C’est un objet technologique au service de l’information et de la communication de masse au niveau mondial, c’est aussi une marchandise commercialisée à grande échelle à l’aide de stratégies marketing puissantes et sophistiquées. De part leur fonction d’information et de communication, ces objets ont une dimension individuelle et sociale (ils interfèrent dans la vie quotidienne des individus et dans leurs modes de relation).

L’attitude éducative vis-à-vis des enfants dans leurs relations aux écrans implique de ne pas s’en tenir à la seule dimension technologique de l’outil mais de prendre en compte l’ensemble des facettes d’une réalité fort complexe et d’en connaître les acteurs principaux. Cette interrogation est indissociable de la notion de protection des mineurs (c‘est pourquoi seront évoqués ici les systèmes de classification par âges et les autres dispositifs de protection).

Conscients de cela (et attentifs à ce que les enfants grandissent et s’épanouissent dans de bonnes conditions), que peuvent faire parents et éducateurs ?

Ils peuvent d’une part recourir aux réglementations et recommandations existantes en terme de protection de l’enfance (ce dont traite cet article) et, d’autre part, s’appuyer sur leur propre connaissance de l’enfant dont ils ont la charge ainsi que sur la dimension empathique de la relation qu’ils entretiennent avec lui.

La régulation des médias, une aide à la parentalité ?

Dans un souci de protection des mineurs, des réglementations et recommandations émanent d’institutions publiques et d’entreprises privées. Il s’agit notamment de systèmes de classification par âges pour la télévision, pour le cinéma et pour les jeux vidéo. Une telle classification n’est pas à négliger car elle constitue une aide appréciable pour les parents et peut agir comme alerte sur la nocivité potentielle de certains programmes, films ou jeux.

Télévision – Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel s’est vu confier par la loi une mission de protection de l’enfance et des mineurs vis-à-vis des programmes audiovisuels susceptibles de nuire à leur épanouissement physique, mental ou moral. A cette fin il a mis en place une signalétique par catégories d’âges (tout public, -10, -12, -16, -18). Néanmoins, il est bon de savoir que l’application de la classification des programmes revient aux chaînes de télévision. Le CSA exerce pour sa part un contrôle à postériori sur les classifications des émissions opérées par les diffuseurs.

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Dessin d’Arthur 5 ans

Cinéma – Pour les films cinématographiques les catégories d’âges sont à peu près les mêmes en France que celles appliquées à la télévision. Néanmoins celles-ci ne sont plus de l’ordre de la recommandation mais de l’interdiction (tout public, interdiction moins de 12 ans, interdiction moins de 16 ans, interdiction moins de 18 ans). Chacune de ces mesures pouvant être accompagnées d’un avertissement. La classification des films qui sortent en salles est proposée par une commission qui se réunit sous l’égide du Conseil national du cinéma et de l’image animée. La décision de classification est prise par le ministre de la Culture. Elle a valeur de loi, celles et ceux qui ne la respectent pas se placent dans l’illégalité. L’adulte accompagnateur d’enfants au cinéma doit, pour connaitre la classification, se rendre sur le site du CNC, activer l’onglet « Rechercher une œuvre » et indiquer dans les champs prévus à cet effet le titre du film, le nom du réalisateur ou tout autre information dont il dispose.

Jeux vidéo – En ce qui concerne les jeux vidéo une classification par âge spécifique (3-7-12-16-18) assortie de pictogrammes apportant des indications sur le type de contenus véhiculés par le jeu est proposée par les acteurs professionnels, il s’agit du système Pan European Game Information (PEGI). Elle constitue un guide pour l’acheteur potentiel de jeux vidéos. Contrairement au message de promotion de ce système véhiculé par un spot télévisuel qui met en scène un père (dépassé) et un enfant entre lesquels la communication est impossible, il est non seulement nécessaire pour le parent d’être présent au moment de l’achat du jeu vidéo ou à défaut d’en connaitre la provenance, mais également de recueillir des informations sur son contenu et d’en échanger clairement avec l’enfant.

Radio – Quand aux stations de radio, elles sont dans l’obligation de respecter des contraintes horaires : « Aucun service de radiodiffusion sonore ne doit diffuser entre 6h et 22h30 de programmes susceptibles de heurter la sensibilité des auditeurs de moins de 16 ans. »

Publications jeunesse – En ce qui concerne les publications destinées à la jeunesse elles sont régies par la Loi n° 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse et réactualisée au19 mai 2011.

Internet – Internet est libre d’accès à tous moments. Sa seule restriction concerne les contenus illicites, c’est-à-dire ceux qui sont interdits et punis par la loi française. Les parents et éducateurs devront se tourner vers des sites officiels tels que ceux de la Commission Nationale de I’Informatique et des Libertés (CNIL) du ministère de l’Intérieur ou du ministère de l’Education nationale pour recueillir les informations susceptibles de les aider dans leur fonction éducative vis-à-vis d’internet. Le CSA consacre également une page de son site à cette question. Certains sites de professionnels peuvent également être consultés.

Publicité – Les professionnels des médias défendent quant à eux l’autorégulation. C’est le cas notamment de l’Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité (ARPP), qui prône l’autodiscipline notamment  en ce qui concerne les publicités destinées aux enfants.

Jugement critique et citoyenneté

Législateurs, pouvoirs publics et professionnels assument leur part de protection de la jeunesse avec plus ou moins de justesse et de rigueur. Néanmoins des insuffisances, des vides juridiques demeurent (Internet) ouvrant la voie à des pratiques douteuses et discutables, comme les sites de rencontres pour adolescents.

L’éducation et la protection des enfants dans le domaine des médias et de leurs écrans passent donc par une prise en compte des systèmes de classification. Cela n’empêche pas l’exercice du jugement critique et de la citoyenneté. Chacun peut faire connaître son point de vue (l’appréciation parentale peut diverger de celle des chaînes de télévision, la mise sur le marché de services, contenus ou applications spécifiquement conçus pour les enfants, peut satisfaire des visées commerciales et non répondre aux besoins des enfants). La mobilisation des citoyens, la force de l’opinion peuvent infléchir les politiques publiques et faire reculer certaines entreprises dans leur recherche de profit maximum par tous les moyens. Les chaînes de télévision pour bébés en France en constitue un bel exemple.

Sur ce sujet voir également :

Écrans : pourquoi la mite des trois ans ? (1)

Écrans : pourquoi la limite des trois ans ? (2)

Le smartphone : à partir de quel âge ?

Écrans et enfants : la recherche de la bonne mesure

Les enfants de moins de 12 ans et les écrans portables

Mis à jour le 17 novembre 2020

Tahiti Quest : quelle leçon de vie pour les enfants ?

Dessin Aicha

Dessin réalisé par Aïcha, 8 ans, pendant les pauses publicitaires de Tahiti Quest

La chaîne Gulli a entrepris de diffuser une émission de téléréalité en direction des familles : Tahiti Quest. Son concept se rapproche de celui de Koh Lanta à ceci près que ce sont des familles qui sont en compétition et que les épreuves sont censées être à la portée des enfants, une première du genre en France.

La saison 1 à peine terminée voici le casting de la seconde déjà en place afin de procéder au choix de nouvelles familles. Une étape importante car les caractéristiques de chacune d’elles doivent permettre aux téléspectateurs de trouver matière à identification. En attendant de connaître les « heureux (ou malheureux) élus » de la prochaine saison de cette émission de téléréalité familiale, voyons ce qu’il en est des cinq épisodes déjà diffusés.

Tahiti Quest est produite par Ah ! Production et Megasmedia et réalisée par Julien Magne (réalisateur de Koh Lanta). Elle est animée par Benjamin Castaldi bien connu pour l’animation de Loft Story et autre Secret Story... Tahiti Quest met en scène cinq familles, deux parents et deux enfants âgés de 8 à 13 ans, qui ont à concourir les unes contre les autres dans des épreuves diverses faisant appel à leurs aptitudes sportives, stratégiques, leur adresse, leur capacité d’observation, de mémorisation et de restitution. Les épreuves sont présentées comme étant inspirées par les légendes polynésiennes. L’émission Tahiti Quest se déroule en effet en Polynésie française sur l’île de Mo’oréa. Elle a fait l’objet de cinq épisodes diffusés les vendredi (20h45) et dimanche (16 h) du 14 février au 16 mars 2014.

Avec les cinq groupes familiaux sélectionnés pour ce divertissement télévisuel nous avons affaire à un échantillon à peu près représentatif des familles occidentales : la classique, la métissée, la recomposée, l’adoptive, la famille avec enfant en surpoids.[1] Mais au-delà de ce constat il y a lieu d’interroger un concept d’émission de téléréalité qui met en scène des enfants avec l’assentiment et la complicité de leurs parents.

Des enfants en compétition

La présence d’enfants dans une émission de téléréalité représentait pour la chaîne Gulli un risque de réactions négatives de la part de l’opinion publique et du CSA. Or, malgré toutes les précautions prises par les producteurs, réalisateur et diffuseur, des questions importantes demeurent quant à l’opportunité de voir se développer des émissions de téléréalité avec des enfants.

Certes une atmosphère « bon enfant » se dégage des cinq épisodes diffusés et, contrairement à ce que l’on a pu voir dans d’autres émissions de ce genre, les épreuves sont abordables, petits et grands semblent pouvoir concourir ensemble, (quoique, quoique… les petits de 8 ans ne sont pas à égalité avec leurs aînés pour certaines épreuves). Il n’en reste pas moins que nous y retrouvons les ingrédients habituels de la téléréalité : survalorisation de la compétition, élimination du concurrent, participants dotés d’un pouvoir de décision (attribution de pénalités à la famille de son choix) ; mais encore : lieu paradisiaque qui fait rêver les téléspectateurs, sensation de pénétrer dans l’intimité des gens, émotions et rires communicatifs, suspens qui maintient l’intérêt.  Nous y trouvons également les réflexions « prêtes à l’emploi » auxquelles nous a habitué la téléréalité : « Je suis à fond, je lâche pas. Je fais ça aussi pour ma famille, et aussi pour gagner » ; « J’ai un objectif dans la tête, c’est gagner […] je ne lâcherai rien »; « Notre objectif c’est d’aller jusqu’au bout des choses, ne pas abandonner ».

Loin de tout esprit de solidarité, les familles sont engagées à entrer en concurrence et, dans ce système, la réussite des uns passe par l’échec des autres. Cela les conduit par exemple à s’épier mutuellement pendant les entrainements et au besoin à copier les techniques des meilleurs.

Cette première saison de Tahiti Quest a révélé des enfants inquiets de décevoir leurs parents ainsi que leur frère ou sœur. Allan 12 ans (famille orange) dit de son petit frère Glenn 8 ans qui a abandonné une épreuve : « Il m’a déçu ». Plus tard le père intervient en expliquant qu’il va expliquer à son enfant que « s’il abandonne il pénalise toute la famille ». Quelle lourde responsabilité pour un enfant de 8 ans ! L’élimination et le départ de l’île est un moment apparemment douloureux pour les enfants qui ont à le vivre et la caméra ne se prive pas de filmer leurs mines déconfites et leurs visages en pleurs. Il est indéniable que tout cela représente un degré de pression psychologique important pour les compétiteurs en herbe. Sont-ils véritablement en mesure d’y faire face ? N’est-ce pas leur faire payer trop cher des enjeux sous-jacents qui les dépassent ?

L’émission de téléréalité se satisfait de délivrer des messages simples (pour ne pas dire simplistes) et ne se préoccupe en rien du vécu psychique de l’enfant et de la complexité des affects en jeu. Certes les enfants sont consolés, rassurés : il leur est rappelé qu’il ne s’agit que d’un jeu. Toutefois il arrive aux parents de dire leur « stress », leur « angoisse », certains craquent et pleurent d’autres se jugent sévèrement. Comment l’enfant est-t-il en mesure de faire face à ces attitudes paradoxales ?

Une « aventure extraordinaire »… qui fait recette !

Pour mesurer les enjeux associés à ce type d’émission il est nécessaire de la replacer dans un contexte plus large incluant les sponsors et coupures publicitaires.

Les chaînes de télévision sont à la recherche de programmes susceptibles de booster leurs audiences. Plus les audiences sont importantes, plus les annonceurs sont intéressés par les espaces publicitaires qu’elles proposent. Un épisode de Tahiti Quest permet deux longues coupures publicitaires[2] sans compter les pages publicitaires et mentions du sponsor qui précèdent et suivent l’émission dans une succession rapide et enchevêtrée qui ne facilite pas toujours l’identification des images et la différenciation entre contenu du programme et contenu publicitaire. Les spots diffusés ciblent l’audience supposée des jours et créneaux horaires concernés avec des produits qui lui correspondent et par le biais de mises en scènes publicitaires qui entrent en résonance avec ce qui se passe au cours de l’émission.

Dans cette logique il n’y a rien d’étonnant à ce que les programmes soient conçus et choisis en fonction de leur capacité à rendre le téléspectateur disponible[3] et à fournir un univers propice à la réception des communications publicitaires. Tahiti Quest est un programme de divertissement, qui « vide la tête » et n’invite pas à penser. Pour ces mêmes raisons, il valorise la réussite personnelle, l’individualisme. Au fond, comme toute émission de téléréalité, il semblerait que Tahiti Quest nous signifie que ce qui se passe dans le jeu télévisuel c’est « comme dans la vie, il y a des gagnants et des perdants, des biens lotis et d’autres pas ». C’est un fait avéré et accepté.

Comme l’exprime Pierre Rabhi dans un ouvrage entretiens avec Olivier Le Naire « Quand on instaure dès l’enfance cette compétitivité, cette course à l’excellence, on finit par oublier les qualités humaines. » Plus loin il ajoute « Or, je pense qu’on ne doit pas angoisser l’enfant, mais lui dire au contraire : « Voilà l’autre, ce n’est pas ton rival mais ton complément. »

Dommage qu’une chaîne tournée vers les enfants et vers les familles n’ait pas plus d’ambition éducative. La solidarité, le partage, le souci des autres, sont pourtant des valeurs dont notre société a le plus grand besoin et que les adultes, quels qu’ils soient, devraient avoir à cœur de transmettre aux enfants.

Que retiendront de Tahiti Quest les enfants téléspectateurs si prompts à s’identifier ? En tout état de cause, l’important est de favoriser le dialogue adultes/enfants afin de leur permettre de prendre de la distance et d’exercer leur esprit critique. Il sera ainsi possible de leur signifier que les relations inter-familiales peuvent prendre d’autres formes plus constructives et humainement plus riches.

 

[1] Ce n’est pas l’enfant qui est ici pointé du doigt mais « ce qui fait image ». C’est d’ailleurs ce même enfant qui ouvre le réfrigérateur rempli de victuailles. Dans un contexte où les médias et notamment la publicité ont été mis en cause devant le phénomène d’augmentation du nombre d’enfants en surpoids et d’obésité pédiatrique, cela n’a rien d’anodin. Il s’agirait en quelque sorte de banaliser ce qu’engendre une surconsommation de produits alimentaires « trop gras, trop sucrés, trop salés » à l’exemple des céréales Kellog’s, sponsor de l’émission.

[2] Exemple : deux écrans publicitaires sont insérés dans l’émission du 28 février (épisode 3), l’un de 4 minutes 47 secondes, l’autre de 5 minutes et 20 secondes (indicatifs compris).

[3] On se souviendra des paroles de Patrick Lelay alors PDG de TF1 : « Il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation (…) de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux message »